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        button7.gif         Lettre 145 : De la dimension anormale du réel (Suite)

              Un lévitant hors norme : Joseph de Copertino


    Résumé de la lettre 145

    Cette lettre 145 poursuit la présentation d'un premier exemple d'anomalie spectaculaire appartenant à l'historiographie, celle du plus célèbre des lévitants occidentaux, le moine italien J. de Copertino. Il est destiné à illustrer ce que nous entendons ici par anomalie avérée comme à justifier la construction d'une nouvelle dimension du réel, dite « bipolaire » du fait qu'un pôle contient ce qui est normale et l'autre ce qui ne l'est pas. La Science, connaissance performante visant à l'objectivité nous aide à justifier pareil axe ; en effet le pôle anormal, ce qui le constitue demeure l'objet d'un traitement savant bien particulier : les phénomènes anormaux sont tous traités par nos sciences comme autant de récits ne se référant jamais véritablement à la réalité. Ils échappent donc aux sciences de la nature comme aux sciences sociales puisque toute valeur est déniée au témoignage humain qui pourtant demeure nécessaire pour nous les faire connaître. De ce point de vue objectif la Science fonctionne tel un puissant opérateur de différenciation, de distinction par la manière qu'elle a de rejeter ce qui est anormal comme de disqualifier les rapports circonstanciés qui en font état et finalement les objectivent. La nouvelle dimension ségrégative Normal/anormal est donc aussi celle des phénomènes Admissibles/inadmissibles, Tolérables/intolérables, Recevables/irrecevables, Politiquement corrects/incorrects quoique tous fassent pourtant également partie de ce que nous nommons le « réel ».

    Notre lettre 146 de janvier 2016 poursuivra la présentation d'une seconde sorte d'anomalie ou de transgression patente des lois de la nature, dans un cadre cette fois non plus religieux mais festif, récréatif, celui des arts du spectacle. Le lecteur pourra vérifier une nouvelle fois qu'on se trouve bien dans la nature quand bien même les événements qui s'y déroulent nous sont transmis par le langage, rapportés dans des récits.


    Pour l'internaute de passage n'ayant point pris connaissance de la lettre 144 de décembre 2015, rappelons que nous y développions l'idée suivante : le réel comporte une dimension anormale, étrange, énigmatique, composée principalement d'événements inexpliqués, de prodiges et de miracles. C'est demeurer honnête et raisonnable que de le reconnaître lorsque ces derniers sont attestés par témoignages crédibles et croisés, attestations, investigations et enquêtes menées avec soin par des gens compétents, équilibrés, ouverts à des argumentations contradictoires étayées, solides.

    Nous avions entrepris de l'illustrer par le cas le plus célèbre et le plus connu de lévitation de toute l'histoire occidentale, celui du moine franciscain italien Joseph de Cupertino (ou encore de Copertino du nom de son village d'origine). Le nombre de fois (Plus d'une centaine répertoriées) où il lévita tant en indoor qu'à l'extérieur, la durée de chaque manifestation, la diversité des contextes dans lesquels fût observé le phénomène, la qualité et l'extrême diversité des témoins provenant de toutes les couches de la société, la fascination qu'exerça ce prodige récurrent sur princes et souverains des plus grandes cours européennes, faisant même parfois s'évanouir leurs épouses frappées de stupeur en le voyant planer au-dessus même de leur tête, en font le lévitant européen le plus prodigieux que nous connaissions au plan historiographique ; et ce en dépit de maints et grands efforts déployés par les autorités religieuses de l'époque pour contenir dans des limites monastiquement supportables des manifestations aussi dérangeantes : des 3 papes sous le pontificat desquels vécut Joseph, à savoir Urbain VIII, Innocent X et Clément VII, seul le premier lui fût favorable, les 2 autres se révélant ennemis assez implacables du moine, sans doute du fait qu'il leur portait secrètement ombrage, d'une certaine manière spirituellement les condamnait.

    Car ne nous y trompons pas, lorsque semblable aventure arrive par exemple à un ecclésiastique vivant en communauté, ce peut être source de désordres par la survenance aléatoire, la fréquence et le côté spectaculaire des phénomènes : l'existence tranquille du monastère censé permettre de vivre à l'écart des foules risque de se trouver fortement compromise ; les autorités locales de se sentir débordées, impuissantes devant un sujet s'envolant aux moments où l'on s'y attend le moins et dans des contextes variés, souvent incongrus : célébrations d'office, repas, moments de méditation silencieuses etc... Tout ceci en dépit du fait qu'à l'époque ni médias ni réseaux sociaux n'existaient encore et que la société n'avait pas d'à priori idéologique, philosophique ou théologique contre ce genre de phénomène. Un autre point rarement soulevé c'est qu'un grand charismatique, à un niveau latent, non manifeste, inconscient, renvoie l'observateur à une puissance hors du commun qui le dépasse. Chacun va dès lors réagir à cette problématique cachée en fonction de sa situation comme de son histoire ; l'homme puissant et narcissique ne verra pas nécessairement cela d'un très bon œil, fût-il pape ; il s'évertuera dès lors à chasser de sa vue l'éventualité de la scène: c'est ce qui semble être arrivé précisément à Joseph. Un sceptique patenté contemporain prendrait cela pour un simple divertissement n'invitant point à réflexion !

    Réaction des autorités ecclésiastiques

    La vie de cet homme habituellement joyeux et gai, simple, modeste, désintéressé ne fût donc point à cause de ses dons un long fleuve tranquille. Trois pontificats avons-nous dit lui correspondent, ceux des Papes Urbain VIII, Innocent X et Clément VII. En visite chez le premier il s'éleva dans les airs au dessus de la tête même d'Urbain VIII qui dès lors le protégea, le considérant immédiatement comme un saint. Quant aux deux autres, tristes princes de la Renaissance n'ayant guère que les apparences d'hommes de Dieu, ils furent ennemis déclarés du moine, s'ingéniant à lui nuire par tous moyens à leur disposition, notamment l'inquisition, l'incarcération, l'exil, la mise au secret et maintes interdictions proférées à son encontre. Ils illustrèrent ainsi à leur manière un fonctionnement épisodique pervers et malheureux de l'institution qu'ils eurent l'heur de gouverner, consistant, à propos d'un individu innocent, doté de charismes exceptionnels, à le poursuivre et persécuter autant qu'ils le purent, quitte à ce qu'on le canonise rapidement une fois mort, lorsqu'il ne ferait plus d' ombre. Ces pratiques malheureuses rétrospectivement condamnables relèvent d'avantage de l'abus de pouvoir et du harcèlement moral que d'une gestion sage et raisonnée du potentiel insoupçonné des individus qui nous sont soumis à un titre ou à un autre. Elles sont aux antipodes de ce que préconisent les Évangiles.

    La fin de vie de cet homme lumineux, sa stricte mise au secret six années durant sur ordre exprès du pape Alexandre VII témoignent amplement du problème auquel furent confronté les autorités ecclésiastiques de l'époque: c'est ce même Alexandre VII qui mit d'ailleurs à l'Index les si célèbres Provinciales de Pascal  et qui fût, mais pour d'autres raisons, sévèrement taclé par Louis XIV (Affaire des « gardes suisses » . On ne compte pas les longues périodes de confinement auxquelles dès lors Joseph fût soumis pour être soustrait à la vue du grand public, comme s'il menaçait dangereusement en lévitant (Puisqu'il parlait peu) les puissantes autorités religieuses de l'époque. En dépit de ces mesures, de Copertino parvenait, involontairement d'ailleurs, à échapper à tout contrôle hiérarchique. C'est un indice de la violence qu'exerce naturellement l'anomalie sur le corps social, les sphères dirigeantes, les élites tandis que le peuple, la masse ravie des gens, s'en accommoderait plutôt bien : sans doute ne perçoit-elle pas de la même manière l'ordre et le désordre du monde !

    C'était alors à l'intérieur même des couvents, dans leurs jardins que s'exprimait ce genre de transgression libérant brusquement le religieux des dures contraintes de la pesanteur auxquelles habituellement l'évolution nous soumet. On voyait Joseph changer soudain de visage, puis on l'entendait proférer un cri bien particulier en s'envolant au sommet d'un amandier ou d'un olivier pour délicatement s'y poser tel un oiseau sur une branche qu'on voyait avec légèreté osciller, comme s'il se trouvait dans une forme d'apesanteur à l'instar de nos cosmonautes flottant dans l'ISS, notre actuelle station orbitale. Notons au passage que les mystiques chrétiens sont souvent effrayés eux-mêmes par ce qui leur arrive d'anormal (1). Au bout d'un certain temps d'état extatique, tantôt il en redescendait comme il y était monté, tantôt revenu à l'état normal, il éprouvait des difficultés pour rejoindre le sol, surpris dans les branches dont il essayait gauchement de s'extraire. Parfois il oubliait même une de ses sandales ; restée accrochée au faîte de l'arbre il fallait alors avec une échelle aller la chercher.

     

    Nous dresserons le moment venu une liste de phénomènes tout aussi transgressifs que la lévitation et présentant une grande variété de modes d'expression. Leur rareté liée, avons-nous dit, aux conditions qu'exige notre survie, n'enlève rien au fait qu'à l'échelon du siècle et de la planète entière, il semble possible d'estimer rétrospectivement à 3 ou 4 peut-être le nombre de lévitants connus et pour la seule aire du mysticisme chrétien plutôt bien contrôlée par une administration vaticane sourcilleuse, en s'appuyant sur des recensions séculaires indirectes (Procès de canonisation) (2) ; on peut sans doute accroître significativement ce chiffre si l'on y introduit dans le désordre, lévitants issus du chamanisme mondial, de l'hindouisme (Grands yogis charismatiques), du spiritisme européen dont le pic d'expressivité se situe comme on sait dans la seconde moitié du 19ème siècle ou de tout autre courant d'activités et régions du monde. Mais nombre d'entre eux resteront inconnus, ne cherchant point habituellement à tirer parti de ces prouesses qu'ils réalisent par surprise et contre leur gré une ou plusieurs fois dans leur vie. Des observations concordantes suggèrent enfin que la lévitation – du moins jusqu'à nos jours et en occident – affecte préférentiellement, donc non exclusivement, des gens fort engagés dans l'ascèse, maintes pratiques

    de renoncement ou d'abstinence, des initiations éprouvantes, diverses formes de vie religieuse tel le monachisme érémitique ou communautaire, produisant des pratiquants cherchant à se maintenir à l'écart des rumeurs du monde.

    Nous verrons toutefois qu'il n'en n'est pas toujours ainsi, le XIX ème siècle proposant quelques rares lévitants spirites, dotés certes d'un certain idéal spirituel mais affichant une vie mondaine sans ascèse repérable. Le cas limite du moine italien que nous venons d'évoquer montre la difficulté de cacher totalement ce genre de don au point qu'on peut se demander s'il ne se mettrait point parfois en scène pour être vu, observé, constaté, frapper l'esprit des observateurs, les bouleverser, intensément les émouvoir, les inciter à témoigner, validant de cette manière leurs croyances (3). On ne saurait enfin taire les quelques très rares lévitations spectaculaires récentes liées à des exorcismes (4) et prises en vidéos conservées dans les médiathèques universitaires par exemple.

    Nous ne saurions clore ces quelques lignes dédiées à ce type d'anomalie sans évoquer la lévitation spontanée bien connue d'objets mobiliers lourds tels que buffets, tables, semi-lourds (Petits guéridons et chaises) ou légers : vases, stylos, couverts etc... ; à ce propos qui n'a en tête, relevant de l'historiographie bien attestée, les séances médiumniques mémorables de la fin du 19 ème siècle rassemblant dans certains salons parisiens les plus grands esprits et savants du temps tels Ch. Richet, d'Arsonval, Branly, Bergson, les Curie eux-mêmes et bien d'autres. On y pratiquait la lévitation de chaises couplée à des dispositifs sophistiqués destinés à écarter toute supercherie ou fraudes et valider leur arrachement objectif à la pesanteur sans cause physique repérable. Quelle énergie s'y trouve mis en jeu ? Il serait intéressant de lui trouver une appellation, une étiquette si possible différente de « mystérieuse, « occulte », « paranormale », « préternaturelle » ou « surnaturelle », tous qualificatifs trop marqués par l'esprit de controverses datées. Communément on l'appelle le « psi » ; mais ce n'est pas très heureux, nous semble-t-il, car c'est associable à deux siècles de recherches psychiques trop liées à des controverses surannées.

    Second exemple : marche sur le feu

    Tandis que la lévitation supporte mal la demi mesure, il en va autrement du rapport physique et domestiqué qu'entretient ancestralement l'homme avec le feu. Prenons le cas particulier de ce qu'on appelle traditionnellement « marches sur le feu » cérémoniellement pratiquées depuis des temps immémoriaux dans plusieurs parties du monde y compris, quoique plus récemment, en France et dont on peut d'ailleurs visionner diverses vidéos sur YouTube. Elles mettent en scène dans le cas d'une fête Malabar par exemple, à ne retenir que cette tradition, les différentes étapes d'un processus bien rôdé. Les participants traversent un tapis de faible épaisseur de cendres chaudes plutôt que de braises rougeoyantes, de quoi permettre aux sceptiques du Québec, association rationaliste connue, d'expliquer à juste titre que les risques de s'y brûler sont mineurs, vue la faible conductivité thermique de ce charbon clairsemé et l'absence de braises susceptibles de produire une forte chaleur radiante.

    La marche sur le feu dont il va s'agir ici (5) défraye les chroniques par le nombre de personnes impliquées dans l'épreuve : plusieurs centaines, l'importance du brasier comme de son rayonnement : plus de 4 mètres de long, un peu moins de 2 mètres de large, une épaisseur de plusieurs dizaines de centimètres de charbon incandescent diffusant une chaleur suffocante imposant aux premiers rangs des spectateurs de s'en tenir éloignés à distance respectueuse. L'absence de tout rituel de préparation frappe aussi. La scène se passe dans les années 1920, dans le parc du palais d'été du Marajah de la ville de Mysore, dans l'île de Ceylan. Des européens sont présents dont l'évêque missionnaire du lieu, Mgr Despature, invité lui aussi pour cette fête de circonstance par les autorités de l'endroit.

    Nous poursuivrons en lettre 146 cet étonnant témoignage. Nous vous souhaitons, chers internautes, une très bonne année 2016. Que paix et joie soient au RV de chacun des prochains mois !

    Notes et bibliographie

    (1) La grande Thérèse d'Avila ira même jusqu'à supplier Dieu de s'en trouver délivrée : dès lors elle ne lévita plus ou plus guère.

    (2) Un procès de canonisation ce sont des années d'investigations, un dossier de 10.000 à 15.000 feuillets.

    (3) Deux protestants notoires de l'époque ayant observé le phénomène en furent si frappés qu'ils crurent de leur devoir de se convertir au catholicisme romain dont relevait le moine lévitant.

    (4) Des vidéos circulent d' exorcismes récents où l'on voit le possédé que tentent d' immobiliser 4 solides gaillards  emportés soudain tous ensembles au plafond de la pièce tandis qu'opère un religieux franciscain.

    (5) On en trouve un rapport détaillé dans l'ouvrage de référence Les phénomènes physiques du mysticisme, de l'américain H. Thurston.

     

    Mots-clés

    Lévitation - axe bipolaire - langage - récit - réel - différenciation - opérateur - Science – nature - marche sur le feu - normal/anormal - connaissance objective

                       Elie Sorlin        


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