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        button7.gif   Lettre 98 : Démédicalisons le « Syndrome d’aliénation parentale » ou SAP. Œuvrons pour sa requalification dans le champ anthropologique et sociétal


    www.menetic-site.net est un site dédié aux petites familles modernes pour voir comment elles parviennent à s’auto-organiser dans un contexte à la fois libéral, marchand, déréglementé. Nous avons dû pour cela créer plusieurs outils nouveaux : théorie dite du « Capital Affectif » avec formules homéostatiques d’Allaërt, temporalité « ménétique » permettant d’aborder de manière nouvelle les généalogies et divers autres concepts qu’on peut retrouver dans le glossaire du site ou mieux encore, de notre dernier ouvrage : Généalogies ou la Puissance du Temps. Nous voudrions, dans cette lettre 98 revenir sur un terme de grande importance à nos yeux, celui de « RATTACHEMENT » à propos du SAP.

    Résumé de la lettre 98 

    L’article propose d’utiliser le Syndrome d’aliénation parentale comme indicateur de la manière spontanée qu’a un petit système familial contemporain de se réorganiser en cas d’effondrement du pouvoir adulte. L’auteur considère comme un préalable nécessaire d’arracher le syndrome au champ médical pour le transférer au sociétal en le renommant « Atteinte au lien de Rattachement Agnatique » (acronyme ARA) en cas d’éviction par l’enfant du groupe paternel ou « Atteinte au Rattachement Cognatique et à l’Attachement » (Acronyme ARCA) en cas de rejet de la partie maternelle. L’enfant rejetant va dès lors s’appeler « enfant ARA » ou « enfant ARCA » selon la partie parentale qu’il évince et se voir simultanément requalifié comme l’organisateur central de cette séquence autopoïétique puisque le monde adulte lui délègue momentanément les quadruples pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire autant qu’épistémologique pour redéfinir la réalité telle qu’il la souhaite, tout en se mettant professionnellement à son service.

    Ce transfert de champ de la santé mentale à la société civile ordinaire via une brève séquence anthropologique ouvre la voie à un changement de regard sur le SAP comme à une reprise en main par la société globale et complexe d’un moment d’effondrement du contenant adulte intra/inter familial et systémique, autrement stigmatisé tout en étant abandonné à lui-même.

    Mots clés : SAP – Syndrome d’Aliénation Parentale – Féministes -  Autopoièse – Attachement – Lien social – Agnats – Cognats – Transfert de champ - Démédicalisation

    SAP et controverse 

    Le « Syndrome d’Aliénation Parentale » ou SAP dont nous vous entretenions dans nos derniers courriers est l’objet d’une controverse internationale ravivée du fait qu’on discute s’il convient ou non d’en faire un trouble psychiatrique ou mental. Des gens aussi compétents en matière d’écoute de l’enfant que Mr le Dr Maurice Berger par exemple, pédopsychiatre et psychanalyste, cité par des sites féministes comme www.sisyphe.org, en sont des opposants déterminés. Bien qu’eux-mêmes médecins ils sont opposés à la médicalisation d’un tel syndrome comme à son inscription comme maladie mentale dans la fameuse DCM répertoriant pour les professionnels de santé mentale du monde entier la liste des maladies mentales avec leur définition.

    En effet cela aboutirait à ce qu’un mineur, quel que soit son âge, du seul fait qu’il s’allierait à un parent préféré/aimé pour mieux rejeter l’autre parent et ce sans raisons objectives justifiant une telle prise de position radicale, puisse être diagnostiqué comme malade mental. Ce groupe de praticiens largement majoritaire actuellement dans notre pays, cliniciens expérimentés, refuse de devoir considérer comme une pathologie le fait pour un enfant de 6, 7 ou 8 ans ou d’avantage de détester cordialement sans raisons objectives et proportionnelles à l’intensité de la détestation, voire de la haine, sa mère ou son père.

    Ces praticiens, sans aller jusqu’à considérer la chose comme normale, sont prêts à l’accepter comme une expression souveraine de la liberté de l’enfant qui, constitutionnellement, doit se voir reconnu le droit d’aimer comme de haïr qui il veut, quand il le souhaite et de se comporter en conséquence. Une mère féministe par exemple pourrait avoir un garçonnet ou une fillette se prenant soudain de haine et de mépris à son encontre tandis qu’elle n’a cessé de prodiguer à cet enfant depuis qu’il est né amour et don de soi désintéressé. Et voilà soudain qu’il prend à ce dernier, sans raisons évidentes, de la trahir, de la détester, de la rejeter avec toute la famille maternelle comme de travestir de manière stupéfiante ce qu’elle peut faire pour lui. Cette situation peu vraisemblable concerne pourtant actuellement à peu près 150.000 enfants dans notre pays. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c’est une réalité dans nos familles contemporaines si, voici 30 ans, c’était encore impensable et rarissime.

    Etant nous-mêmes clinicien, nous allons suivre ces praticiens et refuser très pragmatiquement avec eux la médicalisation outrancière de ce genre de situation infantile récente pour le moins « inconfortable » pour le parent mal aimé, honni, évincé. Nous allons ici repenser à froid ce type de situation de plus en plus fréquemment observable dans nos divers cabinets. La controverse sur un tel sujet doit stimuler la réflexion, l’inventivité afin de surmonter par le haut nos divergences.

    Points d’accord possible : deux

    Dans toute controverse honnête il y a des points de divergence et des points d’accord émanant de personnes en principe soucieuses, dans le cas du SAP, de préserver autant que possible les droits humains légitimes de tous les protagonistes en lice.

    Un  enfant a-t-il obligation d’aimer ses parents ? Bien sûr que non répondrons-nous tous en chœur. Mais entre la moindre préférence et la détestation cordiale il y a une différence que certains pourront minorer, d’autres majorer mais qui mérite examen. Si c’est une chose d’apprendre à accepter dans un premier temps sans trop sourciller que notre propre enfant nous exprime parfois de l’hostilité, ç’en est une autre de le voir soudainement basculer le plus naturellement du monde toujours à notre égard dans une haine profonde et tenace tandis que l’on n’a aucune conscience d’avoir gravement failli à son égard. C’en est une autre encore que cette haine puisse englober non plus seulement soi-même, parent mère ou père, mais aussi indistinctement toute sa propre famille, grands-parents, oncles et tantes, cousins, cousines etc…n’ayant rien fait pour démériter.

      1.      On devrait, semble-t-il, s’accorder à reconnaître qu’on se trouve ici devant une situation familiale concrète fort inconfortable, peu enviable notamment pour le parent rejeté, père ou mère, qu’on soit pédopsychiatre, psychanalyste, fervente ou fervent activiste d’un lobby féministe ou masculin. De quelqu’horizon qu’on provienne on peut s’entendre sur le fait que ce n’est pas quelque chose de bon et qu’on est humainement en droit de s’indigner, nous autres adultes, quand surviennent de telles situations à l’intérieur même de nombres de nos familles actuelles. Donc, en résumé, indignation partageable scellant une entente cordiale pour tenter de surmonter « par le haut » de tels drames familiaux, dans la diversité des moyens épistémologiques, cliniques, juridiques, psycho sociaux à trouver ensemble.

      2.      On devrait en outre pouvoir trouver un large consensus, au moins dans notre pays, la France, pour démédicaliser le syndrome, l’extrader du champ de la médecine tout en reconnaissant deux choses : que c’est un pédopsychiatre américain qui le premier l’a isolé, identifié puis bien décrit et que si ce peut être une option que sa médicalisation outrancière pour mieux le connaître, ce n’est pas la seule possible. La résistance du corps médical à l’annexer à son champ pour qu’il fasse partie de la liste internationale des maladies mentales officiellement reconnues et répertoriées dans le monde (DCM) comme la sourde résistance des plus hautes instances féministes sont autant d’alertes conviant à s’interroger sur une telle médicalisation/psychiatrisation.

    Nous proposons donc ici, au vu de cette opposition médicale et féministe, de le soustraire du champ de la médecine psychiatrique, psychanalytique comme de celui de la psychologie clinique pour l’importer dans le champ de l’anthropologie afin que finalement la société civile, dans sa diversité, dans sa complexité, se le réapproprie pour le penser, puis s’en occupe comme il convient. Il va sans dire qu’alors médecine, psychiatrie, psychanalyse, psychologie clinique pourront offrir leur assistance, mais seulement si nécessaire. Il ne leur appartiendra plus en exclusivité.

    Toutefois pour réaliser une telle extradition consistant à arracher le « syndrome » de l’orbite médical qui dans sa majorité le rejette, le dénie comme symptôme ou comme syndrome (Nous en fournirons une illustration en lettre 99), qui rechigne à s’en occuper comme s’il s’agissait d’une psychose un peu atypique, d’une démence, d’un épisode délirant qui se chronicise ou même d’un syndrome polymorphe à composante psychopathique, commençons par le requalifier en le renommant.

    Syndrome renvoie à maladie inquiétante, et le qualificatif d’aliénation vous donne l’estocade finale en vous projetant dans l’univers de la folie. Il convient d’abandonner au plus vite cette appellation stigmatisante de « SAP », acronyme de Syndrome d’Aliénation Parentale (PAS pour les anglo-saxons). Laissons à ces derniers (les anglo-saxons) cette appellation s’ils y tiennent ; quant à nous désignons-le désormais ainsi :

    « Atteinte au Rattachement Agnatique » (acronyme « ARA) lorsque l’enfant, le mineur rejette indistinctement son père et toute la parenté du père (les parents par le mâle en anthropologie) et « Atteinte au Rattachement Cognatique et à l’Attachement » (Acronyme : ARCA) lorsque l’enfant rejette indistinctement toute sa parenté par les femmes, le groupe des « cognats » pour un ethnographe, un ethnologue, un anthropologue.

    L’internaute qui nous lit aura remarqué une différence d’appellation selon que l’enfant opère

    sur le père ou sur la mère et leur parenté respective. C’est pour tenir compte d’une distinction de grande importance entre père et mère. Il n’y a pas d’attachement entre un enfant et son père au sens très technique donné à ce terme depuis environ un demi-siècle par de nombreux laboratoires du premier développement de l’enfant dans le monde. L’attachement est le propre de la relation mère/enfant. On ne devrait donc pas l’employer pour autre chose que ce pourquoi il a été découvert et conçu, si la tendance universitaire est d’en étendre l’emploi à d’autres relations intrafamiliales et d’autres âges de la vie que la petite enfance.

    C’est précisément pour pallier à cette extension que nous créâmes voici une trentaine d’années environ le terme de « Rattachement » (voir à ce propos notre glossaire) définissant un type de lien original unissant les uns aux autres les membres d’une même famille, indépendamment - et ceci nous semble important à souligner - de leurs sentiments interpersonnels d’amour, de haine, voire d’indifférence. Ce n’est pas parce que vous allez haïr ou bien ignorer un parent, un ancêtre qu’il ne saurait plus être en mesure d’éventuellement informer votre vie, votre devenir, votre destin humain. La puissance réelle de ce lien de Rattachement constitue un canal virtuel d’informations et de co-déterminations dont les performances ne se mesurent point à l’aune des émotions affichées. Que vous « crachiez » ou non sur ce lien de Rattachement l’affectera peu, l’évolution sur des millions d’années s’étant chargée de le mettre à l’abri, de nous mettre individuellement hors d’état de lui nuire, de l’affecter en profondeur, de la même façon que vous ne pouvez personnellement grand-chose sur vos gènes. Donc lorsque nous disons qu’il n’y a pas d’attachement entre un père et son enfant c’est pour mieux rebondir et considérer que l’affiliation est inaliénable dans son noyau dur, dans son cœur ou dans son essence.

    Maintes opérations sont néanmoins envisageables sur ce rattachement, cognitives, attributives, affectives/émotionnelles, comportementales ; ce fameux « SAP » rebaptisé pour la circonstance ARA ou ARCA selon la cible ou « l’objet » en est une. En effet ARA comme ARCA peuvent se mettre en place en cas de dislocation du couple. ARA comme ARCA sont donc des expressions précieuses pour tout chercheur des manières dont le groupe humain spontanément peut se réorganiser. Il va le faire dans ces cas autour de l’enfant fonctionnant dès lors comme un centre organisateur ; si jeune puisse-t-il être, voici qu’il accède soudain à un statut antérieurement inenvisageable et qu’actuellement dans nos sociétés personne ne conteste, tant son intronisation, sa prise de pouvoir et sa chefferie sont brutales, imprévisibles en l’état, impensables, impensées, souveraines. Désormais, une fois installé sur son invisible trône, l’enfant va pouvoir enfin parler, se faire entendre comme ce n’était pas possible antérieurement du fait du pouvoir parental en place qui lui bouclait le bec en le couvrant d’affection.

    Sacralisation de la parole de l’enfant ARA

    Tous les experts nommés par les juges, donc requis, vont capter ses dires comme autant de paroles royales. Ses mots vont définir le réel, énoncer le droit, faire la justice, condamner si c’est nécessaire à la mort. S’il dit par exemple en ARA : « Mon père depuis mon enfance n’a cessé de me torturer, de me violenter. Il mérite grand châtiment : la mort. Qu’à jamais il n’existe plus ni pour moi, ni pour mes frères et sœurs, ni pour le parent allié, ni pour aucun membre de sa famille. Rayons-le définitivement de la carte et du territoire ». « Sa mère, ma grand-mère, ne mérite que de crever. Quelle chienne ! » et ainsi de suite. Bref il a même réussi à s’emparer du pouvoir de transformer le passé à sa guise et selon son bon plaisir, car si l’on prend soin d’enquêter pour confronter ces terrifiants récits aux nombreux albums de photos comme aux documents familiaux entreposés au grenier (Ce que la clinique habituellement interdit) on découvre qu’il n’en n’était rien, images et tendres cartes de vœux anniversaires à l’appui démontrant tout le contraire. Mais a-t-on jamais vu dans notre pays un seul psy partager avec son magistrat un vieil album de photo ?

    Nous verrons comment la majorité des adultes de nos sociétés libérales souscrivent entièrement à ce type de réorganisation familiale ayant un avantage : l’économie organisationnelle puisque ça ne coûte pratiquement rien à la société marchande et libérale, lorsqu’un couple divorce, de le laisser se débrouiller seul. Que si le parent condamné par l’enfant ARA exécute la sentence enfantine en se suicidant, ce qui est relativement fréquent, c’est spontané, justicier, sauvage, primitif, à humaniser, à réinscrire dans le social. Le nouveau chef de famille,  le post-enfant métamorphosé, s’étant emparé du pouvoir central parental déserté, de la place vacante, des dépouilles non seulement de l’évincé mais du couple ancien qu’il formait autrefois avec le parent allié, ce post-enfant escorté, épaulé, va se trouver subitement en mesure de pouvoir exercer une autorité incontestée au quadruple plan législatif,  judiciaire, exécutif, épistémologique  directement ou plus habituellement par personnes interposées, rémunérées par la société, se mettant à son service : magistrats, experts, intervenants de tous horizons.

    Nous en fournirons en lettre 99 un exemple démontrant comment Juges, avocats, médecins, psychologues, contribuent à cette intronisation enfantine effective et fort étonnante. On tient là dans l' ARA comme dans l’ARCA un indice en faveur de notre théorie économique selon laquelle la dérégulation intrafamiliale ouvre la voie aux automatismes du marché analogues aux forces en jeu dans ce qu’on connait de l’évolution violente dont nous sommes issus. Les nouvelles familles contemporaines sont autant de petits laboratoires où se fabrique au jour le jour notre civilisation contemporaine ; en braquant l’œil sur les manières dont elles se font ou défont on en apprend beaucoup sur les nouvelles formules de réorganisation spontanée.

    Le transfert de champ peut permettre enfin de jeter un regard anthropologique sur cette intronisation singulière, d’en découvrir toute la richesse mais aussi les risques du fait qu’elle repose sur la force pure, l’absence de rituels de délégation si bien que le « post-enfant » lorsqu’il va grandir pour devenir adolescent, jeune homme ou jeune fille, découvrira qu’en réalité on ne lui a rien donné du tout, on ne lui a rien délégué cérémoniellement. Se découvrant alors nu, dépossédé, fondamentalement abandonné, il court grand risque de basculer dans la déception et la désespérance pour cette société qui l’a induit en erreur et trompé.

    Devant une parole sacrée ou sacralisée, il est deux attitudes diamétralement opposées à tel point que dans l’Eglise catholique par exemple ces deux manières antagonistes de traiter une parole divine ont produit un schisme violent dans les années 70 entre un courant traditionnaliste dit « intégriste » ayant une écoute comme une lecture littérale du texte, des récits transmis, hérités et une majorité conciliaire optant délibérément pour une écoute attentive, particulièrement sensible à la polyphonie du texte inspiré. Pour que l’internaute saisisse mieux encore où nous souhaitons en venir évoquons le cas du Jésuite américain Joseph Meyer qui, voici quelques années, produisit en quatre tomes un Jésus salué internationalement comme chef-d’œuvre.

    D’entrée de jeu dans son Tome 1 il déclare qu’il met quiconque au défi qu’on le prenne la main dans le sac de mélanger les genres dans sa recherche de la vérité concernant Jésus ; en effet, nous dit-il, de son point de vue il n’y a pas 1 mais 3 Jésus. Le premier est celui qui réellement exista et qu’on ne connaîtra jamais plus. Il en est de même pour tout personnage historique, une fois disparu de la scène.

    Il est un second Jésus, c’est celui qu’essaie de se figurer ou de se représenter l’homme de science, le chercheur, l’exégète, l’historien à partir d’innombrables travaux, fouilles et documents. Ce second personnage diffère profondément du précédent dont il cherche pourtant à dresser le portrait, à cerner précisément les contours puisqu’il est le fruit toujours recommencé d’un travail savant considérable ; il n’est pas réel mais il cherche à s’approcher au plus près du réel, des faits eux-mêmes ; c’est un Jésus « construit » ou « reconstruit » de manière sincère, honnête et avec toutes les ressources techniques et documentaires à disposition du chercheur contemporain.

    Il est enfin un troisième et dernier Jésus : c’est celui de la Foi, celui auquel adhère la croyance intime autant que collective. J. Meyer peut en parler puisqu’il est lui-même prêtre ; mais il insiste pour nous dire qu’à aucun moment dans son travail d’historien et d’exégète sur le Jésus n° 2 il ne saurait y mêler ses croyances. En d’autres termes encore tout savant travaillant sur le sujet, sur le deuxième Jésus n’a point à mêler foi personnelle, croyances à sa recherche ; qu’il soit musulman, hindou, juif orthodoxe ou catholique majoritaire, conciliaire, il fonctionnera de la même manière, en historien rigoureux, exigeant, intraitable.

    Les intégristes, traditionnalistes strictes n’admettent pas cela : on n’a pas le droit de faire ce qu’on veut avec la parole de Dieu, l’Ecriture. Aucun regard scientifique n’est autorisé sauf si, mêlé étroitement à la foi, soumis à la croyance qui va l’orienter, le piloter il lui obéit au doigt comme à l’œil. L’Eglise catholique pensa toujours ainsi pendant près de deux mille ans jusqu’à ce que le Pape Pie XII dans les années 40 promulgue une Encyclique autorisant l’écoute polyphonique de la parole sacrée. Mais les intégristes français de feu Mgr Lefebvre ne l’entendent point ainsi ; fidèles à une tradition bimillénaire vénérable, ils considèrent ce changement comme moderniste, répréhensible, libéral et tout simplement irrecevable. Bref ils se sont forgés une croyance concernant l’écoute, la lecture comme l’interprétation du texte révélé à laquelle ils adhèrent de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit et rien ne saurait faire qu’ils transigent sur ce point.

    Il en est actuellement strictement de même concernant l’écoute de l’enfant, la parole du néo –enfant devenu ARA ou ARCA. Deux camps ennemis campent l’un face à l’autre, les intégristes traditionnalistes et les autres parfois diabolisés par les premiers qui disent en substance : « On doit écouter l’enfant et capter ses paroles au iota près. Tout ce qu’il dit est vrai parce que ça ne peut qu’être vrai. C’est impensable qu’il puisse en être autrement sauf s’il est fou évidemment. »

    Les second disent : « Oui, la parole de l’enfant ARA est sacrée et parce qu’elle l’est, elle ne peut qu’être polyphonique, complexe ; sa vérité est de niveau multiple ; lorsqu’il nous dit quelque chose, lorsqu’il nous raconte une histoire, met en récit une scène donnée, il faut la recueillir avec un soin méticuleux, n’en rien retrancher ». Mais, d’ajouter aussitôt, c’est une parole interpellante, exigeante, nécessitant un grand professionnalisme d’abord dans l’art du recueil des données, puis, dans un second temps, dans le travail d’exégèse savante pour parvenir à identifier la composante cosmogonique (reconstruction d’un monde), la composante mythique, enfin la composante réaliste concernant les faits réels, l’histoire, le passé familial, biographique etc...

    Quand un enfant de six ans vous déclare avec une calme désinvolture : « Ma mère ne m’a jamais aimée ; elle m’a toujours détestée ; elle a toujours préféré ma sœur » ou bien encore « Mon père est un méchant ; il a toujours été méchant ; jamais nous n’avons joué ensemble ; même à ma naissance il n’a pas voulu venir », les intégristes traditionnalistes n’admettront aucune prise de distance par rapport à ce genre de déclaration.

    Les seconds, les savants, les exégètes, les historiens, les archéologues des paroles d’enfants, bref les experts spécialisés en langue d’ARA ou d’ARCA écouteront, enregistreront discrètement, filmeront, puis entreprendront des recherches documentaires découvrant par exemple trois albums remplis de photos montrant l’enfant en train de follement s’épanouir sur l’herbe d’une pelouse, dans un verger s’ébrouant tendrement avec le parent désormais honni, détesté, haï, rejeté, rayé de la carte et du territoire, albums démontrant tout le contraire. Ils seront enfin en mesure non point de mettre en doute les paroles d’enfants mais de leur retirer

    le pouvoir exorbitant de redéfinir la réalité et l’histoire. Un discours d’enfant peut fort bien relever du genre négationniste ou conspirationniste ; le nier serait nier une évidence tout autant qu’une appartenance à l’humanité commune. Ça peut lui arriver comme aux adultes, d’autant plus qu’en se transformant en enfant ARA ou ARCA il endosse une cote de maille au-dessus de sa taille et bien lourde à porter.

    Un psychanalyste ne fait habituellement pas ça ; ce n’est pas son travail de confronter le récit d’un enfant avec un album photo pour valider ses dires concernant sa relation avec tel ou tel. Le « réel », les faits objectifs, les scènes au plan historique, bref le Jésus de l’histoire ne saurait être sa tasse de thé. Son Jésus à lui c’est, selon nous, un quatrième et dernier personnage, non pas celui de la croyance stabilisée mais du fantasme, du besoin, du désir. Bref, si d’aventure un enfant de 8 ans qu’il suit lui déclare paisiblement que sa maman fait souvent l’amour avec lui dans le grand lit conjugal, il ne saurait aller enquêter pour chercher à savoir si c’est objectif, vrai, réel, historique ; si l’enfant lui dit avec un large sourire que son papa ne cessa jamais de le torturer depuis sa naissance jusqu’à ce qu’il se sépare de sa maman et que c’est un grand méchant loup, qu’il ne veut plus jamais avoir à faire avec lui et qu’un jour, s’il le peut, il lui règlera ses comptes, jamais, au grand jamais vous ne l’apercevrez se transformant en aventurier pour tenter de mesurer l’écart entre les mots et les choses en partant fouiller caves, cabinets et greniers en quête de preuves, d’indices, de signes mettant sur la piste du réel, des faits qui intéressent au plus haut point quant à eux la société, les magistrats, les enquêteurs, les policiers, les spécialistes de ce type d’archéologie. J’ose affirmer ici que ni la médecine pas plus que la psychologie médicale n’ont vocation disciplinaire de former à ce type d’exégèse visant à identifier dans un récit humain ou dans un témoignage les bribes ou fragments brouillés du réel. C’est un métier différent.

                                                                                                Le ménéticien (alias Elie Sorlin)


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