sansnom2_htm_smartbutton2.gifsansnom2_htm_smartbutton3.gifsansnom2_htm_smartbutton5.gifsansnom2_htm_smartbutton6.gifsansnom2_htm_smartbutton7.gifsansnom2_htm_smartbutton8.gifsansnom2_htm_smartbutton9.gif


        button7.gif   Lettre 127 : D’un effet parenté historique : Le voyage d’Hernan Cortés à  Las Hibueras. Suite et fin


      Résumé

    La lettre 127 propose une lecture « psycho-historique » d’un épisode mystérieux de la vie d’un grand conquistador Hernan Cortés : ce dernier au printemps 1524 comme au faîte de sa puissance,  abandonne la capitale Mexico et le pouvoir pour se lancer dans une folle expédition au sein d’une jungle impénétrable. Cette « mission-suicide » est encadrée/ponctuée par 3 alliances avec lesquelles grosso modo elle coïncide: celui de sa fille aînée Catalina, celle de sa maîtresse Marina dont il se sépare pour la marier à l’un de ses lieutenants, la sienne propre ainsi préparée par cette séparation. Conformément à la « philosophie » de www.menetic-site.net ces coïncidences d’allure fortuite sont interprétées comme autant de relations signifiantes révélant le fonctionnement intime du système familial confronté à s’ouvrir à l’étranger en payant un prix  exogame « symptomatique ».


    Le conquérant Hernan Cortès au faîte de son pouvoir (Il vient de conquérir en moins de 5 années  d’aventures invraisemblables l’empire aztèque plus de deux fois grand comme la France) décide donc d’en abandonner la capitale Mexico pour entreprendre un voyage hasardeux et lointain dans les terres maya. Cortès venait de promettre son aînée, la jeune Catalina, métisse cubaine, à un fils du gouverneur de la Jamaïque, Francisco de Garay. Ce dernier après avoir réveillonné chez Cortès le jour de Noël 1523 meurt subitement.

    La veille de son expédition risquée qui va durer 2 ans il rédige une longue missive pour le roi d’Espagne Charles Quint où il lui exprime avec franchise qu’il ne fera rien de ce que son Eminence lui demande au nom même de la réussite de l’ entreprise colonisatrice telle qu’il la conçoit, en accompagnant cet important courrier d’œuvres d’art indigènes et d’un canon d’une tonne d’argent coulé par les indiens mêmes, qui plus est armorié et gravé de la dédicace suivante : « Moi pour vous servir je suis sans rival, Vous qui êtes sur terre sans égal » (1). C’est le 15 octobre qu’il paraphe sa lettre tandis qu’il a 39 ans.

    Il part en cette mi-octobre 1524 accompagné d’une cohorte de pages, de maîtres d’hôtel, de fauconniers, musiciens, jongleurs, domestiques divers, de hauts dignitaires aztèques, de ses femmes et de leurs enfants (Il vit selon les normes polygames des Princes aztèques). Il a avec lui le jeune Cuauhtemoc, dernier empereur vaincu dans la chute de Mexico. Il est entouré de plusieurs de ses plus fidèles capitaines, de 300 soldats espagnols en armes dont 150 cavaliers et de plusieurs milliers de guerriers indigènes sans compter 2 des 4 officiers royaux que l’administration espagnole venait de lui envoyer pour contrôler sa comptabilité coloniale qu’il transforme en des sortes d’otages qu’il va rapidement confronter aux dures réalités du terrain. Il emmène également de la literie et de la vaisselle princière avec bien sûr une fortune en métaux précieux qui toujours l’accompagne. Derrière cet imposant cortège d’allure surréaliste grogne un troupeau de plusieurs milliers de porcs qu’il compte introduire en Amérique centrale car Cortès a toujours le souci de répandre les cultures vivrières avec l’élevage domestique dans les territoires qu’il conquiert, contrôle, visite pour que puissent si possible y mieux vivre les indiens. La majorité de tout ce beau monde est à pied, les Aztèques ignorant la roue, les chars, le cheval et Cortès étant victime d’une sorte d’embargo de la part de l’ancienne Espagne, la mère patrie qui craint confusément la sécession et pare à ce risque en n’envoyant pratiquement pas de juments en Nouvelle Espagne.

    Deuxième alliance

    Soudain on fait halte dans le petit village d’El Tuerto et là, à la surprise générale, Cortès décide de donner sa plus chère maîtresse, sa traductrice fétiche, Marina, la si fameuse « Malintzin » mère de son fils aîné, sans laquelle très certainement il n’eût pu conquérir l’empire tant elle l’assista, le protégea et lui fût constamment d’une intelligente et totale fidélité, de la donner donc en mariage au conquistador Juan Jaramillo. L’historien américaniste Christian Duverger parle à propos de ce voyage incompréhensible et de ce qui s’y passe d’une sorte de « mission suicide » (2).

    En outre les 2 officiers royaux, le facteur Salazar et l’inspecteur Chirinos qui ne supportent pas le voyage et développent un mauvais esprit sont renvoyés par Cortès à Mexico munis tous deux d’une délégation de pouvoir équivalant à un renoncement pour lui à conserver le contrôle de la capitale de Nouvel-Espagne en même temps qu’à leur donner les possibilités d’y créer la confusion lorsqu’ils retrouveront les deux autres officiers royaux occupant déjà la place !

    Si les débuts du voyage sont presque plaisants avec un spectacle itinérant offert dans les villages traversés, c’est bientôt l’engagement à pied dans une jungle presque impénétrable, parsemée de fleuves aux courants dangereux, lagunes, marais, mangroves et plans d’eau infestés de crocodiles. Cortès se transforme alors en homme du génie faisant construire des ponts par ses hommes. Puis le paysage devient hostile et les indiens Mazatèques dont c’est le territoire désertent leurs villages, pratiquant la politique du vide. Comment dès lors nourrir une escorte composée de milliers de personnes ? Cortès ne veut pas qu’on touche à l’imposant troupeau de porcs qui suivent à 4 jours de marche ! On en est vite réduit à chasser, pêcher, manger des racines dans une chaleur étouffante.

    Cortès pour la première fois de sa vie commence à perdre le contact avec ses hommes ; une rébellion se fomente. Parlant lui-même leur langue il comprend qu’un complot se trame et fait appréhender le 28 février 1525 au petit jour tous les chefs indigènes qui l’accompagnent qu’il interroge ; ils avouent leur exaspération, leur colère devant ce voyage dont le but leur échappe; c’est alors qu’il fait pendre pour l’exemple Cuauhtemoc et Tetlepanquetzal, libérant les autres. Après une dernière partie forestière presqu’impénétrable, l’expédition a la chance d’arriver sur les rives du lac de Florès et d’y rencontrer le chef maya local dont la sympathie leur est acquise.

    La « missions-suicide » s’achèvera quelques mois plus tard par un retour mouvementé à Mexico.

    Ce voyage tumultueux à Las Hibueras que ne parviennent point à comprendre les historiens spécialisés, nous le transformons en un épisode symptomatique ponctuant en réalité trois alliances matrimoniales : la première, celle de sa fille aînée Catalina, la seconde celle de Marina, la femme de sa vie qu’il marie à l’un de ses capitaines dont elle aura bientôt une fille, la dernière : la sienne propre.

    En effet Cortès à la suite de cet épisode rocambolesque va retourner en Espagne pour s’y marier à une jeune femme de la noblesse choisie par son père qu’il ramènera par la suite en Nouvelle Espagne avec sa propre mère à lui, son père décédant d’effet peu après le mariage.

    On peut donc résumer ainsi cette histoire : Cortès aménage le mariage de sa fille aînée Catilina ; le père du jeune homme en meurt. Cortès s’engage dans une vie nouvelle : il se sépare de sa femme la plus chère pour se préparer lui-même à se marier avec une noble espagnole. Son père en meurt. C’est dans le cadre de ce processus complexe que se situe la « mission suicide » de Las Hibueras analogue à une forme de désorganisation/réorganisation du destin individuel d’un immense conquistador.

    En continuité avec notre lettre 126 du mois précédent (avril 2014) qui proposait de manière simplifiée de tracer sur un feuillet 3 colonnes, nous mettrions donc ici dans la colonne de gauche tout ce qui se passe successivement dans la famille du conquistador Hernan Cortès, ici au plan strictement matrimonial, à savoir : le prélude à l’alliance de sa fille aînée Catalina, puis le don de sa maîtresse la plus chère, Marina, à l’un de ses fidèles lieutenants pour la marier en bonne et due forme ; enfin son mariage avec une jeune femme de la noblesse espagnole .

    Dans la colonne du milieu nous y inscririons les dates précises  auxquelles surviennent ces divers évènements intra familiaux. A droite enfin leur retentissement dans ou sur l’existence même du conquistador, mais en termes « symptomatiques » de changements ou de discontinuités bien repérables à savoir, dans ce cas exemplaire : la décision d’entreprendre un voyage déraisonnable, confinant à l’irrationnel mené dans des conditions surréalistes, en abandonnant la capitale Mexico, puis  en définitive le deuil (En miroir au deuil du pouvoir que réalise de son côté Charles Quint qui se désorganise lors de l’expédition d’Alger, débutant discrètement peut-être alors une sorte de démence sénile précoce) du pouvoir pour se consacrer à faire valoir les intérêts des indiens puis à l’écriture, afin de faire connaître à la postérité la réalité de son engagement dans la conquête de la Nouvelle Espagne pour la couronne, la véritable histoire de cette conquête dont il avait été le prodigieux instrument.

    Ces épisodes matrimoniaux successifs et rapprochés coïncident avec des discontinuités majeures affectant le cours de l’existence même du conquistador, discontinuités transformées en autant de « symptômes » renvoyant à ce qui est censé les coproduire à l’intérieur même de la famille.

    Nous souhaitons à tous nos internautes une excellente poursuite de ce printemps précoce et déjà bien entamé.

                                            

    Bibliographie

    (1)  C. Duverger, Cortés, Fayard, Paris, 2001, p. 286

    (2)  Id. p. 292

                  Le ménéticien (alias Elie Sorlin)   


      Ce texte vous a interpellé, vous souhaitez de plus amples informations, laissez un message cliquer ici.     


[Découvrir] [Actualités] [Courrier] [Glossaire] [Bibliographie] [Liens] [Contact]

aniwhite02_back.gif   Page d'accueil

 www.menetic-site.net - contact@menetic-site.net

Début de page   aniwhite02_up.gif