sansnom2_htm_smartbutton2.gifsansnom2_htm_smartbutton3.gifsansnom2_htm_smartbutton5.gifsansnom2_htm_smartbutton6.gifsansnom2_htm_smartbutton7.gifsansnom2_htm_smartbutton8.gifsansnom2_htm_smartbutton9.gif


      button7.gif   Lettre 91 : Temps généalogique : d’une nouvelle flèche du temps…(III)


    Dans notre lettre 90 nous vous entretenions des deux humanités en présence, l’une emplumée, lourde de parures ancestrales et passant son temps à entretenir un labyrinthe interminable à l’entrée duquel s’y trouvait les hommes, au centre duquel s’y cachaient les femmes. Cette humanité s’investissait corps et âmes dans la production incessante de moyens imaginaires pour compliquer la rencontre d’un genre avec l’autre. Tous les moyens semblaient bons pour y complexifier à loisir le parcours labyrinthique et mythique, religion, armée, politique, culture étant annexés au projet somptueusement ludique, certains fondamentalismes usant même de sombres draperies masquant entièrement les personnes objets du désir des hommes, au cœur du labyrinthe pour qu’elles fussent encore moins visibles et plus mystérieuses, plus joyeusement et finalement capturables au cœur des arcanes.

    L’autre humanité ayant supprimé tout labyrinthe, tout parcours, tout égaiement impliquant pour s’exercer un étroit couplage entre culture, politique, armée, religion, pour compliquer la rencontre entre les femmes et les hommes, la pimenter. Au contraire de ce qu’on pouvait observer dans l’humanité emplumée, ces dernières se déshabillaient, dévoilant insolemment une liberté de manœuvre inconnue des humanités antérieures. Les genres masculins et féminins inextricablement se mêlaient au point qu’il était parfois difficile de savoir qui était qui et toute l’organisation dans cette partie de monde s’employait à tenter de préserver ses divers et précieux atouts durement conquis par d’âpres révolutions successives : la liberté des individus, la liberté des rapports genrés, la liberté de penser, la liberté de s’exprimer. Cette humanité semblait en marche vers la libération et la liberté.

    Toutefois nous devons quelque peu corriger ce schématisme excessif dessinant l’espace de l’anthroposphère comme s’il s’agissait de deux grosses bulles hermétiques, l’une muséale ou conservatrice et l’autre progressiste, libertaire, libertine et libérale mâtinée d’anarchisme. Certes nous nous trouvons devant un ensemble de sociétés complexes face à un autre ensemble qui le semble moins. Mais comme le noyau organisateur de cette distinction tourne autour de la nuptialité, de la façon de se marier, du rapport des hommes aux femmes, il est clair que cela ne concerne qu’indirectement la société globale, prise dans sa totalité mais principalement du niveau de la famille, cellule de base ou brique élémentaire du grand ensemble.

    Par ailleurs, dans la bulle moderniste ou naturaliste, si l’on a pu observer une perte de certains repères, une déconstruction progressive de ce qui organisait autrefois les rapports sexués que nous appelons genrés, on ne peut que constater l’émergence de composantes elles-mêmes fondamentalistes et réactionnaires. Autrement dit la modernité dans l’aire qu’elle semble contrôler est inhomogène. Ce qui nous contraint d’admettre qu’elle n’est point totalitaire, qu’elle est contestée en son sein et que, comme le chamanisme qui traverse transversalement toutes les petites et grandes religions, la modernité est un mouvement global, une vague coiffée d’écume qui lentement balaye transversalement l’humanité toute entière. C’est une puissante déferlante mais qui ne saurait tout submerger du fait qu’ elle rencontre sur son passage des courants contraires qui s’opposent frontalement à elle et dont nous avons fait métaphoriquement notre humanité emplumée.

    Tant et si bien qu’il nous est commode de construire ces deux grands mouvements antagonistes comme deux hémisphères devenus deux bulles disjointes, l’une poussée vers un retour psitaccique, défensif, répétitif, obsédé au passé figé, idéalisé, et finalement mortifère, l’autre se déplaçant dans une toute autre direction, mais laquelle ?

    La première tente de faire revenir l’humanité dans des entrailles originelles (1), l’autre nous propulse dans un espace immense, inconnu, froid, inquiétant. Une sorte de vide sidéral dont on sait depuis peu à quel point il est plein mais dont on ignore de quoi il est fait, matière sombre, énergie noire ou l’inverse, peu importe.

    Tandis que l’humanité pré moderne ou tout ce qui s’y rattache peu ou prou semble se diriger à reculons, en arrière par un retour désespéré vers des lieux de pélerinages connus d’où nous provenons tous, l’humanité néo moderne traverse une période d’incertitude bien mise en valeur par nos plus grands penseurs contemporains qui se penchent attentivement sur elle (2).

    Vers quelle nouvelle pomme pourrait donc se diriger la nouvelle flèche du temps ? Vers quel nouvel espace ou nouvel eden que l’autre portion d’humanité pressent, éprouve comme un enfer, une terre de malédiction se dirige-t-on ? La réponse que nous suggère le temps généalogique est la suivante : de fait la nouvelle flèche se dirige actuellement vers un monde libérale, déréglementé, démythologisé conçu comme un monde libéré, plus libre, moins normé, la famille et sa généalogie étant utilisés comme autant de marqueurs d’une évolution en ce sens.

    Toutefois comme Bruno Latour l’exprime dans son œuvre, ce monde moderne est pétri de contradictions internes avec des mélanges explosifs. La diminution de la complexité familiale clairement indiquée par la disparition de ce que l’anthropologie savante appelle les systèmes de parenté des sociétés pré modernes a son versant au niveau de la société tout entière. Celle-ci  contient la famille et repose d’ailleurs sur elle. Caché derrière le découplage apparent dont nous avons plus haut parlé, se tient embusqué un autre couplage : en effet, aux déréglementations perceptibles dans l’univers familial correspondent des déréglementations effrénées dans la société contenante qui donne à voir maintes institutions d’autorité défaillant les unes après les autres en proportion de la modernisation et libéralisation des rapports de toute nature dont les rapports de genre masculin et féminin.

    Les mythes y défaillent par démythologisation, le recours aux diverses instances religieuses y défaillent en proportion de la laïcisation et sécularisation associées à l’archaisme des autorités, les autorités politiques quant à elles y vacillent en proportion de la fragilité de leurs images ou représentations attaquées de toute part, les économies tendent à l’anarchie la plus totale et, dernière surprise, le bon sens sombre dans le post modernisme qui doute de tout et le post post modernisme qui ne croit même plus dans la raison, le « génie climatique » de Mr Claude Allègre parvenant à équivaloir celui de la quasi-totalité des 5 ou 6000 experts mondiaux s’exprimant sur l’avenir de notre belle, pauvre et petite planète. L’homme contemporain de l’hémisphère anarchique ne sait plus à quel saint se vouer. Il n’a plus d’avenir et vit dans un monde que tous disent insensé.

    La nouvelle flèche du temps se dirige de ce côté-ci où l’on est à même d’observer le passage de la complexité organisant les sociétés familiales à la simplicité élémentaire présidant au fonctionnement des nouvelles parentés (3) libérales et modernisées.

    Ce qui brouille la claire perception du paysage c’est le mélange indu entre les déréglementations familiales observées dans le nouveau monde en voie d’avènement et la crise d’autorité des institutions qui encadrent ces dispositifs de moindre niveau hiérarchique. Eglises, états, savoirs objectifs décrédibilisés, relativisés à outrance, traditions attaquées de toute part, démythologisation intensive aboutissent à brouiller les cartes, à ce qu’on ne puisse aisément discerner ce qui survient pourtant sous nos yeux.

    Ajouter à cela l’émergence au sein même de l’aire moderniste de courants puissants cherchant à ralentir, voir empêcher l’avènement de la modernité et vous obtiendrez tout ce qu’il faut pour ne plus pouvoir repérer aucune flèche temporelle et faire de l’homme moderne contemporain un être ayant l’impression d’être en perdition, ne sachant plus à quel saint se vouer et tenté dès lors pour survivre de se tourner vers son passé conçu comme ultime recours.  Il en provient certes, mais l’évolution progrédiente lui barre cette direction tentante. Son avenir n’est point là.

    En lettre 92 nous poursuivrons notre rêverie sur la direction temporelle dans laquelle nous sommes présentement engagés en essayant d’éviter toute mélancolie post moderniste liée à un sentiment incontrôlable de perdition. Si notre avenir n’est plus aussi naïvement radieux qu’il semblait l’être avant notre épisode dépressif, nous pouvons néanmoins apprendre à moins osciller entre expansion maniaque (merveilleux avenir humain promis par la modernité) et son opposé (rêve brisé par le présent cul de sac).

                                                                                            Le ménéticien (alias Elie Sorlin)


      Ce texte vous a interpellé, vous souhaitez de plus amples informations, laissez un message cliquer ici.     


[Découvrir] [Actualités] [Courrier] [Glossaire] [Bibliographie] [Liens] [Contact]

aniwhite02_back.gif   Page d'accueil

 www.menetic-site.net - contact@menetic-site.net

Début de page   aniwhite02_up.gif