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    button7.gif   Lettre 66 : Du masque, du visage et de ce qui se cache derrière…


    En lettre 16 nous tentions de faire une sorte d’arrêt sur une certaine image de nous-même, après avoir découvert comment, à notre corps défendant ou bien à notre insu, nous collaborions efficacement à la maintenance de l’auto-organisation familiale et de son « automate ».

    Prenant appui sur la manière terrifiante dont Martin Gray avait traversé, impuissant, l’épreuve de l’holocauste de sa femme Dina et de leurs quatre enfants : Nicole, 10 ans, Suzanne, 7ans, Charles 6 ans, Richard, 3 ans avec les 3 chiens de la maison du bonheur : Darling, Lady, Yellow dans l’embrasement de la forêt du Tanneron où ils l’avaient construite,  holocauste faisant écho à celui du ghetto de Varsovie dans lequel périrent 120 membres de sa famille :  «  le ghetto était là, l’enfer venait vers nous, le cauchemar recommençait… » nous nous posions la question de cette organisation interne du moi du sujet dont une partie semblait s’acharner à vouloir reproduire  les drames familiaux antérieurement subis.

    Tout comme Œdipe qui va tout faire pour ne point tuer son père et pour échapper à son destin, Martin Gray rescapé du ghetto de Varsovie parvient à faire fortune aux USA puis vient  avec sa famille  dans l’un des massifs les plus dangereux du vieux continent où le mistral quand il souffle, au cœur de l’été, transforme les massifs en brasiers potentiels qu’un rien peut allumer,  faire exploser. Il s’y installe comme en un paradis  pour échapper définitivement au souvenir de ses épreuves antérieures !

    Devant de telles dramaturgies nous nous disions que le « moi humain » devait sans doute comporter plusieurs parties faiblement connectées, chacune paraissant opérer pour son propre compte !

    Nous nous proposions d’appeler « masque » la partie la plus apparente, la plus visible, celle qui se donne à voir en premier lorsqu’on se contemple dans un miroir. Mais, vous en conviendrez aisément, derrière tout masque se tient en embuscade un visage représentant la partie cachée du sujet chargée d’œuvrer en sous main pour le compte de  son organisation familiale qui ne pourrait  rien sans lui.

    C’est le visage qui se charge de reproduire, de répéter, de recommencer de générations en générations, inlassablement, dans une sorte d’élan conservatoire souvent mortifère. Il se cache sans même le savoir derrière un masque cérémoniel plus ou moins somptueux auquel nous n’avons que trop tendance à nous identifier comme si c’était nous-même.

    Mais où trouver le cœur du Sujet ?

    Dans ces conditions à quoi se raccrocher de solide ? Masque et visage étant ce qu’ils sont on ne peut se fier à aucun d’eux, le second nous asservissant à la structure de parenté, à l’organisation familiale et le premier cachant aux yeux du public les agissements inavouables du second ! On ne saurait fonder sur eux la profonde réalité du sujet, leur socle n’étant vraiment pas solide.

    Assimilant le masque à une sorte de premier « moi » socialement avouable et son visage à une sorte de second « moi » inavouable, fonctionnant pour le compte de la structure de parenté à entretenir à tout prix ou pour celui de l’organisation familiale à assurer coûte que coûte, il nous faut trouver un troisième « moi », un moi ultime constituant une manière de socle pour les deux autres qui sans lui s’effondreraient. Ca pourrait être le « cœur » du Sujet, l’essence de la personnalité, le haut lieu de sa résistance à toute annexion tant par l’organisation  secrète de la famille que par la société qu’on pourrait dire « iconique » tant elle se nourrit des images dans une sorte d’immense bal masqué. Ce dernier Moi, ce véritable Moi doit être  profondément enfoui, caché, difficile à débusquer d’autant plus que les individus, les personnes, s’identifiant en général au premier moi couplé au second qu’il est chargé de masquer et dont ils ignorent habituellement l’existence puisqu’ils ne le voient pas quand ils se regardent dans le miroir ou qu’on les regarde. Il s’agirait d’un Moi résistant, Moi de résistance, Moi ultime, Moi peu facilement atteignable, impossible à annexer, à instrumentaliser tant par la société que par la famille. Ce troisième et dernier « Moi » ne se tromperait jamais, sachant ce qui est vrai sur pratiquement tout ce qui se présente ; il serait fondamentalement juste et bon, en quelque sorte parfait dans son genre, en prise directe avec l’existence ; bien sûr il n’aurait pas d’autre « péché originel » que celui d’être historiquement et transitoirement couplé aux deux autres dont on sait désormais ce qu’ils valent, ce qu’ils sont, ce qu’ils font ou dont ils sont capables dans la comédie humaine : du meilleur comme du pire !

    L’un des meilleurs livres sur la question : « Le pouvoir du moment présent » (1) est paru à la fin de l’année 2000. On le doit au germano canadien Eckhart Tolle dont l’histoire mérite d’être comptée.

    Déprimé suicidaire depuis son plus jeune âge avec un profond désir d’annihilation, la pensée de ne plus pouvoir vivre avec lui-même le frappe un beau jour tellement qu’il se dit soudain :  « suis-je un ou deux ? Si je ne réussis pas à vivre avec moi-même, c’est qu’il doit y avoir deux moi : le « je » et le « moi » avec qui le « je » ne peux vivre. Peut-être qu’un seul des deux est réel. » (2).

    Il a alors 29 ans ; cette étrange prise de conscience le frappe tellement que son esprit cesse de fonctionner normalement ; il se trouve totalement conscient mais n’ayant plus aucune pensée dans la tête. Puis il se sent tout-à-coup aspiré par un tourbillon d’énergie, d’abord lent puis qui s’accélère ; une peur viscérale le saisit associée à l’impression qu’il ne lui faut pas résister à cette force qui l’emporte vers le vide, un vide qu’il ressent également comme totalement interne à lui-même. La peur disparaît laissant alors place à un sentiment de chute dans ce vide puis plus aucun souvenirs immédiats.

    Quand il réouvre les yeux après des heures, le monde lui réapparaît enchanté, neuf et d’une beauté incomparable dans ses moindres aspects, crayon, bouteille vide, pâle lueur de l’aube, pépiement d’un oiseau devant la fenêtre :… «  Ce jour-là je déambulai dans la ville, totalement fasciné par le miracle de la vie sur terre, comme si j’étais en train de venir au monde. »

    Suivent  alors des mois de béatitude et de paix profonde et deux années où il ère tel un sans domicile fixe, comprenant peu à peu qu’il lui est advenu ce que les milliards d’êtres humains qui peuplent notre planète recherchent désespérément par tous les moyens possibles et imaginables : « Je compris que l’intense oppression occasionnée par la souffrance cette nuit-là devait avoir forcé ma conscience à se désengager de son identification au moi malheureux et plein de peur profonde, qui, en fin de compte n’était qu’une fiction. Ce désengagement devait avoir été si total que ce faux moi souffrant s’effondra immédiatement, comme un ballon qui se dégonfle quand on enlève le bouchon. Tout ce qui restait, c’était ma véritable nature, l’éternel « Je suis », la conscience dans son état vierge avant l’identification à la forme. Plus tard j’appris également à retourner en moi, dans ce royaume intemporel et immortel que j’avais au départ perçu comme un vide, tout en restant pleinement conscient. Je connus des états de béatitude et de grâce tels qu’il est difficile de les décrire et qu’ils éclipsent même la première expérience que je viens de décrire. Il fût un temps, pendant une certaine période, où il ne me resta plus rien sur le plan concret. Pas de relations, pas d’emploi, aucune identité sociale. Je passai presque deux ans assis sur les bancs de parcs dans un état de joie indescriptible. »(3)

    Suit une période de paix profonde ; des gens rencontrés par hasard veulent faire la même expérience que lui. Il devient alors, sans l’avoir choisi ni voulu, non point un gourou mais, sans avoir eu lui-même aucun maître, un maître de sagesse itinérant dont l’ouvrage cité devient rapidement, hors toute religion et sans publicité particulière, un best seller de la littérature spirituelle mondiale de l’orée du XXIème siècle..

    Nous interprétons sa volonté préalable d’annihilation et sa dépression  mélancolique à la conscience aiguë qu’il avait de la vanité de son masque et de son visage constitutif de son premier moi et son expérience transformatrice et cathartique nous la considérons comme l’effet de sa rencontre soudaine avec le vrai moi, le moi essentiel, fondamental ou transcendant socle de tous les autres qui luttent âprement pour s’en tenir à distance, faire mine de l’ignorer jusqu’au jour de gloire où ils vont capituler,  lui laisser la main, le mot de la fin 

    La grande romancière américaine Rosamond Lehmann fit au cours de l’été 1958 un fragment de l’expérience d’E. Tollé quelques jours après la mort de sa très jeune fille Sally, drame familial qui l’avait littéralement anéantie. Rosamond appartenait à une famille de vieille tradition rationaliste ; elle-même était une positiviste convaincue ne s’étant jamais préoccupée outre mesure de ce qu’on appelle le religieux, le sacré ou le spirituel ; c’était complètement étranger à sa culture personnelle.

    Elle fit une expérience analogue à celle de Tollé au sortir de laquelle « Tout, sous mes yeux, brillait et vibrait. Le vert de l’herbe et des arbres rutilait. Il me semblait percer l’apparence de toutes choses et percevoir, jusqu’en leur cœur même, des rayons vibrants, irradiants. Je vis profondément les roses sur le mur, toutes, les rouges et les blanches, et la beauté de chacune d’elles était insondable, un monde d’amour. Tandis que je les contemplais, elles s’approchèrent de moi, comme pour un échange d’amour. » (4)

    L’un de ses amis chez qui elle était pour se consoler lui offrit une tasse de thé et l’invita à une petite promenade en voiture. Voici ce qu’elle en rapporte : « Quelle promenade ! Je vis la lumière comme une incandescence universelle, d’un blond doré. Les collines, les bois, les pâturages, tout était plus que vivant. Je sentais à travers tout cela le principe animé du monde naturel, et je jouais mon rôle dans l’acte créateur. J’étais abasourdie, frappée de vénération. Et, cependant, un sentiment de « déjà vu » dominait. Intérieurement, je me répétais : »Oh ! oui, oui, bien sûr, c’est la vérité, je l’avais oubliée… »

    La différence avec E. Tollé c’est que cette expérience d’un monde transfiguré par le regard au travers des yeux du vrai moi, de notre troisième moi ou second moi pour Tollé ne dura pour elle que … 24 heures ; elle fit alors définitivement l’expérience du mot joie. Puis elle revint pour ainsi dire sur terre où la lumière ordinaire lui devint presqu’insupportable par contraste avec ce qu’elle venait d’expérimenter. Elle n’écrivit plus aucun roman jusqu’à sa mort récente passant son temps dans le souvenir irradiant, incandescent de ce jour de gloire.

    Toute la pédagogie d’E. Tollé c’est de nous apprendre à faire quelques premiers pas du côté du moi véritable, fondamental ou essentiel constituant le socle inaliénable de tous les autres par une série d’exercices plutôt simples mais exigeants dans leur application sur une longue durée (5)

    L’un des principaux consiste à bien faire l’expérience de l’immense variété des images qui nous traversent à tout moment l’esprit, ou des divers états émotionnels que nous ressentons ; comme c’est notre situation habituelle, ça n’est pas bien difficile puisqu’il s’agit d’un état normal. 

    Mais ce qui l’est un peu moins c’est de parvenir à commencer d’expérimenter qu’il y a quelque part quelqu’un en nous qui se rend compte de ce flux quasi ininterrompu d’émotions, de pensées, d’images qu’il appelle « le veilleur ». Tant qu’on ne s’en n’est pas encore rendu compte on confond son identité, son existence avec ce flux changeant, ininterrompus d’affects, de pensées ou d’imageries fonctionnant comme un écran de télé sur lequel on zappe. Mais derrière le zapping il y a un invisible témoin, à qui rien n’échappe.

    Eckhart Tollé nous entraîne à nous réinstaller ou nous réinscrire dans l’instant présent comme à prendre nos distances avec ce qu’on croyait préalablement être le principal de nous-même pour furtivement, puis de plus en plus aisément faire l’expérience de ce moi fondamental, secret, solide, presqu’ intemporel du fait qu’il ne s’intéresse point à ce qui n’est plus, le passé ou à ce qui n’est point encore, l’avenir, mais à ce qui  tout simplement est.

    Nous en avons assez dit sur ce troisième moi, moi ultime pour susciter chez l’internaute familier de « menetic-site.net » le désir d’en savoir plus à son sujet, d’en faire de brèves et fréquentes expériences et s’arracher ainsi, peu à peu, à l’emprise totalitaire de l’organisation socio- familiale omnipotente, à l’emprise de l’automate familial.    

                                                                     Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


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