sansnom2_htm_smartbutton2.gifsansnom2_htm_smartbutton3.gifsansnom2_htm_smartbutton5.gifsansnom2_htm_smartbutton6.gifsansnom2_htm_smartbutton7.gifsansnom2_htm_smartbutton8.gifsansnom2_htm_smartbutton9.gif


      button7.gif   Lettre 110 : Modes d’existence, psychogénéalogie et ménétique


    Résumé

    Pour différencier de façon intéressante psychogénéalogie et ménétique cette lettre entreprend de faire appel à de nouveaux outils conceptuels provenant de ce que la pensée contemporaine fait de mieux en matière de réflexion sur la diversité de l’être, sa richesse même. Elle convoque deux grands penseurs français disparus : Etienne Souriau et Gilbert Simondon qui, s’associant à des vivants consentants et pleins d’esprit comme Isabelle Stengers et Bruno Latour vont entreprendre d’attaquer les parois de la caverne où nous vivions reclus, tels des aveugles. Ce qu’on appelle Les Lumières avaient entrepris d’y percer une première petite ouverture. Muni d’un marteau piqueur Bruno Latour et sa bande comportant plusieurs morts ressuscités percent à leur tour une dizaine de nouvelles baies. Inutile de dire que la caverne s’inonde alors de lumière aveuglante dont rendra compte la lettre 111 de janvier 2013.


    Dans notre lettre 109 du mois précédent nous abordions la question des modes d’existence  mobilisés tant par la psychogénéalogie que par la ménétique afin d’éprouver leur capacité discriminante : pouvaient-ils nous aider à mieux voir en quoi ménétique et psychogénéalogie différaient ?

    Ce qui implique de nous pencher d’abord sur ce que peut bien être un « mode d’existence ». C’est au philosophe Etienne Souriau fondateur de l’esthétique française que l’on doit cet étrange concept grâce à son petit livre Les différents MODES D’EXISTENCE qui sortit sous l’occupation en 1943 (1). Personne à l’époque n’y prêta la moindre attention tant le bruit des sirènes qui prévenaient les gens des bombardements, les conviant à se précipiter dans les caves pour s’y mettre à l’abri, était lui-même assourdissant.

    Il fallut attendre près d’un demi-siècle pour que deux penseurs européens insignes, Isabelle Stengers et Bruno Latour l’exhument d’un ensevelissement de première classe et le ressuscitent pour nous autres, en en préfaçant brillamment la réédition récente (2). Entre temps toutefois un jeune philosophe de l’époque devenu plus tard psychologue (3), Gilbert Simondon, eût certainement vent du travail du maître Souriau puisqu’il produisit bientôt un livre majeur qui mettait en scène lui aussi cet étrange concept : Du mode d’existence des objets techniques (4) et qui contribua à changer profondément le regard inattentif que nous portions jusqu’alors à ces êtres de la technique peuplant nos environnements familiers.

    Tous ces gens, Stengers, Latour, les ressusciteurs, Souriau, Simondon, les précurseurs qu’on croyait définitivement enterrés constituent la bande des quatre qui sont en train de mettre le feu au cœur même du maquis de la pensée du vieux continent plein de bois mort et sec pour le remplacer par de nouvelles plantations qui vont donner les hautes futaies du nouveau siècle naissant.

    B. Latour ne se contente d’ailleurs pas d’exhumer, de ressusciter, il va jusqu’à s’associer aux revenants  pour sortir avec eux, dans leur esprit et l’assistance de leurs âmes, en s’appropriant leur génie non usé : Enquête sur les modes d’existence. Une anthropologie des Modernes (5).

    Pour Souriau, Simondon, Stengers, Latour et consorts (6) un mode d’existence c’est une manière qu’a l’être en soi de devenir de « l’être-en-tant-qu’autre », de produire de la différence, de la richesse, de la complexité, de la variété, et ainsi de suite. C’est la manière qu’à l’être d’engendrer des êtres multiples et contingents. Cette façon de voir équivaut à percer des ouvertures dans la muraille qui nous séparait d’un grand et beau verger insoupçonné. La lumière entre ; le regard se porte, extasié, sur un paysage inconnu à contempler. Ce qu’on appelait les Lumières n’était au fond qu’une petite ouverture percée dans notre haute muraille de Chine.

    Souriau inventorie 5 premiers modes d’existence. Latour s’en empare et compte jusqu’à 15, ce qui équivaut, dans notre métaphore à percer 10 nouvelles baies sur le jardin d’Eden. Chacune a un nom et porte sur une portion du verger, sur l’un des pans de l’être délaissé par Heidegger le génial découvreur de la fameuse petite clairière de l’être (7).

    Chacune de nos lettres mensuelles se voulant courte c’est dans la 111 de janvier 2013 que nous pencherons la tête par trois des quinze baies donnant sur des portions du jardin, les baies MET, REP et HAB (Pour métamorphose, reproduction et habitude. Nul doute qu’elles ne nous donnent à voir psychogénéalogie et ménétique sous un jour intéressant et peut-être inattendu.

    Bibliographie de la lettre 110

    (1) Etienne Souriau, Les différents MODES D’EXISTENCE, PUF, Paris, 1943

    (2) L’on doit à I. Stengers et B. Latour une réédition récente du livre de Souriau, fort joliment préfacée par eux deux et mise en ligne sur le site de B. Latour, constamment remis à jour

    (3) Pour en savoir d’avantage sur G. Simondon on peut consulter Wikipedia. On considère ce philosophe devenu l’un des psychologues fondateurs de la psychologie française d’après-guerre comme une sorte d’ovni de la pensée tant la sienne se démarquait du paysage contemporain. Il en est de même pour Souriau ignorant royalement l’existentialisme sartrien et vivant comme Robinson sur son île, pour ainsi dire hors du monde et de ses rumeurs, voué qu’il était à son travail monumentale sur la création des formes artistiques ou leur instauration.

    (4)G. Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, 2012 (Réédition récente)

    (5) B. Latour, Enquête sur les modes d’existence, Une anthropologie des Modernes, La Découverte, Paris, octobre 2012

    (6) Consorts car B. Latour n’est pas seul. Il représente un courant de pensée puissant irriguant en profondeur la réflexion contemporaine sur l’ensemble du spectre de la modernité. On peut dire sans trop de risque d’exagérer que ce courant refonde les Lumières en nous proposant de passer d’un rationalisme ayant fait son temps à une nouvelle rationalité à la hauteur des enjeux écosystémiques de la mondialisation

    (7) A propos de la clairière de l’être voir : La domestication de l’être, Peter Sloterdijk, Fayard, Paris, 2000, pp. 44, 53, 60 etc… On y trouvera de nombreuses références à cette clairière heideggerienne faite en toute connaissance de cause par le plus grand philosophe allemand actuel. 

                                                                           Le ménéticien (alias Elie Sorlin)   


      Ce texte vous a interpellé, vous souhaitez de plus amples informations, laissez un message cliquer ici.     


[Découvrir] [Actualités] [Courrier] [Glossaire] [Bibliographie] [Liens] [Contact]

aniwhite02_back.gif   Page d'accueil

 www.menetic-site.net - contact@menetic-site.net

Début de page   aniwhite02_up.gif