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    button7.gif   Lettre 68 : De l’Ange, du Fantôme et de « l’effet parenté »…


    Ayant eu cet été l’idée d’emmener avec nous sur les plages du côté des Sables d’Olonne un exemplaire du livre de Didier Dumas : L’Ange et le Fantôme, Introduction à la clinique de l’impensé généalogique, livre longuement préfacé par Françoise Dolto, nous eûmes la bonne surprise d’y voir longuement exposé et détaillé le cas clinique de Jean Michel Lebois.

    Il y occupe une importante partie de l’ouvrage, de la page 50 à la page 103. Jean- Michel entra dans l’institution éducative qui s’en occupait de son mieux dès l’âge de 5 ans ; il en a 19 lorsqu’on demande à D.Dumas de s’en occuper comme psychiatre et psychanalyste. Laissons l’auteur lui-même nous le faire connaître : « Il présentait la forme la plus radicale du retrait en soi-même qu’il m’ait été donné de rencontrer. La première fois que je le vis, j’eus la violente impression d’être confronté à une tombe. Un Ange étant donc là d’entrée de jeu. Comme cela est très souvent le cas, le contre-transfert était porteur de l’essentiel dès la première séance et j’aurais donc pu tout de suite savoir qu’avec lui il allait falloir affronter des Fantômes… »… »Il refusait tout contact scopique, s’appliquant à ne jamais croiser le regard d’un autre. Aucun bruit ne sortait de sa bouche et, en dehors des très rares contacts qu’il établit avec moi, il semblait vivre dans un univers où l’autre n’existait plus… A l’exception du crayon, il ne daignait même pas prendre les divers objets que je lui présentais. Et si je posais devant lui du papier, il le noircissait entièrement, s’appliquant à recouvrir la moindre parcelle de feuille blanche… »

    Pour l’internaute peu familier avec ce genre d’approche, l’Ange pour Didier Dumas c’est l’instance figurée qui révèle le fond des choses et le Fantôme représente toutes les forces occultes luttant âprement pour empêcher la révélation, les résistances tortueuses qui bien souvent mènent en bateau l’intervenant psychologue ou psychiatre ou psychanalyste.

    L’une des questions lancinantes que se pose l’auteur dans cette prise en charge exigeante et difficile peut se résumer ainsi : à quoi attribuer un tel retrait massif du monde, quand est-ce que cela à bien pu commencer, quelles forces maléfiques contribuèrent à produire ce genre de symptômes chez un garçon a priori intelligent et plein de vie doté de parents normaux, aimants, attentifs, à générer ce retrait si monstrueux , si invraisemblable du monde ?

    Pendant maintes et maintes séances en face à face Didier Dumas sera confronté au silence d’airain du jeune homme jusqu’au jour où « lassé de l’immobilisme répétitif qui marquait nos rencontres, je l’interpellai assez crûment, lui demandant s’il se foutait de ma gueule. Sa réponse fût sur- le- champ un immense éclat de rire. »

    Pendant au moins deux années il explorera avec la mère du jeune homme « toutes sortes de directions : son enfance à elle, la rencontre de son mari, le fait que Jean-Michel ait dormi longtemps dans la chambre de ses parents, le rapport à ses propres parents, celui à la nourriture, aux excréments etc.… Toutes ces directions ne me conduisirent qu’à des impasses…. »

    Depuis 16 années déjà Jean –Michel n’avait plus adressé un seul mot à sa mère ni ne lui avait jeté le moindre regard !

    A l’évidence c’était presque une sainte mère ; ça ne pouvait pas venir de son côté mais plutôt du côté de son mari qui d’ailleurs ne contestait pas, considérant son hérédité comme importante dans la production du mutisme de son fils.

    Ayant fait le plein de ce qu’on peut appeler l’histoire infantile du patient, Didier Dumas va dès lors s’engager dans une auscultation, dans une exploration de la généalogie, tant celle du père que celle de la mère. Laissant à l’auteur sa manière bien spécifique de traiter les données recueillies dans le cadre psychanalytique qui est le sien nous allons nous approprier certaines d’entre elles pour qu’elles contribuent à nous faire progresser dans notre « invention du temps généalogique ».

    « L’effet parenté » dans toute sa violence

    Cet effet étant inconnu de l’auteur il n’est pas en mesure de le repérer. Il nous fallut maints et maints recoupement pour mettre la main dessus, le « fantôme » ayant, de mon regard éloigné, fait tout son possible pour le tenir bien caché !

    En menant soigneusement son anamnèse Didier Dumas tombe et retombe toujours sur le même âge de trois ans, âge auquel tout aurait commencé. D’entrée de jeu , dès la première rencontre il sait que Jean-Michel a dix-neuf ans et que ses parents ne l’on plus entendu prononcer une parole depuis cet âge fatidique de trois ans.

    On apprend par ailleurs qu’il a un frère Luc, « de quatre ans son cadet » (p.53)

    Il est dès lors évident que le changement brutal se produit chez Jean-Michel quand sa mère tombe enceinte de Luc tandis qu’il a trois ans. Maintes de nos lettres précédentes nous ont révélé au travers des nombreux cas présentés la violence de la naissance. Nous sommes en présence d’une coïncidence alpha entre un évènement de nativité qui s’annonce et la production d’un symptôme  d’autisme majeur.

    La naissance de Jésus lui-même n’échappe pas, dans l’imaginaire midrashique des commentateurs, à un phénomène analogue : lorsque le fils de Dieu est censé apparaître soudain dans l’humanité, les évangiles de l’enfance n’hésite pas un instant à mettre en place une hécatombe d’enfants connues depuis et célébrées sous le nom de « massacre des Saints Innocents » : un enfant naît et des centaines d’autres vont disparaître par la main d’Hérode !

    Ici quand s’annonce le petit Luc, Jean-Michel l’aîné réagit catastrophiquement de la manière que l’on sait : en se retirant du monde.

    Que l’internaute ne s’y trompe pas : nous en présence d’une forme de réactivité psychiatrique ou mentale ; ailleurs un grand parent se cassera un fémur : forme de réactivité vigilo-motrice ou accidentelle ; ailleurs encore il mourra : forme de coïncidence reconnue « mort : naissance »; ailleurs un aîné tuera pour aller ensuite en prison etc.…etc.…

    En d’autres termes l’effet parenté agit dans quatre directions ou selon quatre modalités qui sont la sphère de l’accident, la sphère du somatique ou du psycho-somatique, la sphère du psychiatrique ou de l’affection mentale, enfin la sphère comportementale conduisant habituellement en prison au point qu’on peut dire, sans crainte de se tromper, qu’une grande partie des détenus, à l’insu de ceux qui les ont jugés ou qui les gardent sont des victimes d’effet parenté !

    L’effet parenté informe donc puissamment quatre univers de nos sociétés : celui des assurances et de l’accidentologie,  celui de la santé physique ou mentale, celui du judiciaire, du carcéral et de l’éducatif que nous rassemblons en un tout pour simplifier.

    Nos lettres successives ont illustrés chacun de ces modes réactifs ou directions de l’effet après en avoir longuement parlé dans notre livre « Evénements familiaux et logique de destinée. Essai sur la nouvelle parenté » publié chez L’Harmattan au printemps 1995 et ceci d’entrée de jeu, dès le chapitre 1 en traitant du mode de l’effet parenté (p.13), de sa direction (p.15), de son intensité faible, modérée ou intense, voire cataclysmique ou transnormale (17), de sa forme (p.18), de sa proximité (p.19), enfin de ses caractéristiques associées (p.20).

    Jean-Michel est une victime d’effet parenté : il ne tombe pas roide mort, il ne commet aucun délit, il n’attrape aucune maladie organique : il devient sourd et aveugle à sa manière de grand autiste ! Illustrant magnifiquement l’étrange connivence universellement  ignorée qu’entretient la psychiatrie avec notre « effet ».

    Forme du symptôme

    Maintenant posons-nous la question  de savoir d’où provient cette étrange manière qu’il a de réagir aussi catastrophiquement à la naissance annoncée de son petit frère ? A qui l’emprunte-t-il ? Où a-t-il puisé cette façon de faire, ce retrait massif de l’autre, des autres, du monde ?

    Sa mère nous a orienté dans une direction ! Pour elle c’est sûr ce n’est pas de son côté ; il faut plutôt chercher du côté de son mari, de sa généalogie ; c’est d’ailleurs pour ainsi dire confirmé par ce dernier qui reconnaît que ça vient de chez lui, de son côté à lui, de sa généalogie !

    Au premier coup d’œil tout s’éclaire : çà vient bien de son côté à lui, de sa mère ! Son père meurt précocement, tué sur le front de la guerre de 39/40 ; sa mère ne s’en remet pas et dans la foulée devient presque simultanément sourde, aveugle et folle au point qu’elle est internée dans un hôpital psychiatrique où elle va rapidement mourir laissant le père de Jean-Michel orphelin de père et de mère.

    Cette grand-mère paternelle détient précieusement pour son petit fils Jean-Michel une information transgénérationnelle capitale : une manière de réagir fort intéressante : on ne parlera plus ; on fera comme si on entendait rien ; on ne verra plus ou on fera comme si on ne voyait plus personne, plus rien ; on sera sourd/muet comme la grand-mère et tout aussi fou avec un destin institutionnel, et psychiatrique similaire ; l’institution sera au service de l’aïeule défunte et bichonnera le symptôme, se vouant innocemment à son service ; elle sera sa main, son exécutante s’arrangeant efficacement pour que perdure le symptôme et qu’aucun ange ne vienne en perturber le cours malheureux.

    Jean-Michel à plusieurs reprise eût peut-être pu sortir de l’emprise du fantômes lorsque plusieurs anges frappèrent à la porte et parvinrent à le faire parler vers l’âge de 6 ans notamment ; mais l’inconscient efficace de l’institution, homme de main de l’inconscient familial veillait jalousement sur son grand trésor. Quand Didier Dumas survint sur le tard : tout était déjà joué depuis bien longtemps : il ne risquait rien avec le docteur ! le désastre transgénérationnel était achevé dans l’huis clos de l’institution relayant les nombreux fantômes familiaux.

    Nous venons de trouver quelque chose de l’ordre du moment d’apparition du symptôme et le locus généalogique où semble se trouver une clé de compréhension, une information sur la forme que prit le symptôme. A bien y regarder Jean-Michel dont son père dit se sentir bien proche n’est autre qu’une reviviscence de la mère précocément, dramatiquement disparue pour cet homme orphelin de bonne heure. Cet aîné cher est sa mère perdue puis retrouvée miraculeusement à la faveur du symptôme, mère à la fois vivante et morte, à la faveur du symptôme d’autisme secondaire. O bienheureux autisme de cet enfant qui ressuscite une aïeule au destin tragique, à la manière d’une icône resplendissante de lumière dont il dessinait pour Didier Dumas l’ombre portée sur les feuilles blanches qu’il lui tendait.

    Grand-mère maternelle perdue retrouvée pour le petit fils qui lui est lié dans une invisible fidélité,  mère perdue miraculeusement ressuscitée pour le père dans la Pâques de la naissance annoncée de Luc, le petit frère !

Primitivisme de Didier Dumas

    Dans l’émouvante relation qu’en donne Didier Dumas il nous semble intéressant de relever que ce cas paraît échapper à toute chronologie détaillée. Nous appelons cela « primitivité » en ce sens que l’auteur fonctionne un peu comme un anthropologue au contact d’une tribu inconnue qui n’a point d’écriture ni de temps compté. Il nous a fallu du temps pour extraire la coïncidence « naissance du puîné/symptôme de l’aîné » et il nous est pratiquement impossible d’accéder à la moindre coïncidence bêta du fait que nous ne disposons pas de chronologie précise ; 98 % de la généalogie esquissée en pp.80 et 81 ne propose aucune date, aucun écart de nativité, rien qui puisse permettre de calculer par exemple la phrase temporelle d’énonciation du symptôme d’autisme ou plus succinctement en nous référant à notre code ménétique les « i », les « u », les « d », les « l », les « dd », les « e », les « s », les divers « a » etc… Bref l’approche du temps généalogique proprement dit nous est interdite par les divers fantômes qui bloquent l’accès de la grotte où il se trouve mystérieusement confiné depuis la nuit des temps…

    Notons au passage et en terminant cette lettre 68 que pour repérer l’effet parenté il convient habituellement d’en avoir une sorte d’idée à priori, une manière de catégorie kantienne permettant d’explorer la réalité avec les lunettes de la théorie descriptive de l’effet ! Sans ces lunettes il n’y a habituellement rien à voir ; l’effet passe inaperçu ce qui est le cas dans l’exposé détaillé de Didier Dumas.

    Notons enfin que l’effet n’est pas à considérer comme « causal » ; ce n’est point la naissance de Luc qui, seule, provoque l’apparition du symptôme. Simplement cette naissance n’est point étrangère à ce qui arrive, à la catastrophe observée. De la même façon que l’aïeule maternelle n’est point à considérer comme une entité envoûtante, une manière de sorcière généalogique… Mais celle-ci en tombant folle de la manière que l’on sait, que découvre et relate Didier Dumas sans la prendre vraiment au sérieux, crée dans cette même occasion, dans ces circonstances une forme de réactivité catastrophique tenue à disposition pour tel ou tel de ses descendants qui pourra y recourir le cas échéant ; elle ne provoque pas le symptôme d’autisme secondaire à un traumatisme chez son petit fils aîné, elle y contribue informationnellement et Jean-Michel de cette façon s’inscrit vraiment dans la généalogie, dans telle généalogie en tenant précieusement compte en particulier d’un trauma insigne survenu en amont. Il fait partie de la tribu. Il est marqué au fer rouge de ses stigmates ; au fond et à bien y regarder c’est un enfant totem comblant la béance du père ayant presque tout perdu dès l’âge de 5 ans !

    En lettre 69 d’octobre prochain nous poursuivrons notre commentaire atypique de ce cas intéressant en l’examinant bien sûr au plan du temps.

                                                                     Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


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