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    button7.gif   Lettre 16

      Les trois MOI du psychogénéalogiste

      Tout comme les physiciens en quête d'une représentation satisfaisante des ultimes constituants de la matière qui s'évanouissement dès qu'on veut les appréhender, le psychogénéalogiste se trouve aussi devant l'épineux problème de savoir finalement en quoi consiste le sujet humain, où il réside. Bien malin qui prétendra l'avoir aperçu !

      Dans nos lettres précédentes nous nous sommes lentement accoutumés à l'idée que l'homme moderne était un être divisé, donnant l'impression par moment d'être dépossédé de lui même. Pour nos besoins descriptifs nous avons trouvé assez commode de considérer que cet être situé "à la pointe de l'histoire" du fait que l'humanité en paraissait obsédée, magnétiquement attirée par la liberté dont il paraissait jouir ou, au contraire, le considérant comme un être haïssable, suscitant la répulsion (il n'est besoin que de considérer à ce propos l'attitude de l'islam radical à l’égard de la postmodernité), semblait vivre selon deux modes ou deux régimes s'ignorant mutuellement.

      En mode 1 il était tel qu'il pensait être, transparent à lui-même, en relation plus ou moins lâche avec l'organisation et la structure sociale. Cette part de lui-même pouvait devenir objet d'étude pour les sociologues par exemple. Ce premier aspect de la personnalité nous l'avons comparé à un masque (ou à une panoplie, à un jeu de masques) tant il se confondait souvent avec les divers rôles que nous tenions visiblement.

      En mode 2 cet homme, aux yeux du psychogénéalogiste, se manifestait sous un jour fort différent. Il apparut de plus en plus a l'observation que le sujet, sous ce régime, fonctionnait pour une toute autre cause que celle consistant à vouloir satisfaire par exemple les besoins de la société civile. Outre le fait patent que ce mode 2 échappait à l'entendement du sujet lui-même qui n'en n'avait habituellement pas conscience, il nous sembla évident qu'alors nous avions à faire à une sorte d'automate couplé, asservi à un but, un seul : l'auto-organisation de la famille ne disposant plus comme autrefois des appareils de maintenance. En mode 2, à son insu, efficacement, inexorablement, il palliait aux défaillances des institutions d'antan qui assuraient, bon an mal an, le fonctionnement de l'organisation familiale risquant l’effondrement ou  l'anarchie.

      On peut dès lors comprendre la lutte planétaire qui se déroule sous nos yeux ébahis entre les sociétés postmodernes situées "à la pointe de l'histoire" selon une formule consacrée et toutes les autres sociétés du globe qui luttent désespérément, la figure emblématique de Ben Laden aidant, à nous en tenir à cet exemple particulièrement bien connu, pour la préservation de leurs formules d'organisation  essentiellement marquées par l'intrication du social, du familial, du politique et du religieux  prescrivant, par excès d’amour de l’ordre, ce que doivent être les rapports des hommes aux femmes, des frères aux sœurs, des pères aux fils etc...

      Le psychogénéalogiste ménéticien ou "transgénéalogiste" (1) va utiliser la métaphore du visage pour désigner cet aspect du sujet puisque, derrière tout masque porté se trouve un visage. Lorsque le sujet se regarde dans un miroir il ne peut voir son visage caché. Mais le psychogénéalogiste en faisant et refaisant maintes fois le tour du sujet peut arriver à se faire une idée approchée de ses contours, à en imaginer ou déduire la forme, les traits.

      Notre lettre précédente s'achevait sur la remarque suivante : comment se satisfaire de ces deux personnalités, de ces deux aspects de soi, de ces 2 ‘’moi’’, le masque n'étant qu'apparence et le visage pouvant changer, porter des verrues, des cicatrices, vieillir  ?

      Réduire l'être humain à ces deux dimensions, l'une représentant le sujet en relation avec la société extra-familiale et l'autre exclusivement vouée à lutter contre les risques d'anarchie familiale présente l'inconvénient de déposséder le sujet de lui-même, de le faire reposer inconfortablement sur du vide. En cas d'échec de l'intervenant psychogénéalogiste, à quel saint se vouer ? Comment survivre ? Après la pièce ou prodramaturgie grandiose (le parricide oedipien par exemple) où trouver une raison de ne pojnt se crever les yeux, se tuer lorsque la solution finale se propose comme une issue libératrice ? Sur quoi asseoir l'apparence ? Il y a bien quelque part un noyau lourd, un centre, une troisième dimension supportant solidement  les deux autres. A défaut d'autre terme, après l'avoir postulé, nous l'appellerons "moi essentiel" ou moi foncier dont l'étude de certaines de ses manifestations peut être l'objet de la psychologie transpersonnelle, et l’approche expérientielle le fruit de maintes pratiques d’éveil.

      Ce troisième moi ou soi présente l'avantage incomparable d'être supposé inaliénable, impossible à annexer, à asservir. Il serait à la source de toute création authentique. C'est lui qui donne consistance au sujet. Objet de foi en l'homme il rend sa dignité à la personne souffrant d’un excès de représentation, d’une image appauvrie par les deux autres ‘’moi’’. On peut compter sur lui pour dépasser la condition humaine, les tragédies occasionnées par les deux autres soi, comme en témoigne l’histoire mondialement connue de Martin Gray (2).C’est ce qui peut rester quand tout s'effondre et qui peut assurer le dépassement de ce que nous appelIons I’échec, le manque à être etc... Moi source, moi originaire, moi foncier, il implique un acte de foi restituant à l'homme "esclave’’ de la société et/ou de la famille sa souveraine et fondamentale dignité. Cette part du sujet dans la vision que nous en avons ne saurait être instrumentalisée par quiconque puisqu'elle serait co-créatrice par nature, essence, naissance. C'est vraiment elle qui fait le héros, lorsqu'elle parvient à parler, à se faire entendre ! C'est finalement la partie sur laquelle peut toujours compter le psychogénéalogiste lorsqu'il ne parvient pas à ses fins dans l'intervention standard, se cantonnant aux apparences du masque et du visage, des transactions, des répétitions dramatiques, des fantasmes transgénérationnels informant puissamment le destin des individus, et qu'on ne peut souvent qu'amménager modestement. C'est cette part là qui fait désirer vivre toujours plus intensément et qui, aussi, ignorant toute répétition, ne nous fait pas craindre la mort.

      Ecoutons Martin Gray noter très exactement le samedi 3 octobre 1970 : " Brusquement, par la fenêtre ouverte est entré un souffle chaud qui sentait le bois brûlé. J'ai bondi : derrière la maison, la colline était embrasée, des colonnes de fumée, chargées de flammèches fusaient vers le ciel, des flammes tournoyaient, jaunes, rouges, je voyais les pins prendre d'un seul coup, un front de flammes descendre vers la maison. Le ghetto brûlait, je revoyais ces flammes, la femme qui tenait son enfant à bout de bras et je criais... le ghetto était là, l'enfer venait vers nous, le cauchemar recommençait."

      Le lendemain il ne restait plus rien de sa vie : sa femme Dina, ses quatre enfants Nicole, 10 ans, Suzanne, 7 ans, Charles, 6 ans, Richard, 3 ans, les trois chiens de la maison du bonheur, Darling, Lady, Yellow, avaient tous en s'enfuyant, péri, carbonisés, tandis que lui était en éclaireur parti chercher du secours : comme Oedipe qui se rapproche du drame par chaque pas qu'il fait pour l'éviter, Martin Gray se rapproche de l'holocauste familial n° 2, répétition prodramatique tragique du premier holocauste dont il avait miraculeusement réchappé, là où 120 des siens y avaient laissé la vie. L'isomorphie, la coïncidence, la répétition est patente entre les deux où la crémation est l’un des agents d'extinction principaux.

      Rescapé du ghetto de Varsovie, rescapé de Tréblinka, il parviendra à faire fortune aux USA, se mariera avec une femme profondément aimée dont il aura 4 enfants magnifiques que nous montre en photos le bestseller cité. La prodramaturgie grandiose s'enclenche lorsqu'il quitte, lui et son épouse, le continent américain pour venir s'installer dans l'un des massifs à risques d'incendies de forêt de la vieille europe : le massif du Tanneron et dans une grande et belle demeure forestière où tous deux comptent bien abriter leur bonheur dans une sorte de paradis terrestre, où ils vont passer quelques 10 années somptueuses. Tandis qu'Oedipe se crève les yeux et capitule Martin Gray écrit: " Je ne me suis pas tué. J'ai voulu. Je n'ai pas pu : on a veillé sur moi... Je parle : je dis le récit de ma vie pour comprendre cet enchaînement de folie, de hasards, ces malheurs m'écrasant... j'essaie de dire pourquoi il faut vivre et comment on peut attendre le bonheur, le courage et l'espoir malgré tout. A nouveau je suis sorti de Tréblinka..."

      On connaît la suite : notre héros postoedipien, héros postragique créera la Fondation Dina Gray pour la protection de l'homme à travers son cadre de vie. Dans cette existence exemplaire on ne saurait attribuer l'issue créatrice à l'homme d'affaire ayant fait fortune aux Etats Unis pas plus qu'à la partie qui tenta d'éviter le drame en s'y précipitant efficacement tête-bêche. C'est le "moi essentiel" qui eût ici le dernier mot comme il l'eût d'ailleurs chez Oedipe, lorsque, vieux et âgé, aveugle, méprisé par ses propres enfants, il acheva sa vie dans la sérénité au point de servir de fondement à un culte.

      L'homme ménétique, dans sa fragilité même et son clivage si apparent au regard perspicace du psychogénéalogiste, est un héros virtuel qui ne demande qu'à s'exprimer pour peu que la tragédie familière frappe à la porte de sa demeure, de son refuge, de son ménage. II est plus fort que les fantômes. Pas plus l'enfer de Dante que celui du curé de Cucugnan ne saurait le contenir car personne n'en connaît encore les limites.


      Lettre n° 17 : de la violence naturelle de l’alliance dans une chanson africaine : la femme sans tête.

    Le ménéticien (alias Elie Sorlin)     


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