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      button7.gif   Lettre 79 : Acte de naissance du temps généalogique


    Par ”acte de naissance” officiel, il convient d’entendre tout document publié dans lequel il serait pour la première fois fait mention explicite d’un ”temps généalogique” proprement dit. Si l’article princeps canadien lui fût entièrement dédié, à aucun endroit cependant on y trouve trace de l’expression ”temps généalogique”. Dans cette période pionnière ou de gestation, on le confondait simplement avec le temps universel oeuvrant à sa façon dans les généalogies. On disait ”temps des familles”.

    On ne pensait pas qu’il méritait d’avoir une appellation spécifique, une identité. C’est particulièrement manifeste dans l’article du ”Dictionnaire des thérapies familiales” où l’on parle encore de ”temps familial”.

    Il semble qu’on trouve une première mention explicite de ce nouveau type de temps dans un article du n° 149 (printemps 1990) de ”DIOGENE”, revue internationale des sciences humaines publiée chez Gallimard, sous les auspices de l’UNESCO, et sous le titre ”Généalogies : langage du temps. Approche structurale - Implications anthropologiques” (1). Nous souhaitions y faire une synthèse de tous les papiers déjà publiés sur le sujet. Chacun d’eux, une dizaine, se présentait comme l’une des pièces d’un puzzle assez énigmatique. Diogène visait à les assembler pour en offrir une vue d’ensemble.

    Tout à la fin de ce texte, en tête de l’un des derniers paragraphes, on pouvait lire : ”si des observations concordantes et multipliées venaient à confirmer l’hypothèse d’un temps généalogique organisé qu’étayent les indices successivement ici présentés,...”

    Nous considérons ce passage comme l’acte de naissance officiel de l’expression ”temps généalogique”. Ce nouveau temps social disposait désormais d’une appellation, d’une identité sociale, d’un passeport pour la langue. On ne pouvait plus faire désormais comme s’il se confondait toujours avec le temps universel et standardisé, celui du calendrier, des horloges et des montres. Il se tenait enfin librement à disposition de quiconque souhaiterait, après nous, se confronter avec lui. Nous avions réussi à le sortir de la clandestinité et le présentions au grand jour.

    L’imagination passe la main : fin du voyage

    Nous avions pris l’habitude, Michel LECAMP et moi-même, de participer au Congrès international de cybernétique qui se tenait tous les trois ans à Namur et d’y faire, chaque fois, une communication sur l’une ou l’autre avancée de notre aventure. Elle paraissait ensuite dans les Acta ou dans la revue Cybernetica.

    L’un des organisateurs de cette grande messe cybernétique, réunissant le gratin de la discipline, était le Docteur Fernand E. MAIRLOT, psychiatre chargé de cours à l’Université de Louvain. Il avait publié sur l’auto organisation des systèmes un livre éclairant ”La Nouvelle Cybernétique” (2) qui nous fournissait ce dont nous avions besoin pour donner un cadre conceptuel innovant à ce que nous ne cessions de dénicher sur ce nouveau temps social fascinant.

    E. MAIRLOT ne parvenait pas à saisir les quelques manières dont nous transposions sa conception de l’invariant d’un système en général à notre propre modèle familial, comme à sa temporalité appréhendée au travers des généalogies. Peut-être le fonctionnement de la famille semblait-il aller de soi à ses propres yeux comme à ceux de beaucoup de gens, tandis que pour nous il n’en était rien : elle avait justement besoin de temps généalogique pour lutter contre l’entropie. Il acceptait néanmoins ce que nous pouvions en dire, ravi qu’on puisse conjuguer ainsi généalogie et cybernétique, nous laissant le champ libre.

    On s’amusait à voir ces savants, venus parfois de fort loin, discuter entre eux à voix basse à n’en plus finir sur mille et un thèmes improbables, la cybernétique de dernière génération touchant à peu près à tout, et même, par notre entremise, à la généalogie comme à la famille ! 1993 fut l’année de notre dernier congrès. Un cercle étroit d’auditeurs venus écouter, bio mathématiciens, ingénieurs, épistémologues de tout acabit, l’effet de surprise une fois surmonté, comprenant tenants et aboutissants de notre démarche, assurèrent qu’elle leur paraissait au fond évidente et leur convenait tout à fait. A la fin du bref exposé (3) nous déclarâmes pourtant mettre un terme à cette odyssée longue de dix ans.

    Ils trouvèrent cela bien dommage, confirmèrent que c’était intéressant, nous encouragèrent à poursuivre l'exploration. Ce fut notre ultime communication, notre dernier mot.

    On revint sur Dijon, la Cité des Ducs, comme on en était parti, déterminés à mettre fin à cette aventure. L’imagination avait été dix longues années au pouvoir, nous avait aussi par moment obtenu d’intenses satisfactions.

    Une moisson d’indices en faveur de l’existence cachée de cette nouvelle temporalité humaine avait été amassée. On avait pu rendre compte de quelques rudiments de son organisation interne. On était même parvenus à leur conférer un certain sens, en évitant l’écueil dans lequel tombent parfois les observateurs accumulant force cas remarquables sans chercher à les intégrer dans une théorie explicative, intéressante, bien que transitoire. La mission semblait accomplie. En vertu du pacte scellé, c’était à la raison maintenant de reprendre tous ses droits. Ce qu’elle fit sur-le-champ et sans état d’âme.

    Alors, on se tût, n’effectuant plus aucun calcul, ne touchant plus une seule généalogie, après des années passées à les arpenter en long comme en large, et de bas en haut pour tenter d’en prendre bonne mesure. On se tut pour mieux écouter encore la petite musique d’un temps s’écoulantdoucement entre les générations endormies, éviter surtout de les réveiller en faisant du bruit.

    (1)     FROUSSART B., ”Généalogies : langage du temps. Approche structurale - Implications anthropologiques.”, DIOGENE, 1990, n° 149, pp. 41 - 63.

    (2) MAIRLOT F., La nouvelle cybernétique, Chabassol, Bruxelles, 1982.

    (3) Lors du XIIIème Congrès international de cybernétique de Namur. Cf Acta.

       

    Terme de la petite histoire de ce nouveau temps, désigné par l’expression : « temps généalogique ».

                                                                     Le ménéticien (alias Elie Sorlin)  


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