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        button7.gif         Lettre 160 : De l'ulsion : suite et fin. De la distinction à faire entre réel et vrai. Proposition d'un nouveau mode d'existence : « An »


    Résumé de la lettre 160

    La lettre 160 poursuit sa réflexion sur l'ulsion en fournissant des exemples d'individus illustrant la manière dont sautent les verrous incarcérant les pulsions lorsqu'on vit sous le régime de l'ulsion ; cette dernière caractérise aussi l'homo hago/hadiensis, sapiens sapiens des derniers temps, humain eschatologique dont l'échéance ou l'horizon demeure indéterminable. Le contenu de nos lettres mensuelles prétend traiter d'un réel dont le rapport au vrai implique de recourir à un nouveau logiciel, celui des mode d'existence de Bruno Latour; dans ce cadre conceptuel novateur l'expérience humaine des phénomènes et les récits qu'on en donne se substituent aux expériences de laboratoire comme aux rapports d'expertise dévitalisés de nos sciences, même de celles qu'on dit « humaines » ; dès lors l'anomalistique, puisque c'est d'elle qu'il s'agit et dont traite désormais www.menetic-site.net, devient à l'essai un 16 ème mode d'existence, après les quinze autres déjà dégagés par l'anthropologue, philosophe des sciences, épistémologue et sociologue Bruno Latour.


    L'ulsion est taillée sur mesure pour l'homme de l'Anthroposphère puisque, sous son régime, on voit certains verrous sauter dans le rapport qu'entretiennent habituellement les émotions avec le corps. C'est patent dans l'existence de nombre de mystiques insignes.

    Prenons l'exemple d'une figure féminine représentative comme la grande Thérèse d'Avila ; l'intensité des élans amoureux qu'elle éprouve à l'égard des figures de la divinité qui sont les siennes (Celles du christianisme) n'ont cessé de fasciner maints de nos analystes, écrivains, artistes et penseurs modernes (1) suscitant souvent chez eux admiration, perplexité, ne les laissant en tout cas jamais indifférents. Elle fait sauter le cadre pourtant bien éprouvé de l'hystérie féminine, qu'elle soit normale ou pathologique. L'ulsion est justement taillée pour elle. Ce qu'elle ressent et qu'elle parvient à exprimer du fait de ses talents d'écrivaine se situe dans le continuum de la pulsion mais tourné, cette fois, vers un horizon bien différent de celui auquel tend la sexualité reproductive, la « libido » telle qu'on l'entend classiquement. Il en est d'ailleurs de même pour son ami Jean de la Croix dont on connaît l'immortel écrit « silencieux » : « En una noche oscura com ansias en amores inflamada o dichosa ventura sali sim ser notada estando ya mi casa sosegada... » qui fait de lui l'un des plus grands poètes espagnols. La sublimation freudienne se situe à l'orée de l'ulsion ; elle y ouvre mais seulement si l'on poursuit l'aventure, ce qui est évidemment rarissime.

    Dérégulation progrédiente dans l'ulsion

    Si vous vous penchez attentivement sur l'un des 18 phénomènes distincts et soigneusement répertoriés du mysticisme chrétien, l'un des mieux étudiés à ce jour (En dépit d' études de mieux en mieux documentées ne cessant de paraître sur d'autres formes de mysticisme, antiques ou contemporaines), phénomène qu'on appelle : « Incendium amoris » et que concrètement vous alliez jusqu'à vous renseigner correctement sur des sujets chez qui on a pu effectivement l'observer, vous verrez alors comment l'amour, les affects, le système émotionnel y fonctionnent dans l'ulsion.

    Un historien spécialisé comme J. Bouflet en fournit maintes illustrations explicites : citons pour exemples les cas de Maria Rosa Andriani (1786/1848), de Gemma Galgani, de Palma Maria Matarelli dite Palma d'Oria, de Lucia Mangano, de Maria Marchessi (1890/1952), de Marthe Vandeputte (1891/1967), de Symphorose Chopin, d'Héléna N., de Catherine-Aurélie Caouette, de Jean Baptiste Reus qu'on trouve mentionnés avec force détails historiographiques dans le Chapitre 3 du Tome 1 de son Encyclopédie des phénomènes extraordinaires de la vie mystique déjà cité. Sur tous ces mystiques comme sur d'autres d'ailleurs, grâce à l'internet, chacun peut se documenter à loisir, sans même quitter son bureau, avoir leur photo et des renseignements dont il était impossible de disposer voici 20 ans par suite de l'explosion de l'information de qualité et de sa diffusion numérique et planétaire. Pour peu qu'il s'investisse dans cette recherche il ira de surprises en surprises, parvenant même à découvrir, non sans grande difficulté cependant, des individus vivant le phénomène actuellement : en effet ils sont habituellement cachés, bien cachés, vivant en complet retrait du monde, protégés des médias par leur entourage ou leur habileté personnelle (Ermites).

    Vous en retrouvez encore mention dans l'excellent livre d'Aimé Michel : Metanoia, Phénomènes physiques du mysticisme (2) ; il y consacre tout son chapitre IV au cas bien connu de Marie-Madeleine de Pazzi qu'il a particulièrement étudié au plan de la documentation et des sources ; les pages 112-115 qu'il intitule « Feu dévorant » valent citation : ... « ...étrange métaphore : elle brûle vraiment d'amour : une formidable hyperthermie envahissait son corps, et surtout sa poitrine, dégageant une chaleur qui rayonnait comme celle d'un poêle et que ses voisins ressentaient parfaitement, non sans terreur. … Parfois elle disait : « Je ne peux plus ! Je ne peux supporter tant d'amour, garde-le en toi ! » Et à cause de la grande flamme brûlante de cet amour divin qu'elle ressentait, elle ne pouvait rester en place, elle courait au jardin, déchirait ses vêtements, arrachait les plantes et tout ce qui lui tombait sous la main. Au plus fort de l'hiver elle ne pouvait supporter ses vêtements de laine à cause du brasier d'amour qui dévorait sa poitrine, elle déchirait et rejetait son habit ». Nous pourrions en citer d'autres réagissant de même dans le christianisme, l'orthodoxie ou le bouddhisme tibétain himalayen. Vous n'en trouverez pas dans le protestantisme comme dans l'Islam ou d'autres courants religieux pour une raison simple : leurs croyances limitantes barrent le plus souvent la route à l'Incendium amoris ; ils s'interdisent toute pratique des conditions d'émergence du phénomène.

    L'ulsion c'est çà. Qu'on se trouve loin du carcan qu'impose à nos amours humaines, si intenses fussent-elles, nos diverses limitations endocriniennes, physiologiques, métaboliques ou autres. Elle ouvre l'homme de l'Anthroposphère, homo hago/hadiensis sur un continent, un univers même (Un multivers?) dont l'horizon n'est manifestement pas cernable, à nous en tenir strictement à ces diverses observations ou données anthropologiques relevant de notre propre culture occidentale, tant renaissante que moderne, actuelle.

    Du « vrai », du « réel »

    Proposition d'un 16 ème mode d'existence latourien

    Nous voudrions terminer cette lettre 160 en rebondissant sur une série de conférences faites par Michel Foucault sur la distinction à opérer entre le réel et le vrai. Sans trop nous préoccuper de ce qu'il en dit, l'abandonnant aux spécialistes de sa pensée vigoureuse, nous allons l'appliquer à notre champ disciplinaire : l'anomalistique.

    Dans notre culture occidentale la recherche de la vérité ou du vrai reste du ressort d'une quête bien particulière puisqu'elle aboutit généralement à nier la réalité de ce qu'un être humain raisonnable, équilibré, normal peut expérimenter, éprouver, observer personnellement. Si vous avez par exemple un accident de la route et que vous souhaitiez en témoigner aussi honnêtement, aussi objectivement que possible, ce que vous pourrez en dire n'appartiendra jamais au vrai de nos sciences du fait qu'il ne s'est produit qu'une seule fois et qu'il n'est pas répétable à volonté en laboratoire. Ce fait divers n'est donc pas vrai au sens que donne à cet adjectif et les philosophes et les scientifiques; le récit que vous pourrez en fournir ne relèvera jamais de ce que nous désignons par vrai. Sans pour autant être déclaré faux, le rapport que vous en produirez demeurera suspect, douteux, subjectif en dépit de tous vos efforts témoignant de votre souci d'objectivité, de votre sincérité comme de votre droiture.

    C'est sans doute ce constat qui incita le philosophe des sciences Bruno Latour à créer une quinzaine de catégories de réalités, chacune d'elles ayant sa manière propre, légitime et reconnue d'énoncer le « vrai », la « vérité », nos sciences ayant la leur, le droit ayant la sienne : celle du droit n'est en rien scientifique et pourtant, que vous le vouliez ou non, elle s'appliquera impérialement à vous si vous êtes un jour justiciable ! En dehors de sa théorie catégorielle des « modes d'existence » (3) s'impose donc la distinction que fait Foucault entre le vrai et le réel, les anomalies sur lesquelles nous nous penchons relevant, dans ce cadre, du réel mais non du vrai tel que l'entendent toutes nos sciences.

    Vous comprendrez dès lors que nous nous tournions vers cette théorie de Latour puisqu'elle nous permet, à nos risques et périls toutefois, de proposer comme à l'essai un 16 ème « mode d'existence » : l'anomalistique (= An), l'anomal ou l'anormal dans lequel enfin nous allons réconcilier le vrai et le réel ; sera donc réel ce qu'on observe, éprouve et dont éventuellement on va pouvoir enfin témoigner sans se voir ipso facto suspecté de falsification ; dans cette nouvelle manière d'être le réel peut se révéler vrai ; nous n'aurons plus à choisir entre les deux du fait qu'ils peuvent coïncider. Mais il nous aura fallu préalablement changer de logiciel.

    Dans le précédent, celui-là même de Foucault, Philosophes et scientifiques peuvent eux-aussi atteindre le « réel » mais par des voies qui leur sont propres, au prix sévère d'une perte d'informations pertinentes sur une partie du réel que nous autres qui ne sommes ni philosophe ni savant pourtant atteignons. Toutes nos sciences ont le témoignage en horreur tandis que nous le tenons en estime ; elles font tout pour s'en passer ; nous nous ingénions au contraire à le recueillir soigneusement ; elle n'ont que faire de nos expériences personnelles et singulières dont elles cherchent constamment à se passer, privilégiant systématiquement le « in vitro » tandis que nous investissons le « in vivo » dont se nourrit pourtant le 16 ème mode. Ce sont ces différences qui distinguent les deux logiciels, le second ouvrant au multiple et respectant l'homme comme le premier ne sait faire. En fait, à bien regarder, les deux se complètent comme nos deux mains. Sans l'anomalistique l'homme est un manchot.

    Mots clés : ulsion - mode d'existence - homo hago/hadiensis - incendium amoris - horizon pulsionnel - anomalistique - vrai - réel - Michel Foucault - Bruno Latour - in vivo - in vitro - anomalistique

    Notes et bibliographie

    (1) Au passage citons Verlaine, Dali, l'impertinent Pommier, Kristeva, Sollers, Lacan.

    (2) Aimé Michel, METANOIA, Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, Paris, 1973

    (3) Déjà cité dans des lettres antérieures

Elie Sorlin        


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