sansnom2_htm_smartbutton2.gifsansnom2_htm_smartbutton3.gifsansnom2_htm_smartbutton5.gifsansnom2_htm_smartbutton6.gifsansnom2_htm_smartbutton7.gifsansnom2_htm_smartbutton8.gifsansnom2_htm_smartbutton9.gif



    button7.gif   Lettre 34 : L’aïeule engloutie


    Les journalistes, les conteurs et les romanciers ont l’art de savoir exposer en mots appropriés des drames comme celui qui frappa la famille S… en cette mémorable journée du 22 août 1921. Nous ne disposons malheureusement d’aucune  coupure de journaux mentionnant le terrible fait divers puisque c’est sur le livre de bord d’un paquebot qui ramenait d’extrême orient une femme d’officier et ses trois jeunes enfants qu’on pourrait le trouver consigner. Anaël, le plus jeune du trio, venait d’avoir 6 ans.

    Un matin, tandis qu’ils dormaient tous encore, leur jeune mère âgée de 35 ans quitta furtivement la cabine pour  monter sur le pont. Le navire traversait le golf du Tonkin ; la mer était agitée. Sans qu’on sache trop comment elle tomba du bastingage. Malgré l’alerte immédiatement donnée par un matelot  passant par là par hasard, après qu’une bouée ait été jetée en vain à la malheureuse, soudain on vit un requin s’en approcher puis l’emporter. Selon la famille qui en conserva la mémoire, une petite tache de sang aurait marqué quelques instants la surface bouillonnante de l’océan. L’aumônier fût alors convié à prononcer une brève prière sur le cimetière marin.

    Ce jour-là, pour les trois jeunes enfants de la disparue, plus rien ne fût comme avant : le monde avait chaviré ! Certes on s’occupa d’eux de telle sorte que le nécessaire ne leur manquât point. Arrivés au port la famille sut les recueillir comme il convient en pareil cas. Au fond ces enfants ressemblent à s’y méprendre à ces millions d’autres qui, de par le monde, perdent prématurément leurs parents, que ce soit par homicide, fait de guerre, enlèvement, accident, maladie, abandon, disparition. Suivons  maintenant si vous le voulez bien leur devenir puisque nous voici magiquement parvenus en 1991, la famille ayant parcouru 70 années appartenant désormais à son passé, à son histoire, ce qui nous rend possible sans divination l’accès à la connaissance du destin achevé de plusieurs de ses membres déjà morts.

    Le benjamin Anaël grandit, se maria, eût à son tour des enfants : deux filles. Quand Irène, la plus jeune comme lui, atteignit l’âge qu’il avait autrefois quand il perdit sa mère, il joua aux jeux de hasard, s’endetta à l’insu de ses proches, partit en bord de mer, du côté de Bordeaux, se déshabilla (on retrouva ses vêtements sur le rivage) puis se noya. Ajoutons pour la petite histoire que sa femme attendait un troisième enfant d’un autre homme, ce qui permet de coupler à l’intensité du temps, à sa signification, un fort bel effet parenté, Anaël ayant été broyé entre le marteau du temps et l’enclume de l’effet, entre la conjoncture et l’histoire, entre la diachronie transgénérationnelle et la synchronie des évènements stressants impliquant un espace propre aux relations affectives, aux distances entre membres apparentés.

    Alexandra, sa fille aînée, grandit, se maria, eût un petit garçon que l’on baptisa Anaël junior en souvenir du grand-père maternel. Quand elle parvint à l’âge qu’avait son père lorsqu’il disparût à la manière de sa mère engloutie, tandis que son enfant atteignait de son côté l’âge de 6 ans, elle divorça en développant simultanément un cancer le jour anniversaire de la mort de l’aïeule au requin.

    Irène, la benjamine du noyé, se maria à un garçon dont le nom de famille était « Mordot » et plus jeune qu’elle de 6 ans. Ils eurent une fille qu’ils prénommèrent Nathalie. Lorsque Irène, atteignit à son tour 35 ans, la petite en ayant six, le sort voulut qu’elle ne mourut point : atteinte d’une tumeur, opérée, elle se tira finalement plutôt bien d’une hystérectomie réussie.

    Une telle série noire étalée sur environ soixante années de la vie d’une famille moderne ménétiquement exemplaire, série comportant un accident de haute mer, un probable suicide par noyade, une affection utérine heureusement traitée par ablation des organes, révèle au ménéticien extasié une organisation secrète d’une grande efficacité : les gens se marient inconsciemment pilotés vers des conjoints potentiels marqués au fer rouge des stigmates de la « tribu » ; ainsi le jeune Mordot a été incontestablement reconnu comme membre à part entière par son nom de famille même ; les évènements dramatiques s’y succèdent très régulièrement en ce sens qu’ils ne sauraient survenir dans le plus complet désordre présidant aux sorties de chiffres de nos machines à loto ; les réapparitions d’âges ou répétitions diverses et coïncidences multiples sont autant de « mots » renvoyant à un sens, au passé du groupe, à sa dramaturgie. Tout cela ne fait pas désordre mais au contraire participe à cette logique auto-organisatrice permettant à la famille de conserver d’une certaine façon son identité d’âges en âges, en dépit des aléas dramatiques donnant l’impression de la déstabiliser tandis qu’elle s’en nourrit.

    Appelons – en esprit de dérision et pour avoir le dernier mot - ce phénomène de reproduction sociale, de transmission, de retrouvailles transgénérationnelles et psychogénéalogiques …effet crocodile tant il évoque d’un certain point de vue enfantin les ondulations de la crête d’un saurien, dévorant parfois ses enfants.


    En lettre 36 nous reviendrons à la famille de S.Freud pour observer que Jacob Kallamon, le propre père de Sigmund, choisit, pour décéder, l’un de nos algorithmes ! Sa durée d’existence obéit strictement à l’un d’entre eux ; bref il meurt, fidèle en cela…au code ménétique. Nous avions déjà vu que son épouse nous avait généreusement honoré en nous proposant une durée de vie  d = a + g. mais son époux, à quelle formule va-t-il se vouer ? Pour le savoir, nous vous attendons chers internautes si fidèles à nous lire, en décembre prochain. Pour notre rendez-vous de novembre nous nous pencherons sur  ce que l’on pourrait appeler un écho d’effet parenté à travers le cas d'Adèle. G...

       Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


      Ce texte vous a interpellé, vous souhaitez de plus amples informations, laissez un message cliquer ici.     


[Découvrir] [Actualités] [Courrier] [Glossaire] [Bibliographie] [Liens] [Contact]

aniwhite02_back.gif   Page d'accueil

 www.menetic-site.net - contact@menetic-site.net

Début de page   aniwhite02_up.gif