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        button7.gif         En quête d'une nouvelle maison commune :

l'Anthroposphère II (1)

Introduction

A nouveau monde nouvelles représentations

Du sapiens sapiens de dernière génération


      Résumé de la lettre 143 :

    Les transgressions avérées à l'ordre de la nature ne font plus vraiment partie du monde moderne qui les considère soit comme impossibles, soit encore le fruit d'un hasard aveugle. Elles ne méritent donc aucune considération, la tendance étant de les classer dans la rubrique insignifiante des faits divers. Étrangement les grandes traditions spirituelles qu'expriment leurs divers monachismes s'entendent pour enjoindre à leurs adeptes de ne point s'y intéresser, ni les désirer ni les investir. Ces courants rejoignent d'une certain manière celui des sceptiques prescrivant de les délaisser, voir même de les mépriser. Toutefois ces deux postures analogues dans leurs effets se fondent sur des raisons différentes. Les premières reconnaissent leur réalité comme les secondes la nient ; mais toutes deux considèrent qu'elles font obstacle à la poursuite de leurs objectifs : la réalisation idéalisée de soi ou le contrôle du monde dont l'ordre serait mis en péril par irruption de l'improbable. Devant ces positions des modernes, antinomiques certes mais concordantes dans leurs résultats, nous proposons de redessiner un monde plus accueillant : ce sera l'Anthroposphère, demeure censée capable d'accueillir enfin avec générosité le normal et l'anormal comme de les héberger pacifiquement.


    Pour l'homme moderne l'anomalie par excellence : le miracle, au sens religieux qu'on lui confère (1) avec son corollaire naturel : le prodige, entendu comme phénomène transgressant toute loi connue, ne font plus vraiment partie de l'ordre de notre monde. Certes ils peuvent occasionnellement s'y produire. Mais cette éventualité, envisageable à l'aune de la faible tolérance dont dispose cet hybride (2), sapiens sapiens de dernière génération, à l'égard du moindre événement à la fois réel et fantastique, n'entame en rien son intime conviction que ce genre de « fait divers » ne pèse pas lourd dans l'explication de son cosmos. Toujours selon cet humain, de tels événements, rares par nature, improbables fruits du plus grand des hasards, non reproductibles, éphémères, échappant à tout contrôle, il les considère avec le philosophe Peter Sloterdijk comme autant d'aimables « gâteries de l'être » (3), peu dignes qu'on leur accorde grande importance.

    Face au miracle deux attitudes

    Curieusement, maintes des plus vénérables et des plus anciennes sagesses ou spiritualités que l'on connaisse, que peuvent représenter, chacune d'ailleurs à sa manière, leurs mystiques respectives, qu'elles relèvent du védisme hindou, du bouddhisme (4), du zen, de la sphère chrétienne ou de toute autre tradition humainement et spirituellement éprouvée, affichent également vis-à-vis d'eux un détachement certain, mais pour d'autres raisons : ces phénomènes anormaux et dérangeants ne méritent pas qu'on s'y arrête si l'on veut entreprendre une marche sérieuse vers ce qu'elles considèrent comme l'absolu, l'indicible, la conscience universelle, l'intelligence infinie, l'énergie créatrice au principe de tout, gigantesque force cosmique censée soutenir l'intégralité du réel, toutes désignations permettant d'éviter d'user du mot « Dieu » (5) vu l'usage malencontreux qu'en font certains. Elles risquent de distraire le « pèlerin », de le retarder dans son cheminement tandis que le temps de cette réalisation se ferait court. Bref s'intéresser à ces dérogations prétendues à l'ordre habituel des choses gênerait une évolution spirituelle bien comprise dont les standards relèvent d'une sorte d'universel humain multiséculaire.

    Toutefois, si l'on veut sereinement examiner la situation, elle semble plus nuancée. Certes, croyants contemporains religieusement engagés, spirituels avertis d'obédiences variées déclarent assurément s'en passer. La plupart de nos sages préconisent le détachement vis-à-vis de ce genre de phénomènes, excepté peut-être les guérisons anormales du fait de leurs liens avec la compassion, le souci de l'autre. Quand on parcoure les écrits qui souvent les nourrissent on s'aperçoit en effet qu'ils n'en sont point dépourvus. A ne citer qu'eux, pour le monde chrétien, ses quatre Évangiles comme le livre des Actes des apôtres offrent à eux cinq un panel de prodiges exceptionnels (6) qui vont des guérisons aux résurrections d'individus décédés en passant par des multiplications ou transformations alimentaires (Eau en vin), des marches sur l'eau, des tempêtes obéissant instantanément à un ordre de se calmer, des ruptures de chaînes ou d'entraves couplées à des ouvertures de portes libératrices de disciples fait prisonniers, des disparitions ou déplacements corporels instantanés. Toutefois l'homme moderne s'est développé dans une matrice anthropologique (7) bien particulière : on y considère que de tels récits relèvent d'avantage du registre symbolique, de la légende ou du mythe que du témoignage (8), de la biographies (9) ou de comptes-rendus objectifs.

    Si les grands mystiques dans l'ensemble professent avec une belle unanimité prudence et circonspection à l'égard de ce genre de phénomènes extraordinaires et si les théologies contemporaines expriment aussi des réserves à l'égard de ce qui se présente comme extraordinaire, prodigieux (10) notamment depuis le « concile Vatican II », nombre d'entre eux peuvent pourtant devenir, comme nous le verrons bientôt, le siège ou les auteurs le plus souvent involontaires d'anomalies stupéfiantes (11) s'inscrivant dans la trame même de ce que nous appelons communément le réel (Phénomènes physiques liés à ce type de mysticisme).

    Convergence de deux courants antagonistes

    On se trouve donc finalement au sujet de ces phénomènes devant la convergence paradoxale de deux groupes de réactions régies par des intentions différentes : l'un réclame instamment de les délaisser si l'on veut s'engager dans une voie d'accomplissement humain et spirituel tant ils risquent d'alimenter de façon malsaine le narcissisme, le sentiment de toute-puissance ou favoriser l'allégeance à des puissances hostiles, désorganisatrices, voire destructrices. Une tradition positiviste plus récente, issue des premières Lumières comme de divers courants agnostiques les considère vains, chimériques, ne correspondant à rien, dénués du moindre sens.

    Distinguons donc ici un double mouvement ; l'un concerne les croyants, l'autre ceux qui ne le sont pas. Le premier tend à faire cheminer vers un au-delà de soi immanent ou transcendant; le second révèle chez l'homme contemporain un obsédant souci de maîtrise de son environnement risquant de se voir contrarié par des phénomènes incompréhensibles échappant à son contrôle. Dans les deux cas la progression de cet individu vers une réalisation, éprouvée comme intensément désirable, s'en trouve d'autant contrariée.

    Plusieurs questions laissées en suspens

    Mais si transitoirement l'on délaisse la question des cheminements censés conduire à des formules d'accomplissement plénier, demeure entière celle du rôle joué par cette catégorie de phénomènes dans l'instauration même de notre monde spécifiquement humain : contribuèrent-t-ils à son avènement, à son architecture, à son économie interne, à son organisation ou à son fonctionnement ? A quoi peut-elle donc bien servir au plan évolutif ? (12) On voit qu'il s'agit là d'un point de vue loin d'être déraisonnable rarement pris en considération, qui nous amène d'ailleurs tout droit au rôle qu'auraient pu tenir ces diverses anomalies ou transgressions de la nature dans un passé éloigné, tant dans l'hominisation que dans l'humanisation proprement dite et l'avènement de nos innombrables cultures.

    L'endroit si familier où nous venons au monde, vivons puis mourons se présente d'abord tel qu'il est, non comme nous voudrions qu'il soit ; avant nous déjà il était, demeurant en outre après que nous l'aurons quitté, poursuivant inexorablement son évolution en grande partie sans nous. Nous n'en sommes donc pas les concepteurs ni les artisans mais au mieux les aménageurs ingénieux. Lieu d'éclosion du fait qu'on y voit le jour, de développement où l'on grandit, puis de séparation, de différenciation lorsqu'on y décède, cet endroit est tantôt comparable à une matrice ou à une serre en forme de bulle irisée flottant au gré du vent solaire, habitat nomade, sorte de tente. En outre, quand bien même sont grandes nos capacités d'auto-persuasion et nos illusions d'omnipotence, un jour ou l'autre elles se heurtent à ce que nous appelons le « réel », s'y cognant comme sur un roc (13). Le choc est habituellement douloureux ; il nous aide à différencier les constructions purement imaginaires de celles qui visent à décrire de leur mieux le monde qu'expérimente chacun d'entre nous.

    Rapport de réalité/ anomalies avérées

    La question des prodiges, des anomalies avérées, des miracles peut donc encore se poser autrement qu'en termes de cheminement ou de rôle dans l'édification de notre monde : cette fois comme rapport de réalité à un donné s'imposant à l'instar des autres phénomènes de la nature ou du cosmos dont rien ne nous autorise de les en soustraire si l'on tient toutefois à demeurer honnête en matière de connaissance objective. Qu'en faire alors lorsque d'aventure ils surviennent ? En dépit du fait qu'ils gênent à la fois mais pour des raisons différentes pèlerins épris d'absolu, spirituels éminents, théologiens chrétiens libéraux, philosophes matérialistes soucieux par ailleurs d'éthique et de vertus, brillants inventeurs du code génétique ou démiurges du feu nucléaire. De ce rapport de réalité qu'on va plus ou moins généreusement leur octroyer dépend aussi leur hébergement, leur statut social et leur sort. Il réclame en outre une nouvelle philosophie de la nature (14).

    Dessinons donc une nouvelle maison commune !

    C'est désormais l'Anthroposphère qui va devoir tous les accueillir tels qu'ils sont, comme ils se présentent, si bien qu'on pourrait dire de nos lettres futures qu'elles vont chercher à satisfaire la consigne enfantine bien connue : «  Dessine-nous une maison ! », demeure capable d'abriter un nouveau monde dont les nombreux savoirs instrumentés qui se penchent actuellement à son chevet révèlent chaque jour d'avantage l'inventivité troublante, prodigieuse.

    Notes et bibliographie

      (1) Le mot « miracle » s'emploie dans deux sens principaux, l'un profane et l'autre religieux. Dans la première acception c'est un fait extraordinaire, surprenant, merveilleux, non conforme à l'ordre habituel des choses et sans explication scientifique raisonnablement envisageable. Dans la seconde il ne s'explique que par un recours au surnaturel et se définit strictement dans la théologie chrétienne traditionnelle.

      (2) On sait depuis peu, preuves paléontologiques et génomiques à l'appui, que nous sommes le produit de rencontres entre notre propre espèce évoluée, moderne et d'autres plus anciennes, maintenant disparues, dites archaïques. Il semble d'ailleurs qu'à l'époque de ces mélanges interspécifiques du type sapiens sapiens/Neandertal par exemple, les humains ne se distinguaient pas comme nous le faisons actuellement du fait qu'ils ne disposaient pas encore de notre concept d' « espèce ». Il est donc plausible et naturel qu'ils aient pu sans manières échanger leurs gènes.

      (3) Expression teintée d'ironie qu'on retrouve épisodiquement dans l’œuvre du philosophe pour caractériser certaines manifestations « divertissantes » de la réalité dont anomalies et miracles peuvent faire partie. Ce ne sont pour lui comme pour bien d'autres penseurs contemporains que formes erratiques prises parfois par un hasard de toute façon omnipotent autant que foncièrement inintelligent bien qu'il puisse sur ce point nous leurrer en mimant le « dessein intelligent » de certains courants intégristes.

      (4) Bachelor M., Rencontre avec des femmes remarquables, Sully, Vannes, 2002, p. 189 : «  Un bouddha n'agit pas de manière extraordinaire, n'a pas de pouvoirs surnaturels... » au dire de la religieuse sud-coréenne Jongmok Sunim, par ailleurs animatrice de radio.

      (5) Il suffit de consulter la charge en règle contre le « théisme » de l’évêque épiscopalien américain J.S. Spong dans son Jésus pour le XXI ème siècle, traduit puis édité par Carthala, Paris, 2013, ou d'autres auteurs comme P. Sloterdijk déjà cité pour s'en convaincre.

      (6) Mentionnons sur le thème l'excellent livre venant tout juste de paraître: Jésus thaumaturge. Enquête sur l'homme et ses miracles, de Bertrand Méheust, InterEditions, Paris, octobre 2015. Bien documenté il innove en affirmant qu'on ne peut cerner le Jésus de l'histoire en faisant l'impasse sur sa dimension charismatique proprement stupéfiante. Notons au passage que ce chercheur spécialiste des sciences psychiques s'intéresse aux phénomènes paranormaux moins pour eux-mêmes que pour voir comment la société moderne réagit vis-à-vis d'eux, se comporte devant ce type d'intrusion menaçant son homéostasie.

      (7) Matrice à laquelle, en accord avec l'anthropologie symétrique de P. Descola, nous donnerons le nom d'« ontologie naturaliste » cognitivement chargée de doter les individus qui en relèvent de « contenants » et de « contenus » appropriés de pensée pour voir et comprendre le monde d'une façon bien particulière.

      (8) Nous aurons l'occasion, le moment venu, de reparler du témoignage dans ses rapports à la connaissance, au lien social, au politique, entendus chacun comme autant de « modes d'existence » au sens que Bruno Latour leur attribue dans sa monumentale Enquête sur les modes d'existence, parue en 2012.

      (9) Pour divers auteurs dont André Paul les évangiles canoniques seraient d'authentiques biographies à l'ancienne, obéissant formellement aux règles du genre ; thèse non consensuelle, il l'étaye néanmoins sur un solide argumentaire dans son Essai sur la naissance du christianisme, Bayard Editions, 2001.

      (10) La suspicion de cette dernière (de certains courants théologiques contemporains) apparaît sans ambiguïté dans des ouvrages comme : Signes et prodiges, Les miracles dans l'évangile du dominicain J.P. Charlier. On y trouve par exemple à la page 121 ce genre de proposition : « Le danger du miracle est d'abîmer la personne même de Dieu. Prêter à Dieu des gestes souverains par lesquels il rectifie le cours de l'histoire, empêche les éléments d'obéir à leurs lois, arrête l'évolution d'une maladie ou multiplie les pains dans les huches des couvents, c'est s'éloigner bien témérairement de l’Évangile. Cela revient en effet à faire de Dieu un personnage tout-puissant, arbitraire et capricieux, comparable au Zeus de l'Olympe. ». Cette position d'une composante minoritaire mais non négligeable du christianisme contemporain est une opportunité pour les sciences humaines puisqu' elle va dans le sens d'une sécularisation croissante du monde, de la nature ; elle offre donc à ces disciplines l'occasion de pouvoir s'emparer de ce champ avec un risque d'interférences religieuses proche de zéro, le christianisme l'abandonnant à la cité séculière par désinvestissement ou déconnexion progressive d'avec la foi. Notons au passage que cette dé-liaison est elle-même un effet de la modernité

      (11) Que nous examinerons le moment venu en explorant les phénomènes physiques du mysticisme chrétien.

      (12) Nous pensons à l’éminente contribution historique des miracles dans l’espérance eschatologique bien utile à l'humanité en périodes de crises.

      (13) L'historicisme selon lequel l'homme serait le maître absolu de son histoire est contredite par le risque immaîtrisable repérable dans le fait des arsenaux nucléaires mondiaux qu'il a créés mais dont il est incapable d'en garantir à 100 % le non usage destructeur apocalyptique. En dépit de ses efforts ils ne sont à l'abri ni de l'erreur, ni de la perversion, ni de la folie, ni de l'accident imprévisible ni même d'une anomalie de fonctionnement totalement incompréhensible. L'entretien d'une force nucléaire de frappe n'échappe donc point à la précarité de la condition humaine comme d'un usage qu'on souhaiterait limité, comportant néanmoins une part d'imprévisible. Lire à ce sujet dans Temps et eschatologie, Cerf, Paris,1994, la contribution terminale de Richard BAUCKHAM : Se confronter au futur. Le défi aux présuppositions séculières et théologiques, pp. 347 et suiv.

      (14) Que des penseurs de stature européenne comme le philosophe des sciences B. Latour par exemple vont enfin nous proposer dans leur œuvre.

       

    Mots-clés : anthroposphère, réenchantement, réalité, prodiges, anomalies, miracles, Gaïa, hébergement, maison, sphérologie, bulle, carte, réel, modernes, accueil, manifestation.

                       Elie Sorlin        


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