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        button7.gif         Lettre 175 : Psychographie : Pierre Monnier (Suite)


    Résumé de la lettre 175

    La lettre d'octobre 2018 examine l’œuvre psychographique dite « Lettres de Pierre » du point de vue du processus interactif en jeu, censé mettre en scène deux protagonistes familiaux, une mère et son fils traumatiquement décédé. La lettre de novembre poursuivra cette analyse en suggérant des prolongements laissés à d'autres comme au lecteur, à l'internaute intéressé.


    Dans les Lettres de Pierre la réceptrice des messages est la propre mère du disparu ; penchons-nous à nouveau quelque peu sur sa situation de « réceptrice » ; dans un petit livret rédigé par M. Stuart-Rousselet publié en juillet 49, cette femme se confie: après la disparition traumatique de son fils, elle va commencer par faire l'expérience intime, toute intérieure de nombreuses pensées le concernant, comme si ce dernier s’entraînait à communiquer intuitivement avec elle, la préparant à une suite. C'est une situation qui nous semble loin d'être anormale après un deuil émotionnellement éprouvant. Toutefois dans ce qui peut apparaître banale dans le processus de deuil un regard plus attentif décèle l'émergence successive de deux paliers bien distincts.

    Premier palier

    Ce qui va rompre ce type de fonctionnement initial relativement commun c'est le fait qu'un beau jour elle entendit distinctement et par trois fois la voix de son fils qui l'appelait : « Maman ! ». Bouleversée, elle répond : « C'est toi Pierre ? » à quoi ce dernier rétorque cette fois de manière extérieurement audible : « Mais oui, maman ! Ne crains rien, je suis vivant ! ». Puis la voix se tut sans jamais plus se reproduire physiquement.

    Elle continua cependant d' expérimenter que ce fils unique lui parlait mais en pensées paraissant émaner de l'extérieur et s'inscrire en son cœur. Elle cherche à décrire le phénomène comme tout à fait singulier, comparable certes à des pensées mais se présentant avec une certitude absolue comme n'étant absolument pas les siennes.

    C'était alors le plus souvent des paroles d'encouragement, parfois mêlées de reproches affectueux comme « Tu ne pries pas assez. Il faut prier. Dieu te donnera la réponse ! » à quoi Mme M. réagissait en sollicitant son fils de prier avec elle. Face à cette situation conjugale son mari, père de Pierre, homme ayant les pieds bien sur terre en banquier avisé qu'il était, demeure sceptique, considérant en lui-même qu'on se trouve devant le fruits de simples imaginations féminines qu'il fait toutefois mine de respecter pour ne pas contrarier d'avantage son épouse endeuillée.

    Mme M. souffre de cette attitude et s'en plaint à son fils qui, toujours sur le même mode, lui répond : « Maman, il faut prier, je prierai avec toi ! ». Ce type d'échanges récurrents, assez stéréotypés, sémantiquement pauvres, peu variés, va s'étaler sur trois ans.

    Second palier

    Puis brusquement on assiste à un changement inattendu dans l'interaction fils/mère et réciproquement : le passage à la psychographie proprement dite. Voyons comment il s'opère : la mère de Pierre monte quasi quotidiennement dans la chambre de son fils où elle aime se tenir dans un recueillement silencieux. Elle perçoit alors une sorte de commandement : « Maman, prends un crayon...ne pense à rien, écris !... ». Elle se saisit d'un petit carnet de comptes se trouvant à proximité et sa main sans hésitation ni réflexion se met à écrire des phrases dont elle ignore la teneur, n'en distinguant qu'un ou deux mots mais sans prise sur leur sens général qui ne devient compréhensible qu'après lecture de l'ensemble du message ainsi transcrit.

    S'ensuit une période d'ajustements mutuels pendant laquelle Pierre insiste pour que sa mère s'emploie à laisser son esprit vide de toute préoccupation durant ce qu'on est en droit d'appeller « sa dictée ». Elle va s'évertuer à trouver cet état qui,au fil du temps, va lui devenir de plus en plus familier, naturel. Chaque matin elle monte dans la chambre de son enfant, puis agenouillée devant le lit, elle se met à prier avec ferveur, demandant à Dieu d'inspirer son fils et de lui faciliter la transmission de son message ; elle s'adresse alors à Pierre: a-t-il quelque chose à lui dire ? Parfois rien ne se passe ; mais le plus souvent, comme en témoigne la datation des messages, sitôt assise et sans préparation de la pensée, sa main se met spontanément à écrire.

    Dans d'autres cas, tandis qu'elle est occupée à des activités de maîtresse de maison, c'est Pierre qui la convoque intérieurement, ce qui lui fait dire simplement : « Je dois monter, Pierre m'attend! ». Elle nous révèle encore que lorsque survient le phénomène d'écriture elle se tient éveillée, pleinement consciente au point que si on lui parle après avoir frappé à la porte elle répond ; on ne se trouve donc pas devant une personne en situation de transe, d'extase, de voyance, que tout ceci soit ou non d'ailleurs de nature médiumnique. Pour les observateurs son visage reste calme et serein, ne suggérant aucune prise de distance avec la réalité ; si on l'interrompt par exemple la dictée cesse aussitôt. Simplement elle se met en situation autant qu'elle le peut de faire le vide en elle-même pour accueillir ce qui lui arrive, cherchant à ne point consciemment interférer. Enfin, le message une fois terminé, elle va habituellement éprouver une grande fatigue persistant une heure environ mais généralement associée à un sentiment de plénitude et de profonde satisfaction spirituelle capable de perdurer.

    Dans l'interaction on constate aussi que Pierre, son interlocuteur d'au-delà, s'ajuste à l'état de sa mère : lorsqu'il la sent fatiguée, souffrante, contrariée, moins disponible, il raccourcit le message tout en déclarant souvent que la tâche lui est plus difficile, voire impossible dans ces circonstances. Il lui arrive alors parfois exceptionnellement de l'interrompre en dictant : « Je m'arrête, tu es fatiguée ! »

    De la réceptrice

    Il n'appartenait ni à son éducation ni à ses croyances de savoir une telle chose possible si bien qu'elle commença par penser que tout cela n'était qu'imagination. Le phénomène lui était initialement inconnu avec tout ce qui l'accompagnait. Elle commença donc par n'en parler à personne; mais devant la réitération quasi quotidienne du phénomène elle se sentit tourmentée, se demandant même si elle n'était pas confrontée à un désordre menaçant son équilibre, n'ayant jamais rencontré pareille situation à la disparition de ses parents par exemple. Enfin le protestantisme, religion ancestrale de sa famille, la tenait à bonne distance de toute relation de ce genre avec une personne défunte. Sa vie était et restait celle d'une femme du monde fort éloignée d'un de messagère de l'au-delà. Elle ne soupçonnait même pas que ce type de communication put exister. Mais son fils semblait trouver cet échange si naturel que bientôt elle s'y habitua elle aussi d'autant plus que la psychographie fût précédée de trois années d'étroite communion intime avec l'enfant disparu.

    Très vite elle se rend compte que le contenu totalement inattendu des messages ou « lettres » ne correspond point à ses idées personnelles, souvent ainsi contrariées. Elle se défend de questionner Pierre à ce sujet, craignant que ses résistances personnelles n'influencent négativement les réponses ou les échanges. Elle évite également avec soin la lecture d'ouvrages spirites ou traitant de paranormal afin de ne subir aucune influence culturelle de ce type. Son fils va d'ailleurs à l'occasion vigoureusement le lui déconseiller, ce qui montre qu'on ne se trouve pas dans un registre spirite, kardécien, médiumnique auxquels cas un tel référentiel serait au contraire fortement encouragé !

    Le pasteur expérimenté qui s'était chargé de l'instruction religieuse de Pierre (Un de ses oncles), après en avoir pris connaissance, reconnut rapidement que la teneur des messages, leur style correspondaient bien à la personnalité de son neveu. Mme M. confia à une secrétaire le soin de dactylographier les messages manuscrits. Quant à Mr Monnier, le père de Pierre, un temps sceptique, lorsqu'il prit à son tour connaissance de leur teneur, se rendit compte lui aussi que son épouse n'en pouvait être la source et la rejoignit donc dans leur lecture assidue.

    Processus évolutif

    Le phénomène perdura près de 20 longues années, la dernière lettre de Pierre datant du 9 janvier 1937. Les réflexions qu'il nous inspire sont très succinctement les suivantes : assurément dans un premier temps on ne peut que penser à une forme particulièrement géniale, créative, « inspirée » que la « nature » et « l'évolution » auraient tout simplement mis épisodiquement, exceptionnellement aussi, à notre disposition pour faire le deuil d'un être particulièrement cher. Sans préjuger de la « réalité objective » d'un au-delà utopique, merveilleux, mythique, ce n'est pas entièrement déraisonnable de concevoir les premières séquences d'un phénomène présupposé « hallucinatoire ».

    Toutefois ce qui ne va pas en ce sens c'est sa durée : 19 années, son début et sa fin nettes et brutales ; s'il en était ainsi (Phénomène hallucinatoire) on ne voit pas en effet pourquoi il n'aurait pas duré encore et encore ; pis : l'interaction entre deux altérités y est trop manifeste, trop constante pour être rayée d'un revers de main. Elle ne va d'ailleurs jamais de soi les deux personnes en lice cherchant à s'ajuster mutuellement, à tenir compte l'une de l'autre. Enfin la récipiente, réceptrice ou receveuse qu'est la mère se trouve trop constamment contrariée dans ses croyances limitantes pour qu'on puisse raisonnablement attribuer pareille messagerie à son « inconscient » dont on sait d'ailleurs depuis une centaine d'années à quel point il peut être facétieux, fantasque, inconstant, désorganisateur et j'en passe, l'expérience clinique des psychoses nous ayant permis d'en savoir beaucoup sur ce puissant et même dangereux troublion. En 20 années de lettres on se trouve en présence d'un monument dicté de sagesse humaine comme de spiritualité chrétienne d'une structuration dont l'inconscient humain est bien incapable.

    Para-prophétisme

    Manifestement on sort rapidement d'un processus exclusif de deuil à la lecture attentive des messages ; certes le traumatisme de la perte s'y retrouve évoqué de façon récurrente, mais progressivement 98 % de leur contenu ne relève pas de ce registre. Peu à peu on sent la mère de Pierre comme mandatée pour une mission spirituelle de nature « para-prophétique » ; en même temps que Pierre coache spirituellement sa mère pour tenter de la faire évoluer, sortir de sa banale condition bourgeoise de femme du monde risquant de la piéger, de l'enfermer dans un rôle finalement assez mesquin, il envoie au lecteur potentiel des brassées de conseils, de réflexions toutes plus pertinentes les unes que les autres dans le rapport religieux qu'on doit entretenir avec soi, les autres, le monde et surtout avec Dieu et le Christ auxquels constamment ils nous ramènent, ne ménageant pas d'ailleurs ses critiques envers les institutions religieuses, leur narcissisme, leurs failles, leurs prétentions parfois excessives. Maints grands esprits à la lecture de ce monument de la pensée chrétienne mondiale ne s'y sont pas trompé si les autorités ecclésiastiques en place, qu'elles soient d'obédience protestante ou catholique d'ailleurs, font de manière bien mesquine d'ailleurs mine de l'ignorer depuis sa publication dans les années 40.

    Nous achèverons notre examen sommaire de cette œuvre magistrale dans notre lettre de novembre prochain.

Elie Sorlin        


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