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    button7.gif   Lettre 67 : Des regards respectifs du masque, du visage, du veilleur


    Les masques innombrables de l’homme n’ont pas d’yeux propres. Leurs yeux sont empruntés. Toutes les images du monde viennent s’y refléter ou s’y perdre ; elles cherchent en vain à en combler le vide abyssal comme pour en boucher les trous noirs dans un vacarme précipité d’encombrement d’entonnoir. Vides, leurs regards.

    Les visages qui se cachent par derrière ont leurs yeux propres de spécialistes ! Ils ne savent voir que la famille et sa généalogie !

    De manière experte ils en repèrent la forme, en évaluent les contours, la frontière, en mesurent les limites, y distinguent et enregistrent les mille et un signes d’appartenance, stigmates, incisions, excisions, scarifications, tatouages plus ou moins visibles. En deçà on en est ; au-delà : c’est l’étranger, le martien.

    Ce dernier différencié sous deux modes : compatible/ incompatible.

    S’il est reconnu comme formellement compatible la famille pourra éventuellement l’agréger, s’en faire un allié, le marier : c’est le travail principal des yeux du visage : repérer les futurs conjoints dans la masse en apparence faiblement différenciée des prétendants qui se présentent, se proposent, font sa porte.

    C’est un travail considérable pour les yeux du visage qui balayent sans relâche dans un incessant va et vient l’environnement social, extra-familial. Les anthropologues comme les ethnologues savent depuis plus d’un siècle identifier ce petit jeu de dame, d’homme aussi, dans les dernières tribus du globe, hélas en voie d’extinction (1). Mais ils ignorent qu’il en est de même dans nos sociétés libérales ou postmodernes avancées, sans quoi nous serions en présence de deux sortes d’humanité comme à l’époque où coexistaient néanderthal et sapiens sapiens ! «www. menetic-site.net » s’ouvrit en 2003 pour le rappeler ; site têtu qui ne se fait cependant pas d’ illusion sur ce sujet… tabou : il est de la plus haute importance que nos sociétés maintiennent dans l’ombre cette étonnante autant qu’intense activité du visage caché derrière ses masques !

    L’internaute de passage peut se demander pourquoi tant insister sur cette activité clandestine comme sur l’accent mis sur les alliances de mariage ou ce qui en tient lieu quand le rituel défaille.

    Tenir à l’ombre le processus c’est permettre à nos sociétés de continuer à se considérer comme fondamentalement différentes de celles qu’on dit sauvages, primitives, premières, ancestrales « à système de parenté », fondées sur des politiques matrimoniales plus ou moins complexes que nous ignorerions royalement chez nous ! C’est permettre à nos sociétés de se considérer comme libérales et modernes, situées à la pointe de l’histoire, affranchies des tutelles ancestrales ou traditionnelles de la famille ! Mais c’est aussi faire en sorte que cette dernière développe d’occultes procédés pour arriver quand même à ses fins : la réglementation des entrées et des sorties familiales : entrée par alliances, mariages, liaisons diverses et puis, ensuite, par naissances, arrivées d’enfants, adoptions !

    En effet, si l’on veut que la famille organise généalogiquement les naissances il convient qu’elle s’y prenne à l’avance : en contrôlant à sa façon le choix des conjoints de telle sorte que les enfants qui en soient issus puissent généalogiquement s’articuler sur les deux généalogies, celle du père comme  celle de la mère dont ils constituent la pointe temporelle, s’y inscrire non point seulement au plan onomastique, des prénoms et des noms, datal, topographique mais aussi, mais surtout au plan du temps généalogique si particulier que nous l’appelons « ménétique » pour le distinguer de tous les autres dont il n’est point copie.. Ce sera l’œuvre des futures lettres d’en poursuivre une forme de démonstration. Manquer à cette tâche d’ auto-organisation du champ des alliances de mariage dans nos sociétés modernes les confronteraient non point au désordre dont elles se nourrissent mais à leur perte.

    En effet l’allié potentiel n’ayant plus aucun signe distinctif permettant de le reconnaître entre mille signerait l’arrêt de mort de la « forme » de la famille privée d’endroit comme d’envers, d’intérieur, d’extérieur, de frontières, de limites. Le membre apparenté y perdrait son caractère d’appartenance ; l’étranger y serait chez lui ; bref la société évoluerait vers l’état du nuage de gaz, le tabou de l’inceste s’y liquéfiant dans une indifférenciation généralisée. Ce sont quelques unes des raisons qui nous font tenir comme à la prunelle de nos yeux à cette idée d’incessant travail du regard des yeux du visage, travail tenu soigneusement  en ombre pour que persiste toujours, à tout prix, la haute et très sainte différence entre sociétés modernes et sociétés sauvages colonisables, hiérarchiquement moins humaines, aux comportements exogamiques si étranges, incompréhensibles en dépit de savantes descriptions ethnologiques (2).

    Voilà pour le sombre regard du second moi de notre trilogie « ménétique ».

    Du regard éclairé du veilleur

    En lettre 66 nous vous entretenions du troisième personnage de notre trilogie humaine, du « veilleur ». Les deux autres nous étaient utiles pour vivre au quotidien sur une planète comme la nôtre ; mais vains quand ils s’agissait de la quitter ou pour fonder les deux autres en existence : le masque nous semblait vide et son visage annexé, asservi au fonctionnement de la famille. Le cœur du sujet nous manquait. On ne se retrouvait véritablement ni dans le premier moi ni dans le second.

    Le regard de celui que nous appelions « le veilleur » est un regard éclairé, compassionnel, transformant, thaumaturgique et libéré, essentiellement amoureux. Il perce l’au-delà des apparences qu’il transfigure pour accéder aux réalités essentielles. Il ne porte pas sur l’image du réel ni même sur son envers mais sur ses fondements invisibles. En lettre 66 deux témoins nous ont laissé pressentir quelque chose de l’ordre de ce qui se passe quand on commence à y accéder. C’est le regard fondamental de tout homme en ce monde même du plus mauvais en apparence. C’est le regard du troisième moi en chacun d’entre nous que les deux autres s’ingénient à tenir éloigné jusqu’au jour de leur capitulation finale, jour de gloire, d’illumination.

    Un très grand nombre d’individus qui font ce qu’on appelle des « NDE », c’est-à-dire des expériences proches de la mort témoignent aussi de cet étrange regard du veilleur qu’ils abritent, qu’ils hébergeait à leur insu. Nous avons à ce propos deux souvenirs : celui d’une personne qu’on nous avait chargé de suivre tant elle était éprouvée par divers deuils endurés simultanément.

    Dans le décours de sa prise en charge elle nous confia qu’un jour, tandis qu’elle était en voyage, elle eut un accident cardiaque qui la contraint à se faire hospitaliser en urgence et même opérer. Sous anesthésie totale elle se vit soudain détachée de son corps étendu sur la table puis projetée dans une lumière orangée tout en continuant d’entendre le cliquetis secs  des instruments chirurgicaux et de voir clairement les médecins du bloc qui s’affairaient autour de son pauvre corps. Elle se sentait également absorbée dans un sentiment océanique amoureux.

    Puis brutalement elle réintégra son corps de misère, étendu sur le lit de la chambre au bout duquel elle aperçut un médecin qui surveillait son réveil. Furieuse d’être arrachée à son état bienheureux elle se mit à crier : « Je veux mourir, je veux mourir ! » Bien sûr ce dernier ne comprit pas ce qui se passait. Il était content qu’elle revienne à elle ! Alors elle se tut ne parlant plus jamais de ce qu’elle avait expérimenté, imputant son heureux état aux drogues administrées jusqu’au jour où elle tomba sur une émission tardive donnant la parole à des gens ayant fait la même expérience qu’elle mais à partir de faits divers comme des accidents de la route. Elle avait tout simplement fait une brève expérience de l’état extatique dans lequel se trouve le dernier moi de l’être humain ; elle s’était enfin rencontrée à la faveur d’un moment de déconnexion du veilleur d’avec le masque et le visage !

    L’autre cas est celui d’un jeune technicien de maintenance qui, réparant avec un collègue, le système de chauffage d’une cuve se trouva électrocuté avec une décharge de plus de 20.000 volts pendant un peu plus de 20 secondes. Tandis que sans le voir, dos tourné, son camarade lançait le test la victime se retrouva plaquée contre la cuve sans pouvoir ni bouger ni lancer un cri ; il vit qu’il allait mourir, éprouvant une intense souffrance ; puis d’un seul coup le troisième moi se déconnecte des deux autres ; il se sent comme emporté dans les airs, ne souffrant plus, en paix et décide sur le champ d’aller voir, tel un oiseau, ses deux jeunes enfants dans leur école respective ; il survole alors les cours de récréation, voit qu’ils vont bien et se trouve soudain aspiré dans une lumière associée à un sentiment amoureux océanique.

    Ce témoin d’une quarantaine d’année en faisant sa conférence où il témoignait enfin de son expérience se mit à pleurer à chaudes larmes à la seule évocation de cet état bienheureux. Il nous révéla qu’il lui fût impossible d’en parler avant 7 ou 8 années et que pendant celle qui suivit son « retour sur terre » la vie que nous menons ne lui disait plus rien qui vaille en comparaison de ce qu’il venait d’éprouver, tandis que son masque et son visage venaient tous deux de tomber.

    A un certain moment il réintégra brutalement son corps, fût projeté du bord de la cuve au sol : son collègue venait miraculeusement de suspendre le test, d’interrompre l’électrocution assurée. Il n’eût aucune séquelle neurologiques ou physiologiques ; mais sa soudaine rencontre avec celui qu’il était vraiment, au fond de lui-même l’avait marqué pour le restant de ses jours.

    Le veilleur c’est cette partie de nous-même qui se trouve en cet état bienheureux, libre comme l’oiseau, l’air, la lumière. Une forme de profond silence et de plénitude semble sa demeure. On ne peut ordinairement l’atteindre mais seulement le pressentir, l’approcher de loin. Dans le meilleur des cas certains parviennent à lui laisser un brin de parole dans leur vie transfigurée. Alors un reflet de son regard éloigné irradie leur masque et leur visage qui s’illumine de l’intérieur tels celui du pèlerin d’Emmaûs de Rembrandt. Ca se voit de loin. Ils ont commencé d’échapper à la vigilance de la famille et de la société ; ils en sont moins prisonniers, moins les otages sans défense. Quelle chance, quelle opportunité pour ces familles ayant relâché leur emprise.

    Nous pourrions appeler cela : « Réinvention de la famille », « recréation de sa généalogie » moins soumises aux nécessités du temps, aux contraintes des masques et des visages.

     

                                                                     Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


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