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      button7.gif   Lettre 76 : Voyage en Helvétie


    Un génogramme c’est un peu comme du gruyère : pleins de trous. Malgré leur mérite, ceux de GUIR comme les miens en étaient parsemés. Ils comportaient trop de lacunes ; la mention des dates y était erratique, hasardeuse, presque aléatoire, n’ayant pas été confectionnés pour une chasse au temps. Le moment semblait propice pour compléter leur étude par celle d’authentiques généalogies réalisées dans les règles de l’art. Malheureusement je n’en n’avais pas à ma disposition.

    Providentiellement j’eus alors connaissance des travaux de deux chercheurs suisses, SCHMID et BOVET, l’un psychiatre et l’autre statisticien épidémiologiste. Ils étaient parvenus à rassembler, avec le concours des états civils de leur canton, 200 généalogies sur 3 générations.  La moitié d’entre elles comportaient un patient étiqueté schizophrène. Ils voulaient savoir si celles-ci présentaient des caractéristiques permettant de les différencier des premières.

    L’époque que nous traversions était hantée par le désir de trouver la clé des psychoses. Certains croyaient la dénicher dans les gènes, d’autres dans le climat, les saisons, d’autres dans les interactions perturbées entre parents et enfants. Je participai même brièvement à un groupe de thérapie d’inspiration reichienne qui la pensait cachée sous la cuirasse défensive dont les participants s’entouraient et dont on croyait voir quelques signes en examinant attentivement nos colonnes vertébrales respectives. Certaines présentaient des sortes de ponts musculaires ou graisseux cachant par endroit leur épine dorsale. Ils étaient censés signaler une zone corporelle âprement défendue.

    Mon patron, le Dr BOUR, ayant eu vent de la chose, s’en gaussait en nous demandant  malicieusement où nous en étions au sujet de ” l’échine des schizophrènes ”.

    Dans un tel contexte je jugeai plus prometteur de tenter ma chance auprès des deux chercheurs helvétiques en leur écrivant pour solliciter de leur générosité le prêt d’une dizaine de leurs généalogies, cinq de chaque série. Ils me répondirent favorablement.

    Je me rendis donc à Lausanne prendre possession du précieux lot qui m’attendait. Ils me reçurent avec amabilité et me firent généreusement don de huit de leurs généalogies, quatre de chaque lot, sans exiger de contrepartie. Le statisticien P. BOVET m’avait même établi la formule mathématique de la prédiction d’une certaine configuration de ” retours ou de réapparitions d’âges ” qu’il m’offrit. Je m’abstins de leur parler du kabbaliste Abellio comme de leur compatriote astrologue, de peur qu’ils ne me considèrent comme une personne un peu dérangée, tout droit échappée de l’asile. Tandis que j’étais un homme sain d'esprit, fortuné, auquel souriait l'avenir.

    A mon retour ce n’était plus une serviette de psy qui se balançait au bout de mon bras mais bien plutôt celle d’un convoyeur de fonds, emplie de pièces d’or. L’exploitation des nouvelles données occupa les années suivantes. Les généalogies à composante psychotique demeurèrent étrangement silencieuses malgré les traitements variés qu’on leur fit subir, comme si le temps généalogique tenait à y conserver son secret. Il n’y parlait pas. Elles nous servirent néanmoins de terrain d’exercice. Quant aux quatre autres elles constituèrent un réservoir de figures du temps dans lequel nous n’eûmes qu’à puiser.

    Finalement ce voyage en Helvétie permit l’abandon des génogrammes, l’aller sans retour vers la généalogie et donc vers son temps propre ainsi que la conversion définitive à la normalité tandis que jusqu’àprésent je restais principalement occupé par le morbide, le pathologique puisque tout ce sur quoi l’on avait œuvré tournait autour de la maladie ou de la mort. Nos génogrammes étaient construits à partir de cas souvent lourds et désespérés ; enfin quatre des généalogies suisses comportaient des personnes mentalement atteintes.

    C’en était bel et bien fini de vouloir lier à tout prix exclusivement le nouveau temps à découvrir, à inventer avec les drames familiaux, les maladies et la mort qui n’en n’étaient qu’une composante parmi d’autres. Ce temps c’était d’abord celui de la vie, des amours, des naissances et de la fin naturelle de l’être humain. C’était celui du groupe et des membres apparentés qui le composaient.

    Derrière ce changement se cachait le désir de vouloir en découdre avec la conception commune selon laquelle toute répétition devait composer avec l’instinct de mort.

    Malaise d’un chercheur de temps

    Lorsque je décidai d’aller plus avant dans cette exploration d’un temps encore inconnu, des amis qui m’étaient chers et m’avaient accompagné fidèlement jusque là me dirent, compatissants, qu’ils ne pouvaient plus rien pour moi désormais, ne comprenant pas où j’allais. Je ne pouvais d’ailleurs, à cette époque, le leur dire, ne le sachant clairement moi-même.

    Le discours jusqu’à présent tenu, est rétrospectif. Le point d’arrivée éclaire l’itinéraire. J’avançais en réalité à tâtons. Lorsque je tombai sur les travaux de GUIR, ce fût certes une révélation. Mais entre ces derniers et l'heureuse issue c’est le grand écart. Je parle ici de l’entre-deux.

    L’abandon de mes repères familiers comme l’évènement généalogique concret et ses divers retentissements sur les membres apparentés impliqués, le délaissement de la clinique autour de laquelle s’organisaient jusqu’alors mes pensées au bénéfice de ce qui justement échappait à son emprise : la normalité, la décision irrévocable d’investir le temps à l’œuvre dans la généalogie comme je ne l’avais encore jamais fait, était assez déstabilisant ; je fus plusieurs mois désorienté, ayant l’impression de marcher dans une nuit obscure et désertique.

    Payé pour m’occuper de patients, voilà que je m’embarquais dans une expédition concernant un temps imaginaire dont personne n’avait parlé jusque là. N’était-ce point grande folie d’être seul au monde à s'en soucier ?

    Des chiffres et des chiffres encore, des âges, des dates avec mille calculs arides ! Bref l'impression parfois de traverser un paysage désolé.

    Le malaise se résolut habilement ainsi. Je me rendis compte que deux hommes cherchaient à parler en moi, l’un plein d’imagination et de rêves, l’autre, de raison. Ils réussirent à s’entendre et scellèrent

    un pacte. Le second autorisait le premier à faire tout ce qu’il voulait, mais dans une période limitée, dix ans par exemple. Après quoi il reprendrait le leadership. Tout heureuse, la partie imaginative acquiesça. Comme vous le constaterez par la suite le pacte fût scrupuleusement respecté.

    La partie extrêmement raisonnable fournit même quelques arguments pour manifester sa bonne volonté et consolider l’entente cordiale avec l’autre. Elle développa l’idée qu’en s’intéressant à certaines coïncidences fortuites de la vie de famille ou de la généalogie, ils allaient ensemble contribuer à les arracher aux simples aléas de la vie de famille pour en faire des exemples de pseudo hasard. Et que, se faisant, ils s’offraient une chance de les annexer aux sciences humaines tandis qu’auparavant elles relevaient exclusivement de l’occulte, du divinatoire ou du fait divers.

    Les forces en présences étant maintenant rassemblées, on pouvait aller de l’avant, sans arrière pensée !

    En Janvier, vous découvrirez une nouvelle bonne feuille de la petite histoire de ce nouveau temps, désigné par l’expression : « temps généalogique ». Elle s’intitulera : Rencontre avec la généalogie de Sigmund FREUD.

                                                                     Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


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