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        button7.gif   Lettre 129 : Une Généalogie sans temps ?


    Relativité restreinte

    Si l’on continue toujours de suivre Carlo Rovelli (Voir lettre 128 du mois précédent) on comprend qu’en vertu de la relativité restreinte deux horloges identiques embarquées dans deux avions rapides volant à des vitesses différentes, à leur retour à l’aéroport indiquent des temps différents, bien qu’au départ elles aient été parfaitement synchronisées. La différence est certes infime mais néanmoins assurée tout en contrariant nos habitudes ancestrales de penser le temps.

    Relativité générale

    Avec la relativité générale, second étage de la grandiose théorie de la relativité d’Einstein le temps devient plus relatif encore, plus élastique, plus variable à proximité des grosses masses comme une planète telle notre terre ou une étoile comme le soleil ; ces masses vont à leur tour ralentir les horloges et donc le temps qu’elles comptent en proportion de leur importance et de leur distance.

    C’est si contraire à la façon habituelle de penser le temps que les généraux de l’armée américaine ne parvenant pas à croire qu’il puisse arriver au temps de fluctuer ainsi, au gré des masses avoisinantes, des distances à celles-ci et des vitesses, demandèrent qu’on le leur prouve concrètement au moyen de deux satellites, l’un doté d’un système GPS qui ne tenait aucun compte de la distance à la terre en tant que masse ni de la vitesse du satellite pour corriger son horloge interne et l’autre qui tenait compte de la double variation du temps par masse et vitesse, les corrigeant constamment ; ils furent convaincus en constatant que seul le second satellite toucha sa cible ; la théorie décrivait donc mieux la réalité que ne le prétendait l’ évidence. En matière de temps on ne pouvait constamment se fier aux seules apparences. On ne pouvait pas en avoir une idée simpliste, unitaire, convenant à tous les objets du monde. Il n’existait pas de grande horloge cosmique rythmant la vie de tout l’univers observable.

    Galilée, battements du cœur et pendule

    Galilée découvre que les oscillations d’un même pendule, grandes ou petites, ont toujours la même durée puisqu’il y avait un nombre égal de battements de son cœur à chaque oscillation; on pouvait donc mesurer le temps en comptant donc ces oscillations. Comme il utilisait son pouls pour s’assurer de la régularité des oscillations et vice et versa, cela signifiait qu’on ne mesure en réalité jamais le temps lui-même mais qu’en fait nous ne faisons que comparer des variables A, B, C etc… ou battements du cœurs (=A) avec oscillations du pendule (=B) et ainsi de suite (=C).

    Foncièrement inobservable tel semble le temps ; on fait alors comme s’il existait réellement dans notre vie quotidienne ; mais cette façon pratique de penser ne suffit plus si l’on veut décrire correctement certains niveaux fondamentaux du fonctionnement de la nature où il convient de faire au contraire comme s’il n’existait pas du tout ou du moins pas encore (Moment du Bing Bang par exemple). Le problème devient alors le suivant : comment le temps que nous croyons connaître émerge-t-il de la brume du non temps ? Comment rendre compte de l’apparition du temps qui nous gouverne dans nos existences quotidiennes à partir d’un monde physiquement, fondamentalement atemporel, le temps et le non temps caractérisant le même monde : notre monde.

    Dans son petit livre modeste mais subversif Carlo Rovelli raconte comment Alain Connes et lui-même se penchèrent mathématiquement sur cette question troublante (1) débouchant sur ce qu’il appelle  la théorie des « boucles » cherchant à expliquer ce qu’on appelle la gravitation quantique, grande rivale de la théorie des « cordes », chacune des deux ayant ses supporters passionnés.

    Retour à la généalogie

    Ce petit détour par quelques réflexions contemporaines sur les rapports tendus du temps avec le monde nous montre que le rapport qu’entretient la généalogie avec le temps comme avec l’espace ou l’union des deux dans l’espace-temps ne saurait aisément se résoudre ici. Simplement nous « constatons » très localement (dans une famille par exemple) que lorsqu’une femme accouche au même âge que sa mère pour ne prendre que cet exemple de coïncidence très simple on est bien proche du cas « galiléen » d’une mise en relation entre deux variables concrètes que sont les battements d’un cœur et les oscillations d’un pendule ; en effet on y compare deux « distances », deux parcours de vie : celui de la mère concrétisable par un certain nombre de battements de son cœur que l’on va tenter de « superposer », de mettre en parallèle avec le nombre de battements du cœur de sa fille comptabilisables entre leurs naissances et leurs accouchements respectifs. On va alors « observer » que leurs nombres se rapprochent, formant chacun une sorte de « paquet » ou « fagot » de pulsations finalement assez comparable à l’autre.

    On voit par là comment on pourrait à la rigueur se passer de temps pour établir la correspondance approximative mère/fille. Toutefois reconnaissons que le temps chronologique, le calendrier et tout le reste (l’état civil) sont pratiques et nous permettent d’établir des correspondances qu’autrement nous aurions du mal à identifier, certains ajouteraient même : à construire. En effet le comptage ininterrompu des battements cardiaques ne serait point alors chose aisée. Le temps généalogique est donc ici réductible à des relations entre évènements et phénomènes qui à proprement parler ne sont pas du temps ; dire en outre qu’ils se situeraient dans le temps n’a dès lors plus grand sens : où serait ce fameux temps dont chacune des briques dont on prétend qu’il serait fait se dissout instantanément dans quelque chose qui n’est pas du temps ?

    Pour terminer nous vous souhaitons un beau mois d’août et de belles vacances !

    (1) Carlo ROVELLI, Et si le temps n’existait pas ? Un peu de science subversive, Dunod, Paris, 2012, p. 105

                  Le ménéticien (alias Elie Sorlin)   


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