sansnom2_htm_smartbutton2.gifsansnom2_htm_smartbutton3.gifsansnom2_htm_smartbutton5.gifsansnom2_htm_smartbutton6.gifsansnom2_htm_smartbutton7.gifsansnom2_htm_smartbutton8.gifsansnom2_htm_smartbutton9.gif


        button7.gif   Lettre 95 : Histoire de séparation


 

    C’est un moment séparatiste de l’histoire d’une famille de sept enfants. J’en fis la connaissance voici une vingtaine d’années pour solliciter des parents dont je connaissais tout l’intérêt qu’ils portaient à leur généalogie qu’ils me la prêtent. Je désirais la balayer pour tenter d’y repérer sur au moins deux générations les coïncidences les plus frappantes, de possibles « effets parenté », et surtout des « phrases temporelles » afin d’  enrichir ainsi la matière des ouvrages que je projetais d’écrire sur les diverses façons dont pouvaient user les familles actuelles pour s’organiser en interne. Comme il arrive assez fréquemment en pareil cas, on accumule maintes observations dont seule une petite partie contribue effectivement à la réalisation finale. Ce cas intéressant n’entra donc point dans la confection des deux livres qui parurent en 1995 puis 2010 sur ce sujet, leur généalogie très riche par ailleurs présentant certaines lacunes chronologiques auxquelles il ne m’était malheureusement pas possible de remédier.

    Elle me fournit néanmoins de précieux renseignements sur la manière dont les gens, dans une société libérale comme la nôtre, peuvent se choisir comme sur l’une des façons dont ils se quittent et surtout comment lentement se prépare sur à peine plus de deux générations une forme de dramaturgie transgénérationnelle que savent particulièrement bien  mettre en valeur les romanciers expérimentés. Lorsque nous parlons de deux générations, cela signifie que dans ce cas particulier elles vont suffire pour commencer d’apercevoir comment s’y nouent et dénouent, s’instaurent et se transmettent certaines problématiques intrafamiliales et transgénérationnelles donnant l’impression, lorsqu’elles surviennent, qu’elles tombent du ciel ou surgissent des entrailles même de l’enfer, sans même crier gare.

    En effet, quelle ne fût pas ma surprise, tant la famille que j’avais rencontrée six mois plut tôt m’avait semblé unie, heureuse et presque idéale pour le visiteur occasionnel que j’avais alors été, tandis que je m’ apprêtais à restituer aux parents la documentation familiale qu’ils m’avaient si aimablement prêtée, d’apprendre qu’ils venaient de se séparer dans de violentes conditions.

    Selon mon discret informateur, un ami du couple en question, le père aurait soudainement déclaré à son épouse qu’il entendait divorcer. Il est désormais bien admis dans nos sociétés libres et policées qu’on puisse annoncer l’extinction des feux tout comme autrefois on déclara sa flamme. Notre Constitution reconnaît à chacun le droit de mettre fin à tout type d’association pourvu qu’on y mette les formes légales et qu’on en assume les contraintes, ce qui était, semble-t-il, l’intention du père prenant sur lui l’entière initiative de la rupture. Toujours selon mon informateur les deux conjoints ne s’entendaient à vrai dire plus très bien depuis quelques mois, peut-être même un an sans qu’il soit vraiment parvenu à savoir pourquoi puisqu’il n’y avait aucun conflit apparent concernant l’éducation des enfants, l’argent, le ménage. Au fond c’était un couple d’anciens amants, qui sentimentalement n’avaient peut-être plus grand-chose à se dire et tanguait tout en paraissant correctement fonctionner au plan parental, d’un point de vue extérieur et superficiel.

    L’âge des enfants s’étalait de 6 à 17 ans quand survint l’affaire. C’était jusqu’au fameux et malheureux jour « J », une famille apparemment sans histoire et presque modèle.

    Toujours selon cette source, ma « gorge profonde », lorsque le père prit la décision d’exprimer clairement à son épouse sa volonté irrévocable de se séparer d’elle sans se douter le moins du monde de ce que ça allait automatiquement générer, il se vit par elle chassé sur le champ de la maison qu’ils possédaient en commun en s’entendant dire de n’y plus jamais remettre les pieds. La scène se passa devant les sept enfants médusés qu’elle avait rassemblés autour d’elle et qui n’osèrent souffler mot tant son inflexibilité joint à l’emportement passionnel leur interdisaient toute velléités d’opposition. Ainsi le père s’était-il soudain retrouvé sur le trottoir, comme nu, délesté, venant de perdre pour quelques longues années ses sept enfants réunis.

    Endossant le rôle stimulant d’un agent de CIA, je m’empressai de secrètement vérifier par moi-même si les faits qui m’avaient été rapportés correspondaient bien à la réalité et si ne s’y était glissé par effraction quelqu’ élément dramatique fictif susceptibles de les faire ressembler d’avantage encore aux grandes pièces du théâtre grec qu’on enseigne dans les écoles. Il n’en n’était rien. Mon informateur était même en deçà de la réalité puisque j’appris que les enfants au moment crucial, s’étaient vus contraints de se liguer contre leur père pour venir à la rescousse de la colère mobilisatrice et vengeresse de leur mère métamorphosée soudain en redoutable égérie. On était donc bien en présence d’une séquence de tragédie grecque se répétant jusque chez nous autres Gaulois.

    Je voulus alors savoir si, dans les fragments généalogiques encore à ma disposition, on se trouvait en mesure de discerner des éléments précurseurs à cette crise qu’on pouvait ainsi résumer : non point dislocation d’une famille mais brusque rupture d’un couple associée à une volonté d’éviction totale du père par la mère interdisant désormais à ce dernier tout échange avec les enfants, comme si des forces obscures entreprenait de le rayer tout simplement de la carte et de faire comme s’il ne devait plus en aucune manière exister pour eux, se manifester.

    Disposant sur cette famille réactive d’un génogramme que j’avais déjà pris soin de transformer en diagramme chronogénéalogique (3), je relevai immédiatement que le jour « J » où se produisit l’évènement de rupture, le benjamin des sept enfants, un garçonnet prénommé Johnny en hommage à notre grand chanteur vieillissant Hallyday, venait d’atteindre six ans. En cette occasion anniversaire et festive son père lui avait même offert deux petites voitures blanches télécommandées afin de pouvoir, le cas échéant, concourir sur piste avec lui.

    Soupçonnant alors que Johnny pouvait bien à son insu être ici un « chronophore » (4)) apparent déclencheur, détonateur ou « bombe humaine temporelle » (5) je me demandai alors à quoi pouvait bien correspondre ces six ans dans la généalogie et je découvris bientôt que la sœur aînée du père de son père exclu, une certaine Margot, venait justement d’atteindre six ans quand, autrefois, elle et ses deux frères perdirent leur propre père biologique qui s’était plus ou moins occupé d’eux mais sans vivre avec la mère ni leur avoir transmis son nom. On l’avait assassiné dans les bois d’un petit village du sud dans des conditions obscures liées aux nombreux règlements de compte consécutifs à la Libération de notre pays par les alliés.

    En nous référant à notre modèle d’analyse de la généalogie comme à la manière de le transcrire formellement, l’épisode de brusque séparation se produisit quand Johnny par son âge renvoyait donc à l’âge de deuil « l » auquel sa tante paternelle aînée perdit catastrophiquement son père biologique, amant de la mère. On peut donc considérer qu’au plan généalogique et temporel autant que paternel l’enclenchement des opérations, de ce point de vue fragmentaire des six ans du petit Johnny se référant aux six ans d’une ancêtre défunte, est sémantiquement bien repérable et qu’on pouvait le formaliser comme suit : le symptôme de séparation « s » s’installe, s’inscrit ou se produit concrètement, sensiblement, dans la chaire du corps familial au moment même où le dernier enfant de fratrie, seul garçon, célèbre ses six ans tout en commémorant par son âge même celui d’une très jeune ancêtre, Margot, auquel elle perdit dramatiquement son propre père.

    Qui ne voit alors que ce même enfant Johnny en fêtant sa naissance voit du même coup se répéter pour lui-même et ses six sœurs le drame qui s’était joué autrefois dans la famille : perte d’un père pour perte d’un père, la première par arme à feu, la seconde par exécution symbolique, chacune étant illégale et du type « assassinat » ? Nous sommes en présence d’une sauvagerie familiale contemporaine, de deux violences impunies, la seconde faisant écho à la précédente qu’elle réitère pour que se conserve quelque chose de la dramaturgie familiale, nos familles se révélant de redoutables machines de reproduction au service desquelles - si nous n’y prenons garde -  nous contribuons tous peu ou prou comme à notre corps défendant, au fonctionnement de l’ « automate familial » auquel nous serions évolutivement asservis. www.menetic-site.net fût lancé voici un peu moins de dix ans pour dénoncer ce forfait, alerter, tenter d’en conjurer les risques déshumanisants en les pointant du doigt, les désignant, leur conférant des noms, en développant dans nos deux livres successifs un arsenal de petits moyens pour qu’ils transparaissent au grand jour, soient contenus et qu’on parviennent ainsi à le coloniser, à le socialiser.

    En matière de temporalité nous ne pûmes aller plus avant par défaut dans la datation des fragments épars de généalogies tenus à notre disposition. Il ne nous fût donc pas possible d’arrimer la brusque séparation conjugale sur d’autres points d’ancrages que celui du petit Johnny, chacun d’ eux pouvant être constitué, d’après notre expérience, de coïncidences temporelles plus parlantes les unes que les autres  au fur et à mesure qu’on remonterait dans l’arbre généalogique lui-même.

    La seconde question que je me posai fût la suivante : pouvait-on repérer d’autres éléments susceptibles, dans le passé et la conjoncture d’expliquer cette violente rupture ? Au plan chronologique je ne pouvais certes aller plus loin. Mais ce type d’information n’est pas seul en lice. Il s’inscrit lui-même dans un canevas où s’intriquent étroitement biographies, événements et datation plus ou moins précise et fiable. Le moment auquel se produit la rupture du couple associée, ici, pour le père à un équivalent de perte pure et simple pour de longues années de ses sept enfants, est susceptible de se trouver informé par une histoire dont je détenais heureusement quelques bribes dont je vous entretiendrai plus longuement en lettre 96 de septembre prochain marquant la rentrée.

    Sans doute parviendront-elles à nous éclairer quelque peu, à la fois sur les conditions généalogiques, tant diachroniques que synchroniques, de ce type de rupture conjugale associées à ce qu’on appelle en jargon social un « SAP » ou Syndrome d’Aliénation Parentale peu connu du grand public de notre pays comme de ses spécialistes de la famille ; les internautes curieux pourront en trouver une assez bonne définition sur Google, dans Wikipédia. Qu’ils n’hésitent surtout pas à consulter cette « Encyclopédie populaire », ce qui nous avancera dans la compréhension de l’histoire que j’ai entrepris de vous conter.

                                                              

    (1)    Sorlin E., Evénements familiaux et logique de destinée, Essai sur la nouvelle parenté, L’Harmattan, Paris, 1995

    (2)    Sorlin E., Généalogies ou la puissance du Temps, L’Harmattan, Paris, 2010

    (3)    Ce type de diagramme est une transformation de la généalogie arborescente en tableau permettant de faire mieux apparaître les coïncidences ou réapparition d’âges atteints à des événements familiaux marquants

    (4)   Néologisme dont on peut trouver la définition dans le glossaire de l’ouvrage  Généalogie ou la puissance du temps, déjà cité

    (5)   Expression qu’utilise le Dr J. Guir déjà cité, à propos des enfants porteurs d’un âge signifiant quand se déclenche l’une des affections parentales psychosomatiques dont il traite.

                                                                                            Le ménéticien (alias Elie Sorlin)


      Ce texte vous a interpellé, vous souhaitez de plus amples informations, laissez un message cliquer ici.     


[Découvrir] [Actualités] [Courrier] [Glossaire] [Bibliographie] [Liens] [Contact]

aniwhite02_back.gif   Page d'accueil

 www.menetic-site.net - contact@menetic-site.net

Début de page   aniwhite02_up.gif