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    button7.gif   Lettre 59 : Ménétique et temporalité sociale : dans la mouvance de Prigogine !


    Nous n’avons jusqu’à présent jamais pris la peine de contextualiser nos travaux sur le temps généalogique et familial en les situant par exemple par rapport à l’école de Prigogine. Et pourtant notre démarche globale s’inscrit bien dans la mouvance de ce courant de pensée renouvelant les conceptions scientifiques traditionnelles du temps, qu’elles soient mécanicistes, relativistes.

    Avant nous, c’est-à-dire avant la ménétique, le temps familial était purement chronologique ou subjectif ; la généalogie ne comportait pas de temps propre à preuve qu’on s’y trouvait dans une symétrie totale : il vous suffisait de déterminer un moment généalogique quelconque ; entre la généalogie de l’avant de ce moment arbitrairement choisi et la généalogie de l’après de ce moment, c’est-à-dire entre le passé et l’avenir de ce moment choisi vous ne pouviez tisser aucun lien de nature proprement, spécifiquement temporelle.

    Ce qui revient à dire que le temps au sens organisateur n’y jouait aucun rôle. Certes les évènements légalement consignés, les alliances, les naissances, les décès s’y inscrivaient dans une chronologie indifférenciatrice et neutre pouvant tout autant servir au reste de la nature. On eu dût parler d’une temporalité amorphe sans rapport connu avec l’objet même qui s’y déployait : la famille dans son évènementialité et sa destinée fragile, irréversible;

    La temporalité préménétique de la famille et sa généalogie documentaire, enregistreuse sont hyperstables, analogues à des éviternités. Cet ancien temps, préménétique, n’a littéralement aucun sens, aucune syntaxe, aucune sémantique sauf pour les poètes ! Elles sont réversibles et simplement symétriques comme si l’objet ainsi mesuré : la famille dans son déroulement non linéaire n’était point complexe. Tout s’y produit aléatoirement ou de manière insensée : la généalogie préménétique est parfaitement homogène ; rien n’y distingue temporellement un évènement d’un autre sauf la chronologie qui est un leurre.

    La temporalité ménétique, la généalogie postménétique c’est-à-dire revue et visitée par la théorie ménétique devient une généalogie temporellement animée ; en effet y apparaissent aux yeux émerveillés des observateurs armés de ce nouveau macroscope, mais seulement à ces observateurs spécialement outillés juste le temps de leur observation, des inhomogénéités : à maints endroits y règne le plus complet désordre apparent ; mais à d’autres moments se produisent des condensations de répétitions, de correspondances, de coïncidences temporelles toutes plus étonnantes les unes que les autres ayant l’étrange propriété d’arrimer le moment en question au passé généalogique ou familial selon des procédures logiques précisément descriptibles, que ce passé ait ou non été produit aléatoirement !

    Et tout cela à la gloire de la FORME de la famille, à la gloire de son INVARIANT tel que l’entend la cybernétique de dernière génération traitant du côté automate des objets complexes.

    Dans une dizaine d’articles publiés dans des revues à comité de lecture scientifique, dans divers congrès internationaux  de cybernétique comme de biomathématiques, dans divers forums de psychologie nous nous sommes efforcés de montrer, chaque fois de façon fragmentaire pour des raisons d’économie opératoire, que le temps généalogie et familial existait bel et bien, qu’il n’était point un pur produit de l’esprit ou de l’imagination.

    Nous avons pris le risque d’appeler ce temps, cette temporalité d’un nom en apparence farfelu : ménétique, temps ménétique, temporalité ménétique (temps qui nous « mène »…) pour lui conférer une identité tellement il se différenciait du temps symétrique, homogène ou amorphe puisqu’il semblait s’agir d’un temps topologique, contribuant à sa manière originale à co-organiser la famille dans sa forme, à puissamment en informer les input, les output, le devenir, bref l’organisation interne et les relations avec d’autres familles.

    Mais qui comprend ce qu’est la forme de la famille s’il n’est en cela aidé par des mathématiciens comme Thom ou des cybernéticiens spécialistes  de « l’invariant » capables d’appliquer le concept non pas seulement à des objets simples mais à des objets aussi complexes, fluctuants, vulnérables que les petites familles de la modernité ?

    Le cybernéticien Fernand Merlot auteur d’un ouvrage consacré à l’invariant et dont nous fûmes l’ami ne parvenait point lui-même à saisir l’application de son travail à l’organisation de l’invariant familial tandis que cela se proposait à nous comme à nos collaborateurs avec clarté ! Comment demander aux autres l’impossible ?

    Sans vouloir nous comparer à Prigogine, prix Nobel et savant, épistémologue de notoriété internationale, il est intéressant de relever que pendant plusieurs décennies il prêcha dans le désert en osant écrire que le temps n’était ni réversible ni pur produit de la subjectivité mais qu’il participait efficacement à l’organisation des objets ; il ne faisait pas qu’en mesurer certaines caractéristiques évolutives ni ne pouvait se confondre avec sa mesure standardisée, le temps universel par exemple.

    Tandis que Prigogine développe une nouvelle conception générale du temps, nous appliquons modestement (même si parfois dans « menetic-site » nous prenons humoristiquement des postures amusée comme signer « le ménéticien », simple clin d’oeil à l’auto- dérision)  et presque confidentiellement ses idées à un petit objet assez complexe,  instable et qui pourtant parvient à se maintenir en dépit des aléas de l’histoire, des évènements chaotiques qui la bombardent : nous voulons dire la famille, les petites familles de la modernité ! Non seulement elles perdurent mais sont aussi reconnaissables, identifiables, signature qu’elles sont bien dotées d’une forme dont la cybernétique de l’invariant de Merlot (1) propose la théorie générale de valeur heuristique certaine. On ne pourrait les repérer au sein de la constellation sociale si elles n’avait une forme, une individualité, une consistance.

    Quelque part la ménétique appartient, d’une manière discrète, insolite et créative, à l’école de Prigogine, à sa manière de concevoir le temps réversible, asymétrique et puissamment organisateur des objets du monde dont la famille, nos familles.

    Les généalogies qui les reflètent sont un atout remarquable pour commencer à y repérer des indices en faveur de ce temps puissamment organisateur d’abord des alliances de mariage, ensuite des naissances, puis des décès, enfin de tous les évènements de vie et de mort, de séparation scandant la vie des familles : accidents, maladies, life events , innombrables répétitions intra et transgénérationnelles collectées par les thérapeutes psychogénéalogistes.

    Notons à ce propos que si les psychogénéalogistes, en France du moins, se sont structurés à partir des travaux et publications de personnalités charismatiques, leur objectif principal est à la fois de tenter de contrôler ce champ nouveau d’intervention (On est de l’Ecole ou on ne l’est pas) et de lui conserver sa touche pragmatique dans le droit fil des thérapeutes familiaux systémiciens d’outre atlantique (Palo Alto) n’appréciant guère les théories, fussent-elles principalement descriptives comme la théorie ménétique du temps du fait qu’elle échappe à leurs propres centres d’intérêts : certaines transactions dans le système mais jamais le temps contribuant au fonctionnement de ce dernier.

    Nous fûmes l’un des premiers en France à travailler le génogramme avant même la traduction du très bon livre de Goldrick sur le sujet. Mais un travail sur le génogramme si remarquable soit-il n’est la plupart du temps pas un travail sur le temps généalogique ou familial ! Il concerne le plus souvent les événements dans le temps sans concerner ce dernier. Cela est évidemment peu facile à admettre comme à comprendre tant qu’on n’a pas commencé à «  prendre à bras le corps » les coïncidences de type II ou « coïncidences bêta », à se familiariser avec elles aux prix de centaines d’heures de fréquentation avec elles !

    Osons dire, au risque de déplaire à quelques uns, que la psychogénéalogie contemporaine ne dispose point de théorie intégratrice à la hauteur de l’importance des multiples observations qu’elle collecte dans la pénombre des cabinets de thérapeutes fort compétents par ailleurs.

    La théorie ménétique dans son état actuel (toute recherche s’est arrêtée en 1993) offre un cadre d’accueil intéressant pour une multitude de phénomènes intra et transgénérationnels puisqu’elles les transforme en autant de moyens dont l’invariant ou l’automate familial se sert pour assurer sa maintenance, s’auto-organiser, tenter de se perpétrer. La théorie ménétique échappe à la psychogénéalogie en ce qu’elle n’est point une thérapie ; mais une partie du matériel collecté dans cette thérapie concerne au plus haut point la théorie ménétique.

    Les résistances de la psychogénéalogie contemporaine à aborder frontalement la question du temps généalogique organisateur, au sens de Prigogine comme des cybernéticiens de dernière génération peut aussi se comprendre : lorsque nous-mêmes commençâmes en 1983 à sortir du ghetto génogrammatique, nous passâmes plusieurs mois dans une errance personnelle fort difficile à supporter.

    Nous nous éprouvions alors comme perdus ; le malade s’évanouissait au bénéfice d’un temps étrange dont nous ne savions que faire dans le face à face ou le travail de groupe ; nous avions l’impression d’avoir abandonné tous nos repères de clinicien, de thérapeute pour entrer dans un univers nouveau, abstrait, formalisable, dévitalisé, d’apparence inhumaine : effectivement, nous ne le sûmes que bien après, nous commençions à pénétrer ainsi au cœur de l’automate. Ce temps qui se proposait à nous échappait totalement à la généalogie traditionnelle, documentaire ; la psychogénéalogie naissante avait d’autres chats à fouetter que l’étude de ce type de temps invraisemblable : elle avait avant tout à annexer dans le champ des sciences humaines le phénomène transgénérationnel et tout ce qui s’y trouvait empiriquement associable, tâche historiquement ardue que réussirent assez brillamment certaines figures emblématique du mouvement naissant.

    Enfin, sans doute convient-il d’ajouter que la psychogénéalogie naissante s’abandonnait à son ivresse du moment de mettre les pieds sur une sorte de nouveau continent, de terra incognita que peu d’analystes au préalable avaient oser aborder. A bien y regarder, nous autres faisions-nous autrement, isolés dans notre tour d’ivoire temporelle ?

    C’est tout cela qui fait que la psychogénéalogie délaisse encore la question du temps intégrateur d’une partie des phénomènes sur lesquels elle travaille ; et quand bien même s’y intéresserait-elle qu’elle ne saurait trop qu’en faire dans sa clinique de la vie quotidienne des familles dont elle cherche à panser douleurs et  plaies !

    Concluons cette lettre 59 en affirmant que la famille est fille du temps, que les alliances de mariage, les naissances et les décès sont enfants du temps, que les évènements de destinée tissant la vie des individus apparentés sont fils du temps qui contribue à les organiser.

    Comment cela est-il seulement pensable ? Comment cela est-il possible ? N’est-il point insensé de prétendre de telles choses. Si c’était vrai ça se saurait ! Le temps n’est-il point réversible ? Tout le monde sait qu’il n’y a pas dans les sciences dites sérieuses de flèche du temps ! Le temps ne saurait exister en lui-même ! Qu’il soit un produit de la société personne n’en doute et qu’il contribue par la suite à l’organiser comme nos fêtes en témoignent, inutile d’en faire un plat et surtout une théorie d’allure prétentieuse comme la «  théorie ménétique »…

    Ces réflexions à fonction mélancolique démobilisatrice ne permettent point de progresser dans la connaissance des manières dont la famille s’auto-organise, s’auto-construit, s’entretient, se répare justement à l’aide du temps. Ce que nous appelons évènement « ménétiquement régulier » n’est autre qu’un évènement qui renvoie au passé familial comme tel mot renvoie à un sens donné, selon une procédure syntaxique dont nous avons cherché à donner diverses représentations formelles, algorithmiques. Le concept de régularité en ménétique n’est lié à aucun déterminisme mais à une mémoire du passé : lorsqu’un individu se marie « ménétiquement piloté » par l’écart d’âge entre futurs époux il ne se confond point avec un robot humanoïde ! Il reste parfaitement libre ; et pourtant sur cent femmes possibles il s’orientera préférentiellement vers telle ou telle en fonction – entre autre – de l’écart d’âge entre eux deux, reflétant ce qui s’est passé quand elle naissait et dont tiendrait compte le plus âgé. Son alliance est informée par la généalogie comme par le passé du système ; en cela il agit comme un primitif dont la famille prescrit telle alliance et non telle autre. Le temps organise son alliance en informant son choix du conjoint, cet « input » et prépare le lit ultérieur d’une procréation arrimée sur les DEUX généalogies désormais en jeu par l’alliance ! Lorsqu’un homme meurt « régulièrement » cela signifie tout simplement que, scrutant attentivement sa généalogie, on observe, on constate qu’il tient compte de plusieurs façons possibles du passé généalogique et temporel dont la généalogie propose une cartographie abstraite.

    Nos règles, notre syntaxe, notre sémantique ménétique, notre  code dit « ménétique » propose une description dans un langage arbitraire, le nôtre, des façons dont la famille anticipe l’avenir et phagocyte l’aléatoire lorsqu’il se produit ou se profile à l’horizon du futur ! Qui deviendra un jour le passé d’un présent susceptible de s’y référer comme le mot au sens ! Et ainsi de suite.

    S’il n’y avait ce type d’organisation descriptible d’une grande variétés de manières, la ménétique n’en n’étant qu’une parmi une infinité d’autres possibles, comment la forme familiale ou plutôt l’invariant de cette forme perdurerait-il ? Le nouveau doit irrégulièrement et non régulièrement s’articuler au passé, s’y arrimer. S’il n’y avait qu’une succession d’évènements aléatoires la famille se dissiperait. L’abord statistique de tout cela est délicat à manier du fait que l’ordre épisodique s’accommode du désordre sans pour autant qu’on puisse considérer la théorie ménétique comme « irréfutable » ou infalsifiable : elle l’est de plusieurs manières : il suffit pour cela, comme nous l’avons fait par exemple de se pencher statistiquement sur les moment d’ordre pour voir comment ils s’écartent significativement de  l’aléatoire, produisant alors des îlots d’ordre au sein du désordre familial ambiant !

    Tandis qu’elle se nourrit de l’aléatoire pour fabriquer quelque chose qui n’est pas de l’ordre déterministe mais du désordre inspiré, informé par le passé, ainsi la famille perdure-t-elle le plus souvent (mais pas toujours) offrant un bel exemple de petit système complexe co-issu du temps, d’un temps bien particulier qui lui est propre. A suivre !

                                                        Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


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