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      button7.gif   Lettre 90 : Mariage de Freud, temps généalogique et flèche du temps (II)


    Dans nos trois lettres précédentes, 87, 88 et 89 nous avons traité du mariage allégé de Sigmund Freud. Aérien, gazeux pour user du style débridé, baroque du philosophe allemand Peter Sloterdijk (1), cette union n’eût pas tenu un seul instant dans les airs si elle  n’avait été assistée d’un ange secourable, furtif et malicieux : le temps généalogique lui-même ayant permis au père de la psychanalyse de trouver une épouse Martha taillée sur mesure.

    Inimaginable un mariage moderne sans les invisibles ailes de cette entité. D’un coup de baguette magique prenez le risque considérable de faire disparaître l’ange qui fait que les gens se rencontrent, se reconnaissent immunologiquement compatibles, s’aiment, s’unissent, procréent puis meurent dans une harmonie sans pareille et vous n’aurez plus que des particules élémentaires s’agitant frénétiquement dans un vide quantique.  Soudain une humanité nouvelle, naturelle et matérielle marquée par des croisements aléatoires ou drosophyliens, vrai jardin de délices pour les mathématiques statistiques alliées aux ultra libertins obsédés par un 11 septembre du tabou de l’inceste.

    En partant de cette union mythiquement ordonnée par notre nouveau temps, nous avons emprunté une piste labyrinthique menant à un petit village de natifs somptueusement ornés de parures dignes d’un grand musée d’arts premiers, campement perdu au cœur d’une jungle à faire peindre par  un douanier Rousseau ressuscité. Nous avons découvert que les gens s’y aimaient d’une manière outrancièrement sophistiquée puisqu’ils employaient des moyens considérables, la quasi-totalité de leurs ressources à aménager leurs amours cachées ou non. Le rapport des hommes aux femmes y était affaire d’état dans une micro société précisément sans Etat, rapport auquel se consacrait corps et âmes une grande partie du génie de la tribu.

    Puis de retour chez nous, après ce long voyage initiatique nous sommes sortis de ce paradis végétal pour prendre conscience qu’il en était autrement de ce côté-ci du monde moins orné, moins paré, dont les plumes multicolores s’étaient les unes après les autres envolées au fil du temps, nous abandonnant quasi nus sur des trottoirs macadamisés, encrotés. Notre vision du monde s’en trouvait changée. De mondialisé, en voie d’homogénéisation manifeste nous prenions soudain conscience d’un grand partage du monde en deux hémisphères antagonistes peuplés de deux manière d’être humain.

    Dans l’un s’y trouvaient les parés ou les nostalgiques de l’ornementation, les maniaques des règles et de la complication. Chez eux les hommes considéraient qu’on ne pouvaient rencontrer les femmes sans un luxe de précautions digne d’un grand jeu de piste. Ces dernières devaient se trouver lovées au cœur d’un labyrinthe, pimentant ainsi le jeu de la découverte sexuée. Tout se trouvait convoqué pour mener à bien chaque partie. Cet hémisphère passait le plus clair de son temps à élaborer des stratégies d’approche, de contrôle et de capture de celles-ci considérées comme des trésors précieux à conquérir, posséder, puis exploiter. Cet hémisphère semblait peuplé de plusieurs milliards d’individus. On pouvait s’y passer du temps pour jouer puisqu’on usait  de mille autres moyens tactiques et stratégiques.

    Dans l’autre, pas de labyrinthe, pas de jeu, pas de règles, pas de plumes ni d’ornementation de cette sorte. Les hommes et les femmes s’y rencontraient sans l’arsenal de dispositions présidant aux rencontres dans le demi monde précédent. Toutefois dans cet hémisphère on pouvait observer un timing, une horloge, un type de temps très particulier assistant le périple péripatétique, jouant le rôle trouble d’une main invisible dotée d’un GPS pilotant les cheminements individuels. Ce temps nous l’avons appelé TEMPS GENEALOGIQUE du fait que nous sommes parvenu à lui mettre la main dessus, à le prendre la main dans le sac dans divers fragments généalogiques dont celui de S. Freud.

    Ce temps a beaucoup à voir avec la modernité au chevet de laquelle se penchent nos plus grands esprits qui cherchent inlassablement à comprendre en quoi fondamentalement elle consiste, ce qu’elle introduit dans l’humanité, où elle tend et donc nous emmène. Il importe au plus haut point de le savoir sans quoi l’on est des aveugles errant sans repères ou bien des navigateurs déboussolés.

    Parmi ces penseurs l’opinion commune est de dire que la première modernité débute par un grand partage permettant de séparer le certain ou le rationnel de l’incertain, du douteux marqué autrement par la rationalité. Tandis que la certitude ou l’objectivité avait pour destin de rassembler les hommes entre eux, le monde de l’irrationnel dont les religions font partie avait pour fonction de diviser les hommes et de multiplier leurs antagonismes. Dans ce cadre de pensée la flèche du temps se dirigeait donc vers un avenir meilleur qu’il n’avait été puisqu’on semblait aller en direction d’un futur marqué par la science, les techniques dérivées, l’objectivité, une moindre emprise du religieux sur les esprits, une lente disparition des sources de conflits associée à une réduction des incertitudes donnant lieu à opinions et divisant les gens. On allait vers une humanité moins folle, moins clastique, plus rationnelle, plus objective, plus sage et plus pondérée.

    La modernité la plus récente ou néo-modernité nous invite à déchanter. Hélas nous n’allons pas vers un tel horizon pacifié. Mais au contraire, du moins en apparence, vers un affaiblissement de la puissance de la raison assortie d’une croissance exponentielle de l’irrationalité génératrice de divisions qu’expriment sans contestation possible le retour aux divers fondamentalismes armés.

    Le temps généalogique qu’a-t-il à voir dans cette affaire de néo-modernité régressive ?

    Après avoir divisé le monde en deux hémisphères matrimoniaux inégaux, deux types de rapports des hommes aux femmes et réciproquement, deux grandes manières humaines de tisser des liens amoureux et de les entretenir donnant lieux à deux univers organisationnels foncièrement différents, l’un marqué par la complexité et l’intrication institutionnelle, l’autre par une moindre complexité au point qu’on pourrait à son propos parler véritablement de modernité élémentaire ou l’amour est découplé du politique et du religieux, on observe que ces deux mondes recouvrent des aires anthropologiquement bien connues.

    De notre point de vue « évolutionniste » et peut-être iconoclaste, assurément franc-tireur nous ne sommes pas sans remarquer que la flèche du temps qui se dirigeait tout droit sur une pomme succulente d’avenir radieux, fait de gâteries sans pareil (2) est tombée dieu sait où. Elle a tout simplement raté sa cible croquante et semble s’être perdue. Il convient au plus vite d’ en trouver une autre qui se dirige vers un autre fruit, vers un Eden de rechange. Il faut retrouver l’espoir sans quoi l’on risque de se tirer des flèches les uns sur les autres dans toutes les directions de l’espace et risquant de mutuellement nous blesser, nous transformant en autant de Saint Sébastiens transperçés. Bref l’auto destruction apocalyptique accélérée sans même attendre l’inexorable mais lointain effondrement  du soleil sur lui-même lorsqu’il aura consommé tout son carburant nucléaire.

    Que si l’on venait un seul instant à douter de la pertinence de nos craintes, il suffit de contempler deux grands attentats matrimoniaux récemment commis en Irak comme en Egypte, le premier datant du 31 octobre 2010 dans une église de Bagdad et le second à Noël dernier dans l’Eglise d’Al-Quidisine d’Alexandrie. A y regarder de très près les revendication des commanditaires meurtriers sont bel et bien matrimoniales ; leurs deux attaques contre les Coptes se fondent sur une accusation de séquestration de femmes de prêtres coptes orthodoxes qui se seraient converties à l’Islam. Ces deux actions témoignent à la fois de la violence ancestrale inhérente au champ de la matrimonialité comme de la violence faite aux femmes auxquelles on ne saurait, dans ces cas, demander leur avis. Notons au passage que les institutions religieuses établies  dans la personne d’Ahmed al-Tayeb, le grand imam de l’Université théologique d’Al-Azhar (3) , condamnèrent sans appels ces actions consternantes, honorant ainsi la profonde différence à établir entre le monde proprement spirituel et ce avec quoi parfois il est malheureusement confondu.

    En lettre 91 nous poursuivrons tranquillement notre cheminement pour tirer une nouvelle flèche temporelle qui se dirige sur une nouvelle cible, vers un nouveau fruit tiré d’un nouvel Eden. Peut-être le temps généalogique va-t-il nous sauver des désastres annoncés ? Nous indiquer de quel côté tendre l’arc et tirer pour sortir de l’incertitude dans laquelle nous plonge la néo-modernité avec sa perte d’ horizon et mise en péril par retour défensif, régressif, aux fondamentaux infernaux et frelatés indûment confondus avec les genèses authentiquement édéniques et paradisiaques.

    Il y va de l’espoir en un nouvel avenir, d’une foi pour sortir de crise, d’une forme de salut !

     

                               Le ménéticien (alias Elie Sorlin)

     

      (1) A nouveau référence à l’œuvre magistrale du philosophe allemand Peter Sloterdijk, Sphères I, II, III déjà citée

      (2) Ibidem

      (3) Consulter à ce propos la presse mondiale dont les nombreux commentaires ont largement fait connaître ces évènements dramatiques         


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