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        button7.gif         Lettre 163 : Anthroposphère, pensée sauvage, pensée moderne


    Résumé de la lettre 163

    Elle cherche à baliser les grandes étapes d'établissement de 4 formes de pensées humaines anthropologiquement autant que logiquement repérables par l'évocation de 4 savants ayant travaillé sur elles : Durkheim visant à exorciser les sciences humaines, la sociologie en particulier de l'emprise de la philosophie et de toute problématique concernant le rapport à l'être, au vrai, au réel ; Lévy-Bruhl renonçant à la philosophie pour devenir anthropologue et tombant sur un type de pensée humaine n'entretenant pas le même rapport que nous autres modernes au réel, au monde, au vrai ; Levi-Strauss parvenant à trouver un sens caché, inconscient aux récits mythiques produits à profusion depuis la nuit des temps par la pensée sauvage découverte par son prédécesseur mais qui resta pour lui énigmatique jusqu'à la fin. P. Descola qui, se penchant à son tour sur la pensée sauvage découvre qu'elle est plus complexe et diversifiée que nous ne pensions puisqu'il en identifie 3 formes ou variantes. Enfin Bruno Latour qui va s'employer à réexaminer les fondements logiques de notre propre pensée moderne ou naturaliste, en découvrir les failles et à fournir des solutions pour y parer, les compléter avec sa proposition révolutionnaire de 15 modes d'existence doté chacun de leur modalités propres d'établir la vérité, d'aboutir au vrai, de rejoindre ce que nous appelons le réel. Le rapport à l'Anthroposphère est dès lors simple à saisir : elle se veut le monde humain global où s'exprime somptueusement, librement, presque anarchiquement ces quatre formes d'appréhension de la réalité, la dernière qui n'est autre que la nôtre ayant besoin de pas moins que 15 modes d'existence pour dire le vrai, l'établir du fait d'un problème inhérent à son évolution historique : le leadership d'un de ces modes que résume l'expression « connaissance scientifique ». Performant il n'eût que trop tendance à faire taire tous les autres et à devenir impérialiste par rapport à la pensée sauvage qu'il nous fit prendre, dans un premier temps, pour une pensée naïve, illogique, infantile, arriérée, régressive, impérativement à dépasser si l'on voulait progresser en humanité ! Dès lors doté de ce spectre considérablement enrichi (4 formes de pensées + 15 modes pour la pensée naturaliste) l'homme contemporain peut enfin affronter la totalité du monde qui est le sien, sans s'exposer à en perdre ou délaisser un iota.


    Nous pensions en lettre de rentrée poursuivre notre présentation de l'hypno-magnéto-somnambulisme, mais le mois d'août fût peu propice à la collecte d' une documentation satisfaisante sur ce sujet méritant d'être approfondi. Aussi, à défaut, allons-nous traiter ici des relations qu'entretient l' anthroposphère avec une certaine anthropologie appliquée à la pensée humaine, dans le but de fournir à nos lecteurs un fil conducteur et quatre balises théoriques jalonnant cette histoire savante s'étalant tout au long du dernier siècle.

    L. Lévy-Bruhl (1857 - 1939)

    Si le XXème siècle fût jalonné de découvertes décisives concernant les sciences de la matière, de l'atome, de l'infiniment petit comme de l'infiniment grand (Cosmologie/astrophysique/astronomie/planétologie etc...), les travaux et les réflexions sur l'homme, de leur côté, ne manquèrent pas non plus, notamment dans notre pays. On eût d'abord l’œuvre d'un sociologue d'envergure : Durkheim (1) qui s'employa à fonder la sociologie moderne en cherchant à la dissocier de la philosophie. Puis l'on vit alors un philosophe de métier reconnu : Levy-Bruhl prendre le risque d'abandonner à son tour, dans cette même ligne de conduite et sur le tard, son cœur de métier : la philosophie pour se lancer à corps perdu dans l'aventure anthropologique dont l'objet consistait à étudier les sociétés humaines différentes de la nôtre. Ce n'est en effet qu' à 50 ans qu'il prit ce tournant, engagea pareille reconversion. Mais il la réalisa comme aucun autre de ses pairs qui d'ailleurs ne surent le comprendre, mis à part Bruno Latour.

    Si on lui doit la découverte majeure de ce qu'on appelle désormais la « pensée sauvage », le type de questionnement singulier qu'il lui appliqua fût le suivant : en quoi ou comment cette pensée dite sauvage, première, primitive, mythique, non savante, non moderne rejoignait-elle la réalité, le réel, l'être ? Cette interrogation ne le quitta plus et le tarauda jusqu'à son dernier soupir. La logique propre de ce type de pensée lui échappant, tout philosophe qu'il avait pourtant été, il ne cessa pourtant jusqu' au bout d'en rechercher le sens. A défaut d'y réussir, il s'employa dès lors à la décrire dans sa singularité, grâce à une documentation de qualité qu'il trouvait dans les nombreux travaux des ethnologues ayant arpenté le terrain de nombreux peuples du monde. Il est donc l'un des très rares anthropologues ayant coiffé deux casquettes puisqu'il était aussi philosophe, ce qui rend son œuvre fort intéressante.

    Levi-Strauss (1908 - 2009)

    On l'oublie souvent, son élève le plus célèbre fût sans conteste Levi-Strauss qui ne l'appréciait pourtant guère et crut bien faire en s'opposant à lui de la bien curieuse manière suivante : son maître s'était employé à identifier, circonscrire puis décrire cette pensée sauvage, à défaut de parvenir à la comprendre ; qu'à cela ne tienne, il allait lui-même prendre le contre-pied de cette position en cherchant à prouver à tout prix qu'il n'y avait tout simplement pas de pensée sauvage puisque cette dernière reposait sur le même type de logique que la nôtre.

    Loin de réussir dans son effort visant systématiquement à contrer par principe son maître Levy-Bruhl, il ne fit en réalité qu'étayer ce qu'avait découvert ce dernier : la pensée sauvage subsistait bel et bien, différant sans ambiguïté de la nôtre en dépit des efforts considérables engagés pour la « réduire » à n'en être après tout qu'une version ancienne ! La pensée sauvage résistait opiniâtrement à se voir assimiler à la pensée moderne appelée encore « pensée naturaliste ». Elle gardait envers et contre tout sa spécificité, son originalité foncière.

    Disons pour faire simple que si Lévy-Bruhl découvrit la « pensée sauvage » en cherchant à en dégager les traits distinctifs les plus manifestes, Lévi-Strauss réussit quant à lui à mettre au jour la logique cachée des mythes qu'elle produisait à foison. Ce faisant il ne l'assimilait aucunement à la nôtre qui ne savons plus produire de mythes de cette manière ancestrale, « sauvage », « primitive » ou « première », non moderne. Il révélait ainsi la logique cachée autant qu' inconsciente de ces récits, ce qui ne saurait équivaloir à démontrer que la pensée les ayant conçus fût identique à la nôtre. Au fond, il ne fit que renforcer la haute idée que nous nous formions de notre propre pensée capable d'identifier superbement chez ceux-la même qui ne nous ressemblaient pas des capacités à créer, à se raconter des histoires plus raisonnables qu'elles ne se donnaient de prime abord à entendre. Sans l'avoir voulu il assit donc la pensée sauvage sur un socle plus solide qu'il ne l'était antérieurement. Il valida en quelque sorte et bien malgré lui les travaux de son maître et prédécesseur !

    On peut donc considérer que si Lévy-Bruhl découvrit ce type de pensée par maints aspects irréductibles à la nôtre, l'élève Lévi-Strauss réussit à en extraire une forme de logique, notamment par son analyse structuraliste qui défraya en son temps la chronique, lui assurant du même coup la notoriété ; tout comme Freud qui était parvenu à donner du sens aux rêves, à les rendre utiles dans la cure psychanalytique, Lévi-Strauss venait quant à lui d'en découvrir de fort belle manière dans les mythes nous racontant d'anciennes histoires fortement déconsidérées, disqualifiées par les modernes, démythologisant à tout va (2).

    P. Descola (1949 - )

    L'histoire ne s'achève pas là. L'un des élèves les plus connus de Lévi-Strauss n’est autre que P. Descola déjà cité (3). Se penchant à son tour sur les travaux de ses deux prédécesseurs, son apport va consister à identifier dans la pensée sauvage trois manières de l'exprimer, de la vivre ; en d'autres termes il réussit à cerner précisément les contours de trois sortes de pensées sauvages au lieu d'une seule comme le croyaient jusqu'alors ses illustres devanciers, formes de pensées s'ajoutant à une quatrième et dernière : la nôtre, en rien supérieure aux précédentes en dépit de croyances erronées comme de préjugés colonialistes, dans une perspective cette fois délibérément symétrique, égalitaire tandis qu'auparavant notre propre pensée, moderne, « naturaliste » jugeait, jaugeait les autres de sa position qu'elle estimait supérieure, jupitérienne, scientifique comme les autres ne l'étaient point.

    B. Latour (1947 - )

    Enfin quatrième homme de cette saga anthropologique courant tout au long du XXème siècle: Bruno Latour (4) qui, à son tour, va se pencher plus particulièrement sur la logique profonde de notre propre pensée moderne, ce qu'aucun des trois prédécesseurs à vrai dire ne réalisa, Descola n'ayant fait que la positionner égalitairement par rapport aux autres sans l' explorer véritablement, Lévi-Strauss n'ayant fait que l'exploiter sans l'approfondir. Ainsi sommes-nous désormais en présence de 4 œuvres monumentales typiquement françaises s'emboîtant successivement. On peut dès lors parler d'école française de la pensée humaine abordée par le biais de l'anthropologie, de l’ethnologie comme de la sociologie mâtinée de philosophie, n'en déplaise à Durkheim, Lévi-Strauss et Descola se piquant tous trois surtout de n'en point faire, Levy-Bruhl et Latour assumant par contre cet héritage réflexif qui profondément les honore (Rapport de réalité de toutes ces formes de pensées dont la moderne, tandis qu'avant cette dernière s'excluait de toute analyse proprement anthropologique sur la question de son rapport à l'être). On trouve le sommet de la réflexion de B. Latour dans son maître ouvrage daté de 2005 : Enquête sur les modes d'existence , dans lequel il parvient à démontrer que notre rapport de réalité moderne pour coller d'avantage au réel a besoin de compléter le mode scientifique d'établissement de la vérité sur les êtres et sur les choses en dépit de ses réussites et performances remarquables, en s'enrichissant de 14 autres façons de dire le « vrai », le « réel », celui du droit par exemple n'ayant que peu à voir avec celui de nos sciences, chacune de ces manières ayant leurs propres procédés d'établissement de la vérité.

    Et l'anthroposphère dans tout cela ? (5)

    Un cheveu dans notre soupe direz-vous peut-être un peu hâtivement ! Elle se veut pourtant héritière de ce quatuor prestigieux puisqu'elle prétend rassembler dans un même monde pensée sauvage et pensée naturaliste, la première admettant sans retenue toutes anomalies, tous prodiges, tous miracles, tous états modifiés de conscience ou hors du commun comme faisant aussi partie de la réalité tant objective que subjective. L'homme sauvage et l'homme moderne cohabitent en hag. Les deux vont avoir affaire au mythe, le premier en le produisant, le second en tentant de s'en protéger autant qu'il le peut sans y parvenir toutefois, le miracle se produisant épisodiquement, qu'il le veuille ou non, ce dernier donnant lieu à des récits puis parfois même à des mythes.

    Enfin la boîte noire d'où sourd le miracle n'est autre que had, l'hémisphère droit de l'anthroposphère. Alors la boucle est bouclée ! Les quatre pensées (Trois sauvages plus la nôtre qui ne l'est plus) s'activent de concert pour faire face comme elles peuvent à tout ce qui s'exprime et se manifeste en hag tandis qu' had ne cesse de pourvoir, d'alimenter, d'animer son homologue hémisphériques en phénomènes hors du commun défrayant les chroniques humaines.

    Durkheim, Levy-Bruhl, Lévi-Strauss, Descola, Latour, ce n'est assurément pas en vain qu'ils œuvrèrent. Ils ont tour à tour enrichi la compréhension de notre monde proprement humain en dépit des âpres résistances de la pensée non sauvage (Pensée moderne) à se considérer comme la seule valable et seule apte à régenter toutes les autres, qu'elle était l'avenir de l'homme tandis qu'elle n'en représente après tout qu'une part modeste : la plus défensive, la plus récente ou tardive, la moins éprouvée par le temps/la durée/l'histoire, la plus immédiatement performante aussi dans l'inventaire et l'explication de notre monde « barré » (6).

    Peut-être le mois prochain serons-nous parvenu à rassembler quelques cas illustrant concrètement le somnambulisme pour en donner une idée à nos lecteurs avant de passer à l'exploration de l'immense région V de notre modèle : celle de l'interaction avec les défunts coïncidant avec la célébration de la Toussaint (Fête chrétienne des morts) !

    Mots-clés : mode d'existence - pensée sauvage - pensée naturaliste – mentalité

    Notes et bibliographies

    (1) Consulter à son sujet Wikipedia

    (2) Le mouvement de démythologisation débuta avec les Lumières

    (3) Déjà maintes fois cité

    (4) Idem. On peut entrer dans son œuvre par la biographie ou les livres principaux bénéficiant de nombreux articles et commentaires

    (5) L'anthroposphère concentre la totalité de l'humain, de ses expériences

    (6) monde « barré », faisant l'impasse de l'axe transcendantal du réel

Elie Sorlin        


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