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    button7.gif   Lettre 40 : Un triple meurtre ménétiquement bien régulier !


    C’est le 3 juin 1835 que Pierre Rivière, dans une ferme normande, massacrait à coups de serpette sa mère enceinte de six mois, sa charmante sœur Victoire et son plus jeune frère, le petit Jules, sous les yeux horrifiés de sa grand mère paternelle qu’il affectionnait.

    C’était un garçon taciturne, un peu fou, délirant parfois, ayant pourtant prémédité son forfait. Comme, bien plus tard, le crime des sœurs Papin, les médias s’en emparèrent et l’on eût droit à un procès retentissant à l’époque. L’historien Michel Foucault lui consacra un livre fort bien documenté : « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère…Un cas de parricide au XIXe siècle » (1)

    L’écrivain y montre comment la psychiatrie de l’époque, bien qu’incapable de soigner la « monomanie homicide » du pauvre Rivière, parvint, grâce à son «  brillant diagnostic » à s’imposer comme instance « scientifique » à la justice béate. Classé comme malade mental par les experts il échappa à la condamnation à mort qui sanctionnait les parricides traditionnellement assimilés à des régicides. Incarcéré, puis totalement abandonné par la médecine psychiatrique, il finit par se pendre dans sa cellule.

    Cet abandon médical révèle que le souci caché de la médecine de l’époque à vouloir sauver la tête de l’assassin n’était pas uniquement dicté par un altruisme généreux centré sur la personne même du criminel ; mais il était également mû par l’impérieux besoin qu’elle éprouvait de se constituer comme pouvoir institué face au roi, face à la justice, en se dotant en quelque sorte d’une puissance de vie et de mort par le subterfuge de l’expertise. Sous les dehors d’une lutte ardente à vouloir à tout prix sauver une tête se livrait un âpre combat politique toujours d’actualité, sans doute en grande partie ignoré de ceux-là même qui le livrent inconsciemment.

    A la brillante analyse de Michel Foucault ajoutons celle de l’internaute familier de « menetic-site.net » et donc, en principe, ménétiquement équipé pour la mener à bien ! Aux six discours savamment rassemblés par l’écrivain pour étayer sa thèse, discours des témoins du drame, des habitants de la petite localité où il se déroula, discours de Pierre Rivière lui-même qui prit grand soin à raconter son odyssée, discours du curé du village qui connaissait bien le garçon, , triple discours enfin d’un médecin de campagne, puis d’un médecin de ville, enfin des sommités médicales de l’époque, des grands ténors de la profession, il nous faut désormais en ajouter un avant dernier…(pour laisser le champ libre à d’autres  analyses !) : le discours du ménéticien, conduisant l’investigation avec la théorie de « l’effet »en tête. Essayons de nous libérer du souci de nous constituer comme pouvoir ; abandonnons toute prétention à la scientificité ; tentons de ne point entrer en compétition avec la médecine et laissons la justice suivre son cours…majestueux !

    D’abord cet internaute de dernière génération ne prêterait pas grande attention à la chronologie de la longue cavale de l’assassin ou à la topologie de sa promenade en forêt comme le fait Michel Foucault. Mais il s’attacherait à soigneusement établir d’étroites correspondances, coïncidences, ou synchronicités événementielles et/ou temporelles entre alliances, naissances, séparations ou retrouvailles, conflits, maladies et décès. L’effet parenté serait alors susceptible de se révéler au grand jour.

    On se retrouverait en présence d’une sorte de septième discours politiquement incorrect du fait qu’il tend à impliquer la famille ou son organisation secrète comme à suggérer une équivalence entre des formes de réactivités socialement banalisées : crimes, accidents, maladies etc… A posteriori la tâche ne nous est pas facilitée par les enquêteurs de l’époque ayant conduit leurs investigations selon des logiques qui leur étaient propres : judiciaires, administratives, médicales etc…

    La relecture attentive des documents publiés nous permet cependant de relier  d’emblée les sept naissances du foyer Rivières à six « effets parenté » patents comme en témoigne le tableau suivant :

    Une seule naissance, celle de Prosper, semble échapper à l’effet. On ne saurait pour autant diagnostiquer à coup sûr son absence à imputer, dans un premier temps, à un défaut de documentation sur ce qui se passe dans la famille à ce moment-là.

    La réactivité familiale aux six autres nativités relèvent du registre somatique ou psychosomatique (la mère tombe malade, tel ou tel parent meurt), au registre comportemental ou caractériel (la mère entre activement en conflit avec son entourage, intente des procès, frappe son mari, fait des va-et-vient entre la maison de ses parents et celle de son mari, son fils aîné assassine), au registre des désordres mentaux ou psychiâtriques (lorsque le père se déprime, que son fils Pierre hallucine, délire, développe des idées mégalomanes ou persécutives). Notons au passage que chaque effet produit d’autres effets que nous appellerons « effets d’effets ». Il convient enfin d’abandonner l’idée simpliste selon laquelle l’événement de parenté incriminé dans la production d’un « effet parenté » en serait la cause linéaire et unique : il lui est structurellement associable ; il l’informe.

    Prenons le cas de la naissance primipare de Pierre ; la mère tombe malade ; elle éprouve alors le besoin de quitter son mari pour s’en aller prendre refuge auprès de ses parents ; dans ce mouvement qui la fait passer d’Aunay à Courvaudon, de la virilocalité à l’uxorilocalité, elle abandonne le nouveau-né au père.

    Prenons maintenant le cas du triple meurtre ; le ménéticien n’aura jamais l’outrecuidance d’affirmer péremptoirement comme les experts le font malheureusement parfois que c’est la grossesse de la mère qui déclenche le crime, ce qui transformerait l’enfant à naître en bombe humaine ! Plus subtilement il prétend que ce crime particulièrement meurtrier est analogue aux actions terroristes nécessitant une étroite coordination entre un groupe, des protagonistes, une histoire plus ou moins mythologique, un conflit, des bombes qui ne sauteront qu’à la faveur d’une mise à feu terminale. Que vienne à manquer l’une ou l’autre de ces conditions et  la réalisation ou le passage à l’acte s’en trouveront d’autant compromis ; de la même façon qu’un accident est souvent la résultante d’un ensemble de circonstances.

    Peu de temps avant le massacre on observe une réactivation du conflit chronique entre les parents attribuable au fait que la mère ayant perdu ses propres parents dont elle était l’unique héritière ne peut donc plus s’en retourner chez eux pour se protéger contre ses propres excès comme elle le faisait auparavant et qu’elle se révèle en outre dans l’incapacité de correctement gérer le patrimoine légué ; ce qui contraint le mari à tenir le rôle de tuteur qu’elle accepte mal. Les enfants deviennent  alors les otages des parties en opposition. C’est dans ce contexte explosif  que le fils aîné, l’enfant le plus fort, le plus violent, le plus extrémiste, le moins « frontalement » protégé l’emporte en exterminant l’adversaire.

    Car le recours au modèle dit du « capital affectif » permet de se rendre compte qu’au retour de la mère avec ses deux enfants Victoire et Jules sur le territoire du père où vivaient à peu près en paix jusque là, à l’abri, plus ou moins stabilisé, le futur parricide, ce dernier la considère avec sa sœur et son plus jeune frère comme autant d’envahisseurs ou d’intrus ayant amené dans leurs bagages mécontentements chroniques, exigences de toute sorte, endettement systématique et déréglé, gestes et paroles inconsidérées, troubles et désordres, tout cela donnant du souci au père comme au fils aîné, réclamant au père un investissement croissant. L’enfant dont la mère devient porteuse, qui soudain s’annonce, devient la petite goutte  d’eau capable de faire déborder le vase. Cette ultime grossesse va mettre le feu aux poudre et faire sauter la famille dont il ne restera bientôt plus que le père avec deux enfants rescapés dont l’un se pendra.

    Sans chercher à faire l’apologie du massacre perpétré, si l’on entre un tant soit peu dans la peau du criminel à défendre et qui pense avoir commis un acte purificateur et justicier, reconnaissons qu’il a fait ainsi disparaître les fauteurs de troubles, son geste visant à remédier  brutalement aux perturbations qu’il endurait avec son père et sa grand mère paternelle. Assimilons le cybernétiquement à une mesure de régulation  sauvage dont la fonction serait de retrouver l’état familial antérieur à la perturbation, principalement caractérisé par une existence plus tranquille où père, fils aîné, grand mère paternelle vivaient en bonne intelligence, tandis que la mère, avec les enfants ralliés de fait à sa cause, habitaient de leur côté, sur le territoire de la belle-famille, dans la ferme de Courvaudon !

    Il est également clair que le passé généalogique avec les antécédents psychiatriques qu’on y trouve dans la lignée maternelle contribuèrent à leur manière à l’aboutissement criminel en façonnant une mère caractériellement instable et déficitaire, donnant naissance à une progéniture en souffrance ; mais ces composantes « historiques », transgénérationnelles ou de personnalité ne pouvaient servir de détonateur ou suffire à produire la conclusion dramaturgique observée.

    La mort et l’effet

    La chronologie dont nous disposons sur la famille Rivière mentionne quatre décès avant l’hécatombe autorisant la mise en forme du tableau suivant :

    Entre l’événement provocateur et son effet supposé, construit , on observe un délai : c’est le temps nécessaire à la réaction pour qu’elle se produise, temps lié à l’inertie du système. La naissance de Jean suivie de la mort de l’oncle paternel comme, dix années plus tard, la disparition prématurée de cet enfant suivie de la conception d’un enfant de remplacement offrent deux cas de figure du couple événementiel désormais bien connu entre la naissance et la mort en famille ; que la naissance précède le décès ou la suive, l’on est toujours dans une coïncidence mort/naissance.

    En résumé dans cette famille l’effet parenté est partout ; le passage à l’acte final concluant dramatiquement un cycle réclamant plusieurs générations de lente préparation que nous ne pouvons expliciter ici faute de données transgénérationnelles suffisantes entre bien dans une boucle de régulation témoignant à sa manière du fonctionnement de l’automate familial. Pierre Rivière en fût l’acteur principal.

    Peut-être parviendrons-nous dans notre prochain courrier à montrer à quel point le crime célèbre des sœurs Papin se révèle être aussi un acte ménétiquement régulier en ayant été commis au bon moment, dans une phrase temporelle explicite ; alors nous ne le relierons pas à une événementialité de circonstance, conjoncturelle comme dans le cas Rivière mais nous l'inscrirons dans une logique temporelle à l’instar des décès déjà analysés précédemment dans la famille des FREUD.

       Le ménéticien (alias Elie Sorlin)    


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