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    button7.gif   Lettre 17

      Ménétique et décollation du Baptiste ou de la violence de l'amour.

      A maintes reprises, depuis l'ouverture du site, nous avons cherché à alerter l'internaute insouciant, paisible sur les dangers que faisait courir à sa famille tout nouvel amour ... Nous transformant en "ethnoménéticien" oeuvrant à l'aide de notre théorie du "capital affectif", nous avons tenté de montrer comment l'amour, quand il naissait, risquait de faire ‘’sauter’’ la famille en désorganisant temporairement et brutalement les liens de rattachement préexistants, soudant les membres apparentés les uns aux autres.           

      En lettre 2 par exemple nous avons vu comment Amélie avouait, au soir de sa vie, en souriant jaune à la manière du pendu, y avoir renoncé pour se consacrer à sa mère et n'y avoir finalement cédé qu'à contrecoeur par un mariage malheureux avec un homme qu'elle n'aimait pas et réciproquement. Ce qui lui avait permis de ne point toucher au "capital".

      La lettre 5 nous exposait le cas d'Eric se protégeant contre les feux de l'amour le soir même de ses noces en commettant un braquage lui valant de se retrouver aussitôt à l'ombre, en cabane, à la prison de la santé.

      En lettre 6 c'était au tour d'Adam et d'Eve de nous révéler psychodramatiquement les risques extrêmes encourus par ceux qui osent quitter le giron parental pour se tourner vers d'autres figures, d'autres valeurs : Adam vers Eve et réciproquement: ils se voient tous deux condamnés avec leur descendance à la maladie, à la mort.   

      En lettre 7 la dangerosité du processus amoureux se confirme puisque le processus matrimonial qui fait aller l'aîné Caïn du giron à l'extérieur où il va trouver sa femme nécessairement étrangère à sa famille d'origine est ponctué d'un meurtre, Caïn tuant son frère Abel : heureux meurtre permettant de sortir de la famille d'origine et donc de s'exogamiser, de s'allier à une femme étrangère aux valeurs adamiques tout comme d'ailleurs l'était sa propre mère, Eve.

      En lettre 9 les choses ne s'arrangent guère dans la liaison d'Oedipe avec sa propre mère : qu'on cherche en dehors de la famille ou bien à l'intérieur ne suppriment point les difficultés inhérentes à l'alliance.

      Et même dans une histoire d'amour que cherchent à nous écrire les évangile entre l'homme et son Dieu on observe d'entrée de jeu la catastrophe du massacre des Saints Innocents de Bethléem (lettre n°l0 bis de décembre 2002) .

      Nous voici parvenus au 26 juin, fête de Saint Jean Baptiste pour les chrétiens, avec ses feux allumés dans nos campagnes et sa chanson si connue... "Les amants de la St Jean !..." Presque tout le monde connaît la dramatique histoire de ce prophète considéré à juste titre comme le précurseur de Jésus ; rappelons-la brièvement. Dans la période fort mouvementée du judaïsme du début de notre ère comparable à une marmite en ébullition se détache la silhouette d'un prédicateur charismatique : Jean le Baptiste. Le judaïsme orthodoxe contemporain fait pâle figure au regard de la diversité, des radicalismes et de la vigueur animant de mouvements contraires la société juive de l'époque confrontée à la colonisation romaine (1).

      Jean s'inscrivant dans la lignée hébraïque des prophètes moralisateurs condamne la liaison d'une des autorités de l'endroit, Hérode, avec une belle sœur Hérodiade prise à son propre frère. Cette femme va dès lors en vouloir à ce religieux incarnant la loi, une forme d'ordre établi et user de son influence auprès d'Hérode pour le faire taire et même le faire disparaître. Hérode attentif aux supporters du prophète qu'il semble estimer par ailleurs se contente de le mettre en prison pour qu'il se fasse oublier auprès de sa nouvelle femme.

      Célébrant alors son anniversaire au palais et voyant danser la jeune Salomé, fille d'Hérodiade, Hérode ravi, séduit, lui promettant tout ce qu'elle veut, cette dernière demande à sa mère ce qu'il convient de répondre aux avances du prince : "La tête de Jean Baptiste !" qu'Hérode, tout triste, commande de lui faire amener sur un plateau. Ce qui s'accomplit sans délai.

      La "décollation" ou décapitation du Baptiste s'inscrit sans ambiguïté pour le psychogénéalogiste ménéticien dans un processus amoureux risquant d'être contrarié. Disons-le franchement : c'est un "effet parenté" ponctuant une alliance ordinaire quand bien même elle s'avère princière. Et en plus, en prime, on assiste à une sorte de "syndrome d'anniversaire" ! Cette décollation régule le système, remet les pendules à l'heure, de l'ordre là où cela commençait à faire un peu désordre !

      En effet, sur le plan du "rattachement" ou du "capital affectif" la jeune Salomé en allant demander à sa mère ce qu'il convenait de répondre au prince prête allégeance à cette dernière qu'elle risquait de mécontenter en se transformant en rivale parvenant à séduire Hérode comme sa mère. Ainsi fait-elle coup double : elle se concilie sa mère, "se la garde" en lui apportant ce qu'elle désire tout en confirmant ses pouvoirs auprès du prince. Tandis qu'auparavant elle risquait de se voir amputée de tout le capital amoureux que sa mère Hérodiade reportait au nouvel amant, Hérode, capital pris sur le stock préexistant. Salomé se compense auprès du prince de la part manquante allouée par sa mère sur son nouvel homme de placement boursier et compense sa mère par l'allocation de la tête servie sur un plat d'argent ! On voit clairement ici comment une nouvelle théorie permet de voir autrement les choses, de les inscrire dans de nouvelles séquences, de leur conférer un sens qu'elles n'avaient point auparavant. La décollation du Baptiste révèle une auto-organisation de la famille en l'absence de loi, ce qui nous fait dire que cette décapitation d'une certaine façon est fondatrice de modernité. Hérode, Hérodiade, Salomé n'en font qu'à leur tête et se payent sur les ruines de la "loi" mosaïque ; ils témoignent tous trois de la libération des mœurs et de la manière interne dont, spontanément, ça continue de marcher au prix d'un individu.

      Dans le même processus d'autres perdent les yeux (Oedipe), la vie (sa mère qui se pend), la liberté (Eric), la santé (la mère d'Amélie), l'amour (Amélie), le paradis terrestre (Adam et Eve), des doigts dans un accident routier (les Yelnick) etc... etc...

      Achevons cette énumération qui n'en finit point des violences inhérentes aux amours humaines comme aux alliances qui les ritualisent, les canalisent, les sanctionnent parfois ou souvent (1) en évoquant pour mémoire l'analyse non point ménétique mais "mimétique" que fait René Girard du cas Jean Baptiste dans son livre "Le Bouc émissaire" (2). Plutôt que de mettre en relation avec la structure familiale et l'auto-organisation la décapi­tation du saint homme il en fait le bouc émissaire exemplaire d'une crise mimétique où mère et fille s'affrontent pour le même homme Hérode.

    Le ménéticien (alias Elie Sorlin)     


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