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      button7.gif   Lettre 87 : Enjeux de l’alliance et temporalité généalogique


    Dans Généalogies ou la puissance du temps il est plusieurs fois fait mention de l’alliance, de la constitution du couple comme de leur importance à la fois pour la généalogie et pour le temps généalogique. On y parle du rôle du temps dans le choix du conjoint. Nous allons dans cette optique reprendre l’un ou l’autre passage du livre pour le commenter à loisir et tenter de mieux comprendre les enjeux de l’alliance à la fois pour les deux partenaires concernés, mais aussi pour leur descendance immédiate ainsi que pour les familles respectives (famille et belle famille).

    Le fragment de texte sélectionné provient du chapitre V intitulé : Articulation du mariage de Sigmund Freud sur divers âges du père, § 5. Du choix de Sigmund pour Martha :

    Quand il se marie Sigmund est amoureux de sa jeune femme. Nous ne saurions dire d’où vient cette inclination dans ce mariage non arrangé ; serait bien prétentieux celui qui oserait prétendre connaître tous les déterminants ayant présidé à l’union du père de la psychanalyse en ce samedi 14 septembre 1886.

    Ceci étant consenti pour préserver la part de mystère entourant nos amours humaines libérées (à la différence des unions imposées dans les sociétés à conjoints plus ou moins strictement interdits, prescrits, prohibés), il n’est cependant pas inintéressant de relever plusieurs points frappants au plan du temps généalogique assisté des sonorités de la langue, de l’onomastique ou de la toponymie.

    L’écart d’âge entre les époux est ici d’un peu plus de 5 ans, plus exactement de 1.907 jours, montant du « mène » désormais connu « e ». Dans le cas de conjoints n’ayant pas le même âge, cas le plus courant, l’un naquit quand l’autre était déjà né quelque part au monde. Le plus âgé avait donc un âge précisément calculable à la naissance de son futur conjoint. La première question à se poser devient dès lors la suivante : qu’est-ce qui a bien pu arriver de significatif à cette personne et à cet âge.

    On va comprendre d’entrée de jeu l’intérêt d’un tel questionnement dans l’exemple du garçonnet qui perd son papa à l’âge de 12 ans, à la guerre, et se choisit plus tard une femme de 12 ans plus jeune que lui ; ce qui signifie qu’il avait 12 ans quand elle naissait et qu’elle vint au monde tandis que son père  le quittait. En d’autres termes ses inclinations le poussent vers une figure apparue sur fond de disparition. Cela peut être si vrai qu’on en trouvera parfois ou souvent signature dans le nom, les prénoms de l’élue, dans l’ordre ou le désordre syllabique évoquant l’être perdu que l’amour remplace magiquement.

    Plutôt que de considérer ce genre de chose comme une sorte d’anomalie confinant au pathologique des deuils mal colmatés, nous le considérons plutôt comme une relique des anciens arrangements matrimoniaux auxquels pallie à sa façon l’homme de progrès et de modernité devenu, au fil de son évolution et d’un point de vue traditionnel, ancestral, un « sans famille ».

    En effet cet « homo généalogiticus » ne consulte plus autant les parents pour orienter ses choix, n’ayant que faire du conseil des anciens. Au risque de se perdre dans ce nouvel océan anomique, de ne savoir comment conduire sa barque dans un monde plus anarchique, le temps généalogique vient à sa rescousse pour l’assister de façon informationnelle non déterministe ; il endosse un rôle d’étoile polaire pour les capitaines en mal de port, secrètement soucieux de revenir là d’où ils viennent, sans oser toutefois le reconnaître, de peur que ne se ternisse une certaine image de liberté: à la famille. Ainsi cette dernière prend-t-elle sa revanche, assistée du temps.

    En revenant à Sigmund, on est en droit de se demander ce qui s’est passé quand il avait environ 5 ans. On ne relève alors pas de deuils mais bel et bien une naissance, et pas n’importe laquelle : celle de Maria, l’enfant médian, qui précède de peu celle de Martha avec laquelle elle partage une partie des sons du prénom pour mieux signaler encore l’heureuse concordance vibratoire, invitation mélodique, harmonieuse à l’alliance.

    Premier clin d’œil à l’anthropologie : s’il est vrai qu’il ne s’agit point ici d’un mariage arrangé à l’ancienne, mais d’une union résolument libérale et moderne d’un intellectuel avec une femme cultivée, il n’en reste pas moins qu’il ne saurait échapper à toute organisation temporelle et généalogique. Pourquoi y aurait-il discontinuité entre les mariages dits sauvages et nos unions policées ? De ce point de vue le temps généalogique devient trace d’un continuum indiquant qu’il n’est en ce monde ou dans l’histoire qu’une humanité plus homogène qu’elle n’apparaît. Simplement le temps s’y exprime ici et là autrement. Le temps généalogique sous cet angle équivaut donc aux règles d’alliance ancestrales permissives, prescriptives ou prohibantes, dont la violence n’échappe à personne là où elle sévit encore dans le monde marqué par l’emprise des traditions ancestrales.

    Chez nous il pilote le sujet en douceur, à son insu, vers telle ou telle figure de son environnement de la manière qu’on observe. Pour que cette personne soit repérée, désirable et choisie, il convient que par un côté ou par l’autre, elle appartienne à une classe de conjoints potentiels autorisés par une auto organisation familiale peu visible  ; tandis que dans l’ancien système, les anthropologues de métier, les ethnologues savaient repérer du jeu les ficelles et passaient une partie de leur temps à en démêler l’écheveau. Son dévoilement dans leur comptes rendus de campagne consolidait parfois leur carrière.

    La révélation des œuvres du nouveau temps ne saurait aboutir au même résultat : il touche en effet à l’image que nous portons sur nous-mêmes, la désacralise et nous réinscrit de cette manière dans le circuit familial, nous assimilant de près ou de loin aux hommes premiers dont nous pensions avoir divergés pour devenir des mutants.

    C’est ainsi que Martha, née en même temps que Maria, dispose d’un profil temporel de sœur. Martha l’épouse tient aussi la place d’une « sœur fictive » et cela d’ailleurs est si vraisemblable qu’à 40 ans Sigmund ne lui fera, dit-on, plus l’amour tout en continuant à lui demeurer fidèle, affectueusement attaché. Les anthropologues qui furent les premiers à découvrir avec étonnement ce qu’ils appelèrent par la suite « parents, pères, mères, frères ou sœurs classificatoires » savent cela par cœur ; mais ils n’ont guère pensé l’appliquer à nous autres occidentaux qui semblons échapper tantôt par essence, nature ou culture à de telles contingences.

    Dans la prochaine lettre nous commenterons cet extrait en le complétant de quelques illustrations plus récentes permettant de comprendre ce qui se joue dans l’alliance : une composante maîtresse, un élément clé de l’auto-organisation de la famille moderne.

             Le ménéticien (alias Elie Sorlin)        


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